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Petits-déjeuners à l'école : le gouvernement remet le couvert

Mis en place en 2019, les petits-déjeuners gratuits à l'école devraient connaître un nouveau déploiement après une année marquée par la crise sanitaire. Si de nouveaux moyens financiers sont au rendez-vous, les problématiques d'organisation demeurent pour les collectivités.

Le financement par l’État des petits-déjeuners à l'école va connaître une "montée en charge". C'est ce qu'ont annoncé Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, Olivier Véran, ministre de la Santé, Nathalie Élimas, secrétaire d’État chargée de l’éducation prioritaire, et Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, lors d'un déplacement le 16 mars 2021 dans une école de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise).

Le déploiement des petits-déjeuners à l'école, mis en œuvre en mars 2019 dans les réseaux d'éducation prioritaire, partait d'un constat : "13% des enfants scolarisés en REP et REP+ arrivent à l'école le ventre vide et ne bénéficient donc pas de bonnes conditions pour leurs apprentissages", selon le gouvernement. Ainsi, lors des travaux menés pour bâtir la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, l’accès de tous les élèves à un petit-déjeuner équilibré a "émergé comme une nécessité pour garantir l’égalité des chances entre les enfants et lutter contre les privations matérielles dont ils sont victimes". 

Objectif non atteint

Pour favoriser les initiatives locales, le dispositif d'origine consistait en une subvention de l'État de 1 euro, puis 1,3 euro à la rentrée 2020, par petit-déjeuner. En outre, ces petits-déjeuners ouverts à tous et équilibrés s'accompagnaient d'une dimension pédagogique : éducation nutritionnelle, éducation au développement durable et lutte contre le gaspillage, et éducation sensorielle.

Le dispositif a bénéficié à 153.000 élèves en 2019/2020. Malgré le coup d’arrêt lié à la crise sanitaire, les distributions ont repris à la rentrée 2020, "mais l’objectif fixé de toucher 200.000 élèves n’a pas été atteint", déplore le gouvernement. C'est précisément parce que "nous traversons une crise sanitaire sans précédent, aux conséquences sociales marquées" que le gouvernement entend "augmenter significativement le nombre et la fréquence de distribution des petits-déjeuners à partir de la rentrée de septembre 2021".

Aide triplée

Pour ce faire, le gouvernement annonce, d'une part que "l’enveloppe de 14 millions d’euros votée lors du projet de loi de finances pour 2021 pourra être triplée", et d'autre part qu'il souhaite mobiliser l’ensemble des recteurs et directeurs académiques des services de l'Éducation nationale, informer les maires des grandes villes et des grandes agglomérations et associer les fédérations de parents d’élèves.

Des améliorations au dispositif sont aussi prévues. Parmi celles-ci, on note qu'au-delà des écoles de l’éducation prioritaire, les petits-déjeuners pourront être proposés dans les établissements que les élus et les services académiques identifieront comme prioritaires. En outre, une distribution quotidienne sera privilégiée dans les écoles les plus défavorisées (REP+ en premier lieu). Par ailleurs, les lieux extérieurs (préau, cour de récréation) pourront être investis pour amoindrir les contraintes logistiques. Autre possibilité pour la municipalité : faire appel à des partenaires (services civiques, associations d’étudiants, épiceries sociales, CCAS, ARS, Draaf, etc.). D'un point de vue financier, la dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR) pourra être sollicitée pour l'achat de réfrigérateurs ou de matériels spécifiques. Enfin, le "vademecum petits-déjeuners" de la Dgesco (direction générale de l’Enseignement scolaire) proposera des contenus destinés aux élus.

Question de moment

Sur le papier, tout est en place pour réussir cette "montée en charge". Pourtant, du côté des élus locaux, les problèmes demeurent. Dès 2019, l'Association des maires de France (AMF) avait souligné l'absence de cadrage et le manque d'opérationnalité du dispositif. Qui sert les petits-déjeuners ? Sur quel temps, scolaire ou périscolaire ? Pour l'AMF, la volonté de laisser de la souplesse s'est révélée être un frein.

Interrogée sur le sujet lors d'un point presse le 12 mars, Delphine Labails, coprésidente de la commission de l'éducation de l'AMF (voir aussi notre article du 15 mars), a estimé que "quoi qu'il arrive, il faudrait que cette prise alimentaire se fasse avant 9 heures du matin pour ne pas devenir une collation, notamment pour les enfants qui sont en accueil périscolaire dès 7 heures du matin et qui ont déjà pris un petit-déjeuner". Pour l'élue, se posent aussi les questions d'approvisionnement, de sécurité alimentaire et des personnels à mobiliser. Mais pour la maire de Périgueux, la principale question est celle du moment : "C'est légitimement que les enseignants disent qu'il ne faut pas leur rajouter le temps du petit-déjeuner. L'école du XXIe siècle peut entendre que la compétence éducative doit être partagée et certaines choses peuvent être portées sur d'autres temps. Lors des temps périscolaires à vocation éducative et sur les territoires où c'est nécessaire, on pourrait avoir une thématique autour de la question alimentaire." La pause méridienne, qui rassemble 80% des enfants, semble un moment opportun. Reste la question du financement : "Si je commande un petit-déjeuner, mon prestataire de restauration me facturera 1,5 euro. Si je multiplie par 1.500 élèves…", anticipe Delphine Labails.

 

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