Paris 2024 : l'intervention de la métropole du Grand Paris ne convainc pas la chambre régionale des comptes
Un rapport de la chambre régionale des comptes d'Île-de-France revient sur la participation financière de la métropole du Grand Paris à l'organisation des Jeux olympiques de 2024. Si elle a joué un rôle d'investissement important, la métropole s'est également livrée à des dépenses "pas toujours maitrisées".
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Sa participation et son rôle n'ont pas été aussi visibles que ceux de l'État, de la ville de Paris, de la région Île-de-France ou du département de la Seine-Saint-Denis, mais la métropole du Grand Paris (MGP) était bien présente dans l'organisation des Jeux olympiques de 2024. C'est ce que rappelle la chambre régionale des comptes (CRC) d'Île-de-France dans un rapport publié le 23 mars.
"Profitant de marges de manœuvre financières importantes [...] et de la compétence que lui confie la loi pour participer à l'organisation de grands évènements sportifs internationaux se déroulant sur son territoire, la MGP a largement investi dans l'organisation et le financement des Jeux olympiques et paralympiques Paris 2024, pour s'affirmer dans le paysage institutionnel francilien", rappelle d'entrée la CRC, qui chiffre l'intervention de la MGP à 419,9 millions d'euros, dont 241,8 millions de coût net après perception de 178,1 millions de recettes. Si, selon la CRC, ce coût net "ne semble pas de nature, à ce stade, à obérer de manière durable sa situation financière", elle en pointe toutefois les "modalités pas toujours maitrisées".
Investissements et héritage
Ces 419,9 millions d'euros correspondent à des dépenses liées à la préparation, à l'organisation et à l'héritage des Jeux. 70% de cette somme relèvent de l'investissement, dont la construction du centre aquatique olympique de Saint-Denis et le franchissement de l'A1 pour 206 millions. Côté investissements toujours, la MGP a accompagné plusieurs collectivités, notamment au titre du plan piscines Héritage 2025 (5 piscines aidées pour 14 millions) et à travers un fonds pour les équipements structurants (7 projets pour 63 millions). La chambre souligne toutefois qu'elle "n'a pas pu reconstituer les critères ayant présidé au choix des projets financés et les objectifs poursuivis".
Quant aux dépenses de fonctionnement engagées par la MGP à l'occasion des Jeux, la CRC les chiffre à 111,5 millions d'euros. Sont notamment comptabilisés les subventions versées au comité d'organisation (35 millions), l'indemnité versée à l'exploitant du centre aquatique olympique pour charges de service public (30,6 millions), le soutien aux communes membres dans le cadre des festivités et du fonds Impact (18,5 millions), l'Olympiade culturelle (6,6 millions) ainsi que des frais de personnel (5,7 millions) et de communication (6,7 millions). À propos de ces derniers, la CRC souligne que "le conseil métropolitain ne s'est jamais prononcé".
Dépenses "somptuaires"
Elle pointe également des dispositifs "somptuaires" : voiture avec chauffeur dont ont bénéficié des élus et collaborateurs – malgré "des difficultés d'accès aux sites olympiques qui privaient ce type de prestations d'intérêt pratique" –, tenues conservées par des élus et collaborateurs. Autant de sommes qui "doivent donner lieu à la régularisation rapide des cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu", avertit la CRC.
Autre dispositif analysé par la CRC : "un double système critiquable de billetterie qui s'éloigne des objectifs sociaux affichés". Car si, d'un côté, l'achat de 32.360 billets à 42 euros l'unité destinés aux jeunes des centres de loisirs et à leurs accompagnateurs a été validé par une délibération du conseil métropolitain, d'un autre côté, une billetterie individuelle riche de 7.186 billets est jugée "sans rapport avec les objectifs sociaux affichés dans la délibération de la collectivité", gérée "dans des conditions opaques" et se distingue par le prix "particulièrement élevé" des places distribuées (216 euros). Cette "billetterie individuelle" a au final représenté 52% de la dépense totale de billetterie de la MGP, soit 1,55 million d'euros. "Vingt-cinq bénéficiaires (élus, agents ou personnes extérieures à la métropole) ont ainsi reçu à titre gracieux des billets pour les épreuves des Jeux pour une valeur totale supérieure à 10.000 euros, voire à 25.000 euros pour la plus élevée", commente la CRC, avant d'ajouter que "l'intérêt métropolitain de tels cadeaux apparait contestable". En effet, aucune des pièces fournies à la CRC ne fait état "d'une quelconque mission de représentation qui aurait été confiée aux membres du conseil métropolitain lorsqu'ils assistaient aux épreuves des Jeux". Dans sa réponse à la CRC, la MGP souligne que "les personnels de la Métropole ont tous été impactés dans leur exercice professionnel par la préparation et la réussite de ces jeux" (la MGP a fait appel "exclusivement à ses agents pour assurer les missions d'accueil, d'orientation des spectateurs et d'animation de certains évènements"), d'où "la possibilité pour les agents de bénéficier de billets offerts" afin de "saluer leur implication professionnelle". Côté élus, il s'agissait "d'honorer ses obligations protocolaires et partenariales en invitant ses interlocuteurs institutionnels et territoriaux".
Globalement, Patrick Ollier, le président de la MGP, conteste ce terme "somptuaire", le jugeant "impropre et choquant au regard du caractère exceptionnel des Jeux et des obligations inhérentes à l'accueil d'un événement mondial" : "Les dispositifs de transport, l'acquisition de tenues de travail pour les agents, la remise de billets d'accès aux épreuves et événements officiels à destination des agents, élus et partenaires de la Métropole répondaient à des exigences d'organisation, de représentation et de protocole strictement liées à l'organisation des Jeux", résume-t-il.
Absence de document programmatique
Au-delà des dépenses, la CRC juge la gestion opérationnelle des Jeux et de leur héritage par la MGP "insuffisamment formalisée". Elle souligne que la gouvernance des Jeux au sein de la métropole "s'est structurée assez tardivement" et déplore "l'absence de compte rendu des réunions des différents comités internes mis en place", ce qui rend impossible d'évaluer l'efficacité de cette comitologie et de retracer les motivations des décisions prises. Et la CRC de conclure : "Malgré son implication dans les Jeux et leur héritage tant matériel (centre aquatique olympique, notamment) qu'immatériel (accès au centre aquatique olympique par les scolaires du territoire, par exemple), la MGP ne dispose pas d'un document programmatique et de suivi de ses actions relatives à l'héritage des Jeux, assorti d'engagements précis en termes de budget, de calendrier et d'indicateurs."
La MGP regrette pour sa part notamment "que la Chambre n'ait pas pleinement reconnu le caractère exceptionnel, l'intérêt métropolitain et la légitimité des dépenses engagées" pour un événement "dont la réussite a contribué au rayonnement international de la Métropole, à la mobilisation de l'ensemble de ses communes et à un meilleur équilibre de son développement à l'échelle métropolitaine".