Municipales : un tiers des grandes villes sans élu dédié aux droits des femmes, Oxfam appelle à des "villes féministes"

À l'approche des municipales, Oxfam France publie un rapport dressant un état des lieux contrasté de l'engagement des communes en faveur de l'égalité femmes-hommes. Alors que seulement 24,7% des postes clés du pouvoir local sont occupés par des femmes et qu'un tiers des grandes villes ne disposent d'aucun élu en charge de l'égalité, l'ONG met en avant des collectivités pionnières et formule 25 recommandations. Dans un contexte de recul budgétaire au niveau national, Oxfam appelle les candidats à faire des droits des femmes une priorité structurante du prochain mandat.

Seulement 24,7% des postes clés de pouvoir à l'échelle locale sont occupés par des femmes. C’est l'un des constats d'Oxfam France qui publie ce mardi 3 mars 2026 un rapport sous forme de plaidoyer intitulé "pour des villes féministes". Selon les calculs de l'ONG, si les femmes représentent plus de 40% des élus municipaux, elles ne sont que 
- 33% des premiers adjoints, 
- 20% des maires, 
- 12% des présidents d'intercommunalités.

Cette sous-représentation s'accompagne d'une répartition genrée des délégations : 72% des élus en charge des finances sont des hommes, tandis que 72% des délégations aux affaires sociales et 94% de celles à la petite enfance sont confiées à des femmes. Une organisation du pouvoir qui, selon Oxfam, perpétue des stéréotypes et limite l'accès des femmes aux fonctions stratégiques.

Le scrutin de 2026, qui verra pour la première fois l'application de la parité dans l'ensemble des communes, est présenté comme un tournant (lire notre article du 10 mai 2025). L'ONG y voit l'opportunité de féminiser durablement les exécutifs municipaux et intercommunaux.

Un tiers des grandes villes sans élu dédié à l'égalité

L'intégration de l'égalité femmes-hommes dans l'organisation municipale reste donc très inégale. Un tiers des plus grandes villes françaises ne disposent pas d'élu en charge de l'égalité de genre et des droits des femmes. Parmi les villes pointées figurent notamment Saint-Étienne et Toulon.

À l'inverse, dans un autre tiers des grandes villes, la délégation est portée par une adjointe au maire, et dans près d'un quart des cas par une conseillère municipale. Quatre collectivités – Angers, Bordeaux, Bourges et Le Mans – ont confié l'égalité à la première adjointe, soit au numéro deux de l'exécutif municipal.

Dans son rapport "Pour des villes féministes !", Oxfam insiste sur le rôle déterminant du portage politique. Là où l'égalité progresse, elle est inscrite comme priorité transversale du mandat, dotée d'un budget identifié et d'un pilotage administratif dédié.

Un contexte national peu favorable 

Le rapport s'inscrit dans un contexte national jugé peu favorable. En 2026, le budget du ministère chargé de l'égalité atteint 95 millions d'euros, soit 0,02% du budget de l'État. Plus largement, le budget global des politiques concourant à l'égalité aurait reculé à 4,516 milliards d'euros, soit 1% du budget général, après plusieurs années de hausse.

Face à ces limites, Oxfam met en avant l'échelon local comme levier d'action. La commune, compétente en matière de petite enfance, d'urbanisme, de culture, de sport ou encore de prévention, dispose d'outils concrets pour agir.

Le rapport valorise notamment la budgétisation sensible au genre ou "l'éga-conditionnalité" expérimentée dans des villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux. Cette démarche consiste à analyser les budgets et actions des directions sportives ou culturelles afin d'objectiver les inégalités, notamment la part de femmes et de filles dans les clubs soutenus ou celle des artistes femmes programmées dans les structures municipales. Lancées à partir de 2020, ces démarches sont "encore en déploiement mais produisent déjà des effets concrets, avec des services municipaux mieux outillés pour corriger les inégalités structurelles", souligne le rapport.

Violences, petite enfance, insertion 

Au-delà de la gouvernance, Oxfam appelle à des engagements sectoriels renforcés. L'organisation rappelle quelques vérités : 
- toutes les 2 minutes, une femme est victime de viol ou de tentative de viol ; 
- les femmes gagnent encore 22% de moins que les hommes ; 
- seul 1 enfant de moins de 3 ans sur 2 bénéficie d'un mode d'accueil formel.

Parmi les recommandations, on retiendra celles-ci : 
- le financement pérenne des associations de lutte contre les violences, 
- l'ouverture de centres de prise en charge accessibles 24h/24, 
- le développement massif des places en crèche avec l'objectif "un enfant, une solution",
- la création de statuts municipaux pour les familles monoparentales 
- ou encore mise à la disposition gratuite de protections périodiques dans les équipements municipaux.

Egapro : les bons et les mauvais élèves 

L'égalité professionnelle au sein même des collectivités constitue un autre axe majeur. L'index Egapro qui mesure, depuis 2024, dans les collectivités locales de plus de 40.000 habitants employant au moins 50 agents, les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes met en lumière de fortes disparités : Sarreguemines Confluences obtient la très bonne note de 108/100, Nevers 100/100, quand Arras (65/100), Caen (66/100) ou Montauban (67/100) figurent parmi les moins bien classées. De manière plus globale, selon le ministère de la Fonction publique, les résultats de la première année montrent que 85% des collectivités territoriales ont obtenu une note supérieure à 75/100 et que 59% de celles ayant obtenu une note inférieure ont publié des objectifs de progression.

Au-delà de la note de l'index Egapro, les villes peuvent mettre en place des politiques de ressources humaines exemplaires pour réduire les inégalités de genre. Certaines collectivités ont développé des plans d'action détaillés dans le cadre de leur rapport annuel sur l'égalité, comme c'est le cas pour Strasbourg, Villeurbanne, Lyon, Arras, Grenoble ou Saint-Ouen, première ville de France à avoir instauré des congés menstruels pour ses agentes.

Oxfam consacre enfin un focus aux villes dirigées par l'extrême droite. Sur 14 communes concernées, une seule – Rognac – dispose d'une élue en charge de l'égalité. À Perpignan, seule ville préfecture administrée par le RN, aucun élu n'est spécifiquement chargé des droits des femmes. Pour l'organisation, ces choix traduisent un "désintérêt chronique" pour les politiques d'égalité. 

En publiant ce troisième volet de sa campagne "Les clés de la ville", après des rapports consacrés aux villes solidaires et résilientes, Oxfam entend peser sur les programmes municipaux. À moins de deux semaines du scrutin, l'ONG appelle les candidats à transformer l'égalité femmes-hommes en priorité politique, budgétaire et organisationnelle. Un enjeu qui, selon elle, dépasse la seule symbolique pour toucher à la qualité même du service public local.

 

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