Mobilités : Régions de France à l’offensive

Considérant que les régions ont "fait le travail" en matière ferroviaire, leurs représentants invitent leurs partenaires à se mettre au pas. Les parlementaires sont singulièrement visés, invités à se saisir pleinement du projet de loi-cadre pour le développement des transports. La SNCF est, elle, conviée à faire œuvre de transparence et à se garder d’empiéter sur les plates-bandes régionales.

Peut-être ragaillardis par "la grande victoire" — dixit Christophe Coulon (Hauts-de-France) — obtenue avec le projet de loi-cadre issu de la conférence Ambition France Transports — sans compter le "miracle" de la loi de programmation, "si jamais elle voit le jour", complète Renaud Lagrave (Nouvelle-Aquitaine) —, les six vice-présidents de régions chargés des transports s’adressant à la presse ce 21 janvier se sont montrés résolument à l’offensive. Estimant que les régions ont pris leur part à l’édifice — "On a fait le boulot ! On a répondu à l’appétence de nos concitoyens pour le train et les résultats sont là", déclare Michel Neugnot (Bourgogne – Franche-Comté) —, ils renvoient désormais leurs partenaires à leurs responsabilités, non sans leur mettre une certaine pression.

Les parlementaires invités à descendre dans l’arène

Pression sur les parlementaires, en premier lieu. "C’est à eux de jouer", prévient Renaud Lagrave, qui leur demande en somme de trancher un débat qu’il résume d’une phrase : "Est-ce qu’on veut faire rouler des trains en France ?" Non sans leur souffler la marche à suivre :  "S’ils veulent plus de travaux, ils doivent comprendre que ce ne sera pas avec l’argent des régions."

Car, de l’argent, elles n’en ont plus, expliquent tour à tour Jean-Pierre Serrus (région Sud-Provence-Alpes-Côte d'Azur) et Christophe Coulon. Après que le premier  a rappelé que les mobilités constituaient "le premier budget des régions" — "la moitié du budget de la région Sud" —, le second prévient  que la "pression financière énorme" qu'engendre le domaine sur les finances régionales fait que ces dernières sont désormais "à la limite de la rupture". "Les régions n’ont jamais été dimensionnées financièrement" pour répondre à cet enjeu, estime-t-il, rappelant que "les lois de décentralisation n’avaient pas confié aux régions cette charge". Dans le détail, il souligne que lesdites finances sont singulièrement plombées par le poids des péages ferroviaires. "SNCF Réseau fait les poches des régions !", vitupère même Renaud Lagrave, dénonçant le dernier contrat de performance État-SNCF Réseau, non sans relever au passage qu’"il n’est toujours pas signé" et sans inviter, là encore, les parlementaire à s’en saisir.

Le terrain de jeu, c’est d’abord le projet de loi-cadre sur le développement des transports, sur lequel — couplé avec "l’étape supplémentaire" que constitue la future loi de programmation —  les régions fondent tous leurs espoirs. "C’est essentiel pour avoir de la visibilité, alors que dans les transports, on doit être sur le temps long", indique Michel Neugnot. Une visibilité que n’apportent pas les contrats de plan État-régions, est-il par ailleurs observé. "Ras-le-bol des contrats de plan État-régions, dans lesquels l’État nous promène", dénonce toujours aussi vertement Renaud Lagrave, qui voit par ailleurs dans la future loi le moyen "de dire au COI [Conseil d'orientation des infrastructures, ndlr] qu’on est majeur et vacciné et qu’on n’a pas besoin qu’on nous explique ce qu’on a à faire sur nos territoires"…

À condition, donc, que les parlementaires soient au rendez-vous. Et l’élu aquitain de prévenir ceux qui pourraient être enclins à esquiver le débat :  "Une loi de programmation, ce n’est pas technique. C’est l’avenir de l’aménagement du territoire qui est en jeu dans cette loi !"  Côté loi-cadre, si Christophe Coulon se félicite d’avoir "obtenu le véhicule", il insiste sur le fait que l’heure n’est pas encore "aux feux d’artifice. Ce qui est intéressant, c’est le fond". En l’espèce, il entend que "le texte, volontairement épuré de manière à être le plus robuste possible et passé (sous) les fourches caudines d’un certain nombre de services de l’État — ceux qui sont du côté de Bercy notamment", soit désormais garni. "On va être là pour essayer de combler les vides qui existent", indique Michel Neugnot.

Pour Renaud Lagrave, "deux choses manquent"

D’une part, "les lignes (ferroviaires) 7 à 9", l’élu ne cachant pas son impatience en la matière : "Moi je veux bien qu’on nous ressorte le préfet Philizot à chaque fois qu’il y a un problème sur le ferroviaire dans ce pays, mais à un moment donné, il va falloir trancher. Nous, on considère qu’elles doivent repartir à l’État, c’est-à-dire à SNCF Réseau".

D’autre part, "le numérique, grand absent de la loi", et ce au moment où, dans les régions, "on est en train de faire le billet unique avec toutes les AOM". Un chantier conduit pour résoudre le problème "de la distribution, un impensé de la réforme ferroviaire", observe Roch Brancour (Pays de la Loire). Un chantier dont il souligne qu’il concerne toutes les AOM, y compris "l’État, avec les Intercités". Il précise que "le travail est engagé, avec la DGTIM, pour constituer une plateforme nationale" — "une surcouche qui permet d’unifier les différentes distributions régionales". Le dossier tient particulièrement à cœur aux régions. Outre la nécessité de répondre à la demande des usagers d’un "service sans couture"  — alors que "le service de l’opérateur unique historique traite mal d’une partie de l’intermodalité" —, Roch Brancour y voit en effet le moyen pour les régions de "prendre la main sur les données" (celles sur "les usagers"), d’une part, et de ne plus être "aveugles sur la question de la répartition des recettes", d’autre part.

La SNCF invitée à plus de transparence et à rester "dans son couloir de nage"

De manière générale, "on attend de (Jean Castex) beaucoup plus de transparence. On veut voir la bécane de l’intérieur", avertit à ce sujet Renaud Lagrave. Une attente d’autant plus grande que Roch Brancour considère que, jusqu’ici, "la maison SNCF, dans certaines de ses composantes, ne nous aide pas", citant en exemple "les discussions avec Connect". Si Michel Neugnot estime que "Jean Castex fait tous les efforts pour que cela se passe bien avec les régions", ses collègues attendent de juger sur pièces. "On attend de lui qu’il prenne des engagements qu’il puisse tenir", grince d’abord Renaud Lagarde, avant de se faire plus menaçant : "S’il s’amuse à faire des annonces sur le dos des régions, on ne va pas être d’accord. Il faut qu’il reste dans son couloir de nage." En évitant autant que possible la brasse coulée.

 

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