Neuf mois après son inauguration, la Cité de la gastronomie de Lyon ferme définitivement ses portes

Inaugurée en octobre dernier, la Cité de la gastronomie à Lyon a cessé son exploitation et fermé définitivement ses portes. Sa direction explique avoir subi, "comme de trop nombreux autres acteurs culturels en France et en Europe, les lourds impacts engendrés par la crise sanitaire du coronavirus que le pays traverse depuis mars 2020". Mais d'autres raisons expliquent aussi cette fermeture : positionnement et projet muséal peu clairs, mode de gestion...

Au-delà des effets de la crise sanitaire et du confinement, la cité indique aussi faire face à "des difficultés précarisant son fonctionnement et la rendant particulièrement vulnérable à la crise soudaine et à ses répercussions". Contrairement à d'autres musées, la Cité a d'ailleurs pris la décision de ne pas rouvrir après le déconfinement.
Si la pandémie a incontestablement accéléré l'échec, celui-ci était déjà en germe dès le lancement du projet. Installée dans les locaux, classés monument historique, du Grand Hôtel Dieu, la Cité de la gastronomie a représenté un investissement de plus de 17 millions d'euros, avec des coûts fixes importants. Mais la fréquentation – avant la crise sanitaire – se situait sur un étiage de 150.000 visiteurs annuels (dont de nombreuses entrées gratuites d'étudiants et de scolaires), au lieu des 300.000 attendues.
Interrogé par l'AFP, Régis Marcon, le chef (trois étoiles) du Clos des Cimes, qui présidait le Comité d'orientation stratégique de la Cité avant d'en devenir le parrain, ne s'est pas montré avare en critiques sur les raisons de cet échec : "Le démarrage ne s'est pas bien passé ; la scénographie était loupée. Il y avait un manque de lisibilité. L'exposition n'allait pas dans le sens populaire et manquait de ligne directrice, même s'il y avait des choses réussies comme l'espace enfants." En outre, "il n'y avait pas assez de cuisine, pas assez d'expérience et de communication avec le public" et l'espace est devenu "un peu prétentieux et flou".
La Métropole de Lyon, qui a investi 2 millions d'euros dans le projet (complétés par 2 millions de la ville et 10,5 millions attendus du mécénat), est sur la même longueur d'ondes, en expliquant que la  fermeture "confirme que ce projet n'était pas viable dès sa genèse".

Une conjonction de facteurs

L'échec de la Cité de la gastronomie s'explique ainsi par la conjonction de plusieurs facteurs. Le principal réside dans l'absence d'un positionnement et d'un projet muséal clairs – ou en tout cas suffisamment pertinents –, à mi-chemin entre un musée classique et un lieu de pratique et d'initiation à la cuisine. La Cité de Lyon devait aussi s'inscrire dans un réseau de quatre cités de la gastronomie, regroupant des sites à Dijon, Paris-Rungis et Tours (voir nos articles ci-dessous de 2012 et 2013), mais qui peine à exister. Celle de Lyon devait se positionner sur le thème "Nutrition et santé", ce qui ne semble pas vraiment avoir été le cas.
Une autre raison réside dans la gestion confiée à la société espagnole MagmaCultura. Celle-ci dispose certes d'une expérience réelle avec de nombreuses références, mais très peu en France et pas dans le domaine de la gastronomie (à l'exception d'un musée sur le vin d'Alella, Espagne).
Au final, Lyon n'a pas vraiment de chance avec ses musées. Il y a quatre ans, la ville avait en effet été confrontée à la crise du musée des Tissus, peu connu du grand public mais qui abrite l'une des plus riches collections de tissus au monde avec environ 2,5 millions de pièces (voir nos articles ci-dessous du 11 mars 2016 et 10 octobre 2017). L'affaire avait vu alors s'affronter d'un côté la ville et la Métropole de Lyon et, de l'autre, la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui avait finalement emporté la mise pour un euro symbolique. Cette fois-ci, la Métropole a pris les devants, en annonçant qu'une délibération sera soumise au vote lors de la réunion du nouveau conseil, prévue pour la fin du mois de juillet. La métropole précise déjà que "l'avenir du lieu sera étudié en lien étroit avec les parties prenantes du projet, dont les mécènes".

 

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