Mortalité infantile : l'Igas préconise de s'appuyer davantage sur les PMI pour mieux détecter les difficultés
C'est l'une des recommandations de l'inspection générale des affaires sociales qui, dans son rapport d'août 2026, analyse les causes de la reprise à la hausse de la mortalité infantile en France depuis 2011. Si le phénomène est multifactoriel, les causes "d'ordre populationnel" sont prédominantes, estiment les inspecteurs, qui mettent notamment en évidence la vulnérabilité des mères nées à l'étranger. La protection maternelle et infantile (PMI), qui fait d'ailleurs l'objet d'une mission confiée par le Premier ministre à la députée Joséphine Missoffe, pourrait contribuer à une politique de prévention et de suivi plus étroit des femmes avant, pendant et après la grossesse.
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"Un enfant sur 250 meurt avant l’âge d’un an en France", avait titré l'Insee en 2025, en publiant des données qui confirmaient la hausse de la mortalité infantile. Après avoir atteint un point bas de 3,5‰ (pour mille) en 2011, ce taux est remonté à 4,1‰ en 2024, alors qu'il était en moyenne de 3,3‰ dans l'Union européenne. La France est ainsi passée, en la matière, de la troisième place au sein de l'UE à la fin des années 1990 à la 23e place à partir de 2022.
Ce "déclassement" découle de nos mauvaises performances "alors même que le reste de nos partenaires de l’UE continuent, eux, leur trajectoire à la baisse", a souligné l'Igas, dans son rapport "Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique" publié en août 2026. L'Igas resitue cette évolution récente "dans le mouvement séculaire de baisse" de la mortalité infantile – qui était de 150‰ dans la France de 1900 –, mais juge toutefois que les résultats actuels sont le reflet d'une "situation de crise" – plus de 1.000 enfants nés en 2024 qui auraient pu vivre si la France avait obtenu, cette année-là, un taux de 2,5‰ comme l'Italie et le Portugal.
Poids des facteurs sociaux et culturels
Les inspecteurs mettent l'accent sur les "graves inégalités de santé territoriales", qui sont d'abord des inégalités sociales, particulièrement visibles à l'échelle de la région Ile-de-France. Cette dernière présentait en 2023 un taux de mortalité infantile de 4,5‰, dont 3‰pour les Hauts-de-Seine et le double en Seine-Saint-Denis – "deux départements limitrophes mais aux populations singulièrement différentes". En outre-mer, le taux de mortalité infantile est particulièrement élevé (8‰) mais cette situation inquiétante "ne saurait pour autant, selon les calculs de la mission, être tenue pour responsable de la reprise de la mortalité infantile en France".
La dégradation générale est d'abord liée à "des facteurs d’ordre populationnel" qui concernent la France entière, et en particulier à la hausse de la part d'enfants dont la mère est née hors UE, qui est passée de 16,1% en 2010 à 23,5% en 2024. "Davantage touchées par la précarité et [connaissant] plus souvent des problèmes de santé", ces femmes ont un suivi médical "moins régulier" pendant leur grossesse et sont à la fois plus touchées par des complications à la naissance et par le risque de mort maternelle. Au total, "la hausse du taux de mortalité infantile des mères nées à l’étranger [est] responsable de 100% de la hausse totale de près de 0,2 point (0,17 point) enregistrée entre 2010-2014 et 2015-2022", souligne la mission, indiquant que ce taux a augmenté sur cette période de 4,5‰ à 5,3‰ parmi les enfants des femmes nées à l'étranger alors que le taux s'est stabilisé à 3,3‰ parmi les enfants de femmes nées en France.
L'Igas évoque d'autres facteurs populationnels : hausse de l'âge moyen des femmes enceintes, du nombre de grossesses multiples, de la prévalence de pathologies maternelles de type surpoids ou obésité, précarité sociale.
Maintien ou fermeture d'une maternité : la santé publique doit être la seule boussole
La mission relativise à l'inverse "l’influence de l’organisation de l’offre de maternités", considérant que "les restructurations de l’offre de soins ne semblent pas avoir eu d’effet notable sur les évolutions de la mortalité infantile (néonatale) depuis 2011". À partir de l'analyse des évolutions de différents départements français et de comparaisons internationales (les grosses maternités suédoises et les petites structures italiennes obtenant par exemple des résultats similairement "satisfaisants"), la mission affirme ne pas croire aux vertus d'un "modèle type d’organisation territoriale des maternités". Et considère qu'instaurer un "seuil minimal d’activité des maternités" serait "une réponse mécanique, datée" et "en décalage par rapport à l’ampleur du problème populationnel à l’origine de la dégradation sanitaire constatée".
Les inspecteurs recommandent toutefois de réaliser, à l'échelle de chaque territoire pertinent, "un diagnostic précis associant l’ensemble des parties prenantes, avec les actions concrètes et adaptées qui en découlent", en particulier la fermeture ou le maintien d'une maternité, à partir de la seule boussole de la santé publique. Adoptée au printemps 2025 par l'Assemblée nationale, une proposition de loi visant à lutter contre la mortalité infantile institue "un moratoire de trois ans sur les fermetures de maternités, afin de permettre une évaluation fine et territorialisée des établissements menacés".
L'essentiel des recommandations de l'Igas porte sur le suivi des femmes avant, pendant et après la grossesse, l'Igas appelant notamment à "renforcer la néonatalogie en agissant rapidement et de manière très forte sur les équipements en lits" et à "chercher à toucher davantage les publics les plus vulnérables et les plus éloignés – culturellement, socialement ou géographiquement- des parcours de soins, par exemple grâce à des actions 'd’aller-vers'". Les départements sont aussi invités à "renforcer l'action des PMI" (protection maternelle et infantile) en matière de prévention, de détection et de prise en charge des difficultés "tout au long du parcours périnatal".
La mission juge enfin nécessaire la mise en œuvre d'une stratégie pluriannuelle "traduisant cette ambition nationale renouvelée", mais aussi l'élaboration, par les agences régionales de santé (ARS) et les conseils départementaux, d'un plan spécifique pour chacun des cinq départements et régions d'outre-mer.
› La députée Joséphine Missoffe missionnée sur la "modernisation" de la PMIPar un décret du 11 septembre 2026, le Premier ministre a confié à la députée EPR Joséphine Missoffe "une mission temporaire ayant pour objet la modernisation de la protection maternelle et infantile au service du parcours de l'enfant et du soutien à la parentalité". "Pilier de notre politique de prévention", la PMI "fait aujourd’hui face à des défis majeurs : fortes disparités entre les territoires, difficultés d’attractivité des métiers, manque de lisibilité pour les familles", a indiqué la députée sur son compte LinkedIn. Cinq "enjeux majeurs" seront donc au cœur de cette mission : la consolidation de "la place de la PMI dans la prévention précoce et le soutien à la parentalité", la "continuité du parcours de l’enfant", l'adaptation de l'organisation de la PMI "aux besoins des enfants et des familles sur l’ensemble du territoire", le renforcement du "repérage précoce" et de "l'accompagnement du développement de l'enfant" et le soutien à "l’attractivité des métiers et l’évolution des pratiques professionnelles". Selon la lettre de mission du Premier ministre, ce rapport, dont les conclusions sont attendues pour fin décembre 2026, succède à plusieurs travaux ayant "contribué à réaffirmer l'importance d'un investissement préventif dès les premiers temps de la vie". Sont citées : la feuille de route 2024-2030 issue des Assises de la pédiatrie et de la santé de l'enfant (voir notre article), la stratégie nationale des 1.000 premiers jours et sa feuille de route 2025-2027, les Assises nationales du soutien à la parentalité (voir notre article) en cours et la mission sur la santé périnatale et maternelle que le Premier ministre a confié en février 2026 à des personnalités qualifiées et qui a rendu de premières conclusions en juillet dernier. Ces travaux ont "mis en lumière" des enjeux – mieux articuler les dispositifs existants et renforcer la lisibilité pour les familles, conforter la place de la PMI – ainsi que la nécessité d'évaluer la mise en œuvre des recommandations du rapport de Michèle Peyron qui appelait déjà en 2019 à une "refondation" de la PMI (voir notre article). |