Numérique éducatif : des enseignants peu formés, de maigres effets

Une synthèse de la Depp met en avant le retard français dans le numérique éducatif. Les équipements sont moins utilisés dans les écoles et collèges français que chez nos voisins, les enseignants ne s'estiment pas asses formés et les effets pédagogiques sont souvent peu concluants.

Les effets des équipements numériques sont quasi nuls à l'école et un peu plus visibles au collège, alors que les enseignants s'en servent peu faute de formation, c'est ce qui ressort d'une synthèse de la Depp (direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance, ministère de l'Éducation nationale) publiée le 28 mai 2026.

Ce document, qui s'appuie sur toutes les données disponibles à ce jour, fait d'abord état de taux d'équipement très différents selon les niveaux : en 2024, l'équipement en terminaux numériques restait ainsi quatre fois plus élevé dans le second degré (54 terminaux fixes ou mobiles pour 100 élèves) que dans le premier (7 terminaux pour 100 élèves en maternelle et 18 en élémentaire).

Malgré une évolution des dotations, alors que la France affichait par le passé un retard sur ses voisins, la Depp estime que "l'enseignement en France se caractérise par une faible intégration pédagogique du numérique" en comparaisons internationales. La plupart des directeurs d'école privilégient l'utilisation du numérique pour leur communication et organisation professionnelles. Quant aux enseignants, s'ils considèrent en majorité le numérique comme pertinent pour les apprentissages et y voient un levier pour susciter l'intérêt des élèves, ils ne mettent pas fréquemment en place des activités pédagogiques impliquant des équipements numériques. En outre, seuls 14% des enseignants déclarent avoir eu recours à l'intelligence artificielle au cours des douze mois pour leur enseignement ou pour faciliter l'apprentissage des élèves. Il s'agit du taux le plus faible en comparaisons internationales

Les enseignants ne se sentent pas préparés

Directeurs d'école comme enseignants citent le manque de formation et des équipements en nombre encore insuffisant comme principaux freins à l'utilisation pédagogique du numérique. À ce propos, seuls 26% des enseignants au collège et 14% à l'école élémentaire déclarent que leur formation initiale les a "assez" ou "beaucoup" aidés à se sentir préparés à l'utilisation de ressources et outils numériques pour l'enseignement. Là encore, ces taux sont les plus bas au niveau international.

Il n'en reste par moins que près de deux collégiens de troisième sur trois ont une maîtrise satisfaisante des compétences numériques leur permettant d'utiliser les outils de façon raisonnée, sécurisée et écoresponsable. Quant aux collégiens de quatrième, ils obtiennent des scores comparables à la moyenne européenne en littératie numérique (capacité à utiliser efficacement un ordinateur pour collecter, gérer, produire et communiquer des informations) et supérieurs en pensée informatique (capacité à reconnaître les aspects des problèmes du monde réel qui se prêtent à une formulation informatique et à évaluer et développer des solutions algorithmiques à ces problème). Pourtant, les élèves français sont parmi ceux qui déclarent le moins apprendre en classe à utiliser Internet de manière responsable.

"Pas d'effet clair de la politique publique"

Enfin, en ce qui concerne l'impact des dotations en équipements numériques sur les résultats scolaires, les effets diffèrent là encore selon le niveau d'enseignement. Au collège, en s'appuyant sur les retours du Plan numérique de 2015, les tablettes individuelles ont des effets positifs importants sur les résultats des élèves en mathématiques et en français, allant de +9% à +25% par rapport à un groupe d'élèves non équipés. De plus, ces effets sont globalement plus importants à partir de la fin de quatrième pour les élèves ayant un statut socio-économique plus défavorisé. Et si en moyenne, il n'y a pas d'effet des équipements sur les compétences numériques des élèves, l'effet est cependant positif pour les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés.

Pour l'école élémentaire, en revanche, les estimations, également réalisées à partir du Plan numérique de 2015, suggèrent que ce dernier "a pu avoir une influence légèrement positive sur les résultats des élèves obtenus en début de sixième s'agissant du français, et négative sur ceux obtenus en mathématiques, l'ampleur de ces résultats étant très modeste dans les deux cas". Et la Depp d'ajouter : "Ils ne permettent pas de conclure à un effet clair, qu'il soit positif ou négatif, de la politique publique."

 

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