Nature en ville : s'appuyer davantage sur les bénéfices des écosystèmes

De l'habitat à la santé, en passant par l'alimentation ou la biodiversité, quelle que soit l’entrée choisie pour aborder le sujet de la nature en ville, la mission flash de l’Assemblée nationale, qui présentait ses conclusions ce 22 février, invite les acteurs publics comme privés à questionner leurs pratiques pour recentrer les projets urbains sur les nombreux services écosystémiques que la nature procure.

Alors que la pandémie a renforcé le besoin de nature des Français, sa place et son rôle dans les zones urbaines méritent d’être améliorés en raison des nombreux bénéfices environnementaux, économiques, sociaux et sanitaires qu’elle apporte. C’est tout l’enjeu soulevé par la mission flash de l’Assemblée nationale sur la nature en ville, dont les conclusions étaient présentées ce 22 février devant la commission du développement durable par ses co-rapporteures Sophie Métadier (Indre-et-Loire/ UDI) et Valérie Petit (Nord/Agir Ensemble). "Poser la question de ce qu’est la nature en ville appelle en général une réponse du type les parcs, les jardins, les arbres ou les abeilles", relève avec une pointe d’ironie la députée Sophie Métadier, constatant que "pendant longtemps l’action publique n’a considéré la nature que sous le prisme de l’embellissement de la ville et du cadre de vie".
De la manière de produire, de se nourrir, en passant par la santé, le bien-être, l’habitat et la cohésion sociale, le dérèglement climatique et la biodiversité, la mission aborde cinq thématiques couvrant les différents usages de la nature en ville, en combinant deux logiques : la préservation et le renforcement de la nature urbaine en l’inscrivant dans le triptyque ERC (éviter, réduire, compenser) et les solutions fondées sur la nature s'appuyant sur les écosystèmes pour relever les défis globaux comme la lutte contre le changement climatique, la gestion des risques naturels etc.

Développer la formation et l'ingénierie territoriale

La végétalisation pour atténuer l’effet " îlot de chaleur urbain" ou la désimperméabilisation des sols urbains par le biais de noues sont autant de solutions fondées sur la nature pour s’adapter au changement climatique et autant d'alternatives aux pratiques habituelles de l’aménagement du territoire reposant uniquement sur le recours à des "solutions grises" basées sur des constructions et moyens technologiques artificiels. Les auditions conduites par la mission ont cependant montré un déficit d’information et de formation des élus, des agents des collectivités et des services déconcentrés en la matière. Par exemple, "très peu de collectivités font appel à des écologues pour analyser leur besoin et les aider à trouver des solutions naturelles", regrette Sophie Métadier. Le besoin d’ingénierie territoriale sur le sujet est là aussi criant : "Les collectivités doivent pouvoir compter sur des opérateurs comme le Cerema, l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires), les agences régionales de la biodiversité ou les CAUE (conseils d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement) pour mettre en oeuvre des solutions fondées sur la nature", insistent les co-rapporteures. La collaboration entre collectivités leur semble tout aussi indispensable "car la nature ignore les frontières administratives qu’il s’agisse du patrimoine naturel, des ceintures vertes de loisir ou des itinéraires de mobilité active, ces continuités doivent être pensées entre les territoires urbains, péri-urbains et ruraux". 

Compléter la trame verte et bleue

Tout en soulignant l’intérêt dans le maintien des continuités écologiques des trames verte (la végétation) et bleue (l’eau sous toutes ses formes), la mission appelle à les compléter par un dispositif juridique instituant "les trames brunes" appliquées à la continuité des sols de pleine terre et "les trames noires" pour préserver les espèces nocturnes. Sachant toutefois que "ces différentes trames ne suffisent pas pour répondre aux enjeux introduits par la loi Climat et Résilience qui attend encore d’être précisée par décret", remarque-t-elle. L’un des outils existants pour gérer l’artificialisation est le coefficient de biotope qui assure le maintien de surfaces non imperméabilisées et de pleine terre lors de l’aménagement d’une parcelle, mais "il ne dit rien des objectifs qualitatifs pour la biodiversité présente sur le site". De plus, il n’est obligatoire que pour les zones urbanisées de plus de 50.000 habitants. Il existe donc bien des "marges de progrès", selon la mission qui recommande notamment que "les diagnostics sur la biodiversité soient systématiquement organisés lors des opérations d’aménagement ou de construction publics ou privés dès l’origine du projet". 

Intégrer la nature dans un modèle économique 

L’un des principaux enjeux de la nature en ville réside dans la mobilisation des espaces fonciers. Or, "tant qu’il ne sera pas possible de mesurer et de rémunérer les services écosystémiques fournis par la nature en ville, il sera difficile de préserver le foncier, de le créer, d’en étendre la valeur et le rendement", relève la co-rapporteure Sophie Métadier. Par conséquent, "un nouveau modèle économique et financier doit permettre de rentabiliser l’investissement public ou privé dans les projets s’appuyant sur la nature en ville surtout avec le défi du zéro artificialisation nette". La mission recommande également de développer les méthodes pour parvenir à une densification urbaine respectueuse de l’environnement, à commencer par les projets de revalorisation des friches où un pourcentage minimal de nature lui semble nécessaire. Elle juge par ailleurs indispensable l’évolution du cadre législatif et réglementaire du foncier, notamment la création de baux spécifiques pour les exploitations urbaines et l’actualisation des textes concernant les jardins collectifs et familiaux. Et rappelle aussi la nécessité de contrôler la qualité sanitaire de ces terrains "réservoirs de biodiversité et lieux de vie, d’apprentissage et de sociabilité précieux pour les habitants". 

Angers un exemple de réussite

Avec ses 100 m² d'espaces verts par habitant (contre 12 m² à Lille ), quel est donc le secret de la cité angevine plusieurs fois couronnée capitale verte et dont les efforts écologiques sont cités en exemple ? "La nature n’est pas là juste pour mettre une petite fleur de plus sur le panneau d’entrée de ville, elle est là pour qu’on travaille avec elle à la qualité de vie des habitants", remarque la députée Valérie Petit, louant en particulier la typologie des services écosystémiques formalisée par la ville d’Angers : "des services de régulation des phénomènes naturels liés au réchauffement climatique, mais aussi des services nourriciers ou d’approvisionnement en ressources naturelles, des services culturels ou sociaux, etc." Une approche "entrée dans toutes les décisions politiques de la ville prises en matière d’aménagement".
À partir de ce cas concret, la mission fournit plusieurs facteurs clés de succès pour accélérer la présence de la nature en ville. C’est d'ailleurs l’engagement des Assises de la transition écologique en 2019 pris par Angers Loire Métropole "qui a permis de construire le consensus politique mais aussi d’enclencher la participation citoyenne". Derrière ce consensus local, s’est construite une démarche de planification, là encore jugée "essentielle en la matière puisque l’on est aussi sur des logiques de très long terme". Pour résumer, "apprendre à aménager, à gérer la ville et à évaluer autrement". Il y a là un enjeu de données, d’inventaires, de connaissance et d’évaluation de l’impact de l’activité sur la biodiversité "tout à fait central". Il faut aussi "mieux aménager" ce qui signifie" aller un peu plus loin dans le PLUI que ce qui est demandé, en protégeant des espaces boisés, des jardins, des coeurs d’îlots, des haies et même des alignements d’arbres".

Faire de l’acupuncture urbaine

"Il n’y a pas de petits profits, chaque pas de porte est un espace que l’on peut renaturer", insiste Valérie Petit, qui invite littéralement à "multiplier toute la palette d’actions pour 'réensauvager' le quotidien et augmenter la présence de la nature dans la ville" (parcours pédagogiques, expositions, centres de ressources, potager dans chaque école, prairies fleuries dans les quartiers, etc.). Mais il faut surtout créer un système d’acteurs et d’expertise "car la nature en ville ce n’est pas quelque chose de bucolique, en réalité c’est quelque chose de très technique, qui demande d’apporter des ressources notamment des écologues au service des collectivités", martèle la mission. "C’est important de dire que l’on ne fait pas revenir un écosystème urbain en faveur de la biodiversité si l’on n’a pas un écosystème d’acteurs qui a à sa disposition non pas seulement un plan d’actions mais des ressources, de l’expertise accessible pour pouvoir agir dans le bon sens", explique la co-rapporteure.
À Angers, une partie du budget est ainsi "sanctuarisée". La ville érigée en modèle dispose également d’un pôle de compétitivité sur le végétal, d’un tissu associatif dynamique et expérimente toutes les façons que l’on peut avoir d’entraîner les entreprises avec, par exemple, un mécénat végétal, des bons de végétalisation qui rappellent "les permis de végétaliser" et des concours pour mettre en valeur l’investissement des citoyens.

 
  • Quartiers prioritaires de la politique de la ville : quand la nature a aussi droit de cité

Le Comité interministériel des villes du 29 janvier 2021 avait acté le principe d'une participation accrue des habitants pour renforcer la place de la nature dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Un peu plus d'un an après, le ministère chargé de la ville a présenté ce 15 février 6 projets élaborés dans 37 de ces quartiers par des associations en lien avec des partenaires locaux (services de l'État, collectivités territoriales, associations, organismes HLM, régies de quartier, écoles, etc.) qui seront soutenus pour un montant de 400.000 euros. Sensibilisation des écoliers et des habitants, mobilisation de volontaires pour des chantiers nature, création de sentiers pédagogiques, d'îlots de fraîcheur et d'aménagements favorables à la biodiversité, projets de jardins partagés et de fermes urbaines… : ces initiatives sont très diverses et entendent améliorer concrètement la qualité de vie au quotidien. Le projet "Plus de nature dans mon quartier" piloté par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) sera ainsi étendu à 7 quartiers QPV (Maurepas, à Rennes, La Madeleine, à Joigny, Les Rives du Cher, à Tours, Les Couronneries, à Poitiers, Bellevue, à Limoges, le secteur centre à Vitrolles et Sainte Musse, à Toulon). Ecovolonterre, un projet piloté par l'association Unis-Cité, qui permet à des jeunes en service civique d'intervenir pour sensibiliser aux enjeux de la biodiversité par des actions très concrètes (plantation de végétaux, aménagement de jardins et de parcelles agricoles, sensibilisation aux espèces invasives et à leur impact sur la santé, ramassage de déchets…) sera déployé dans 6 communes (Bondy, Montreuil, Noisy-le-Sec, Lyon, Pierre-Bénite, Toulouse) totalisant 9 QPV.
Le développement de jardins partagés à Tours et Joué-lès-Tours, à l'initiative d'une régie de quartiers et d'un collectif de jardins, fait aussi partie des projets soutenus, de même que la formation d'"ambassadeurs de la nature" dans la communauté d'agglomération de Lorient.
Autres projets retenus : dans le département du Nord, l'Association des amis des jardins ouverts et néanmoins clôturés (Ajonc) va élaborer avec les habitants de 10 QPV situés à Saint-Pol-sur-Mer, Armentières, Lille, Wattignies, Seclin, Montigny-en-Ostrevent et Maubeuge des plans de requalification naturelle de jardins partagés existants tandis qu'à Avignon, l'association Les jeunes pousses va mener des actions pour favoriser l'appropriation, par les habitants de trois QPV, d'une ferme urbaine comprenant des espaces de cultures, une pépinière, une cantine, un bar-café, une scène de concerts et de conférences, un atelier de céramique, une herboristerie, un site de compostage, un poulailler et des ruches.
Anne Lenormand / Localtis

 

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