Plus de 500.000 entreprises à reprendre dans les dix ans

Alors que 550.000 chefs d'entreprise vont prendre leur retraite dans les dix ans, le ministre des PME Serge Papin a lancé le 23 avril 2026 un plan d'action pour soutenir la transmission et la reprise d'entreprise. C'est, selon lui, un enjeu de "souveraineté économique". Près de 30% des Français sont prêts à se lancer, dont plus de 50% chez les 18-34 ans.

Créer le "Tinder" de la reprise d'entreprise. C'est l'une des mesures phare du plan Objectif Reprises pour soutenir la transmission-reprise d'entreprise, présenté par le ministre des PME Serge Papin, le 23 avril 2026 lors d'un événement organisé à Bercy. D'après les données du ministère, 550.000 chefs d'entreprise vont partir à la retraite dans les dix prochaines années, dont 350.000 dans les cinq prochaines années, avec au total 3 millions d'emplois en jeu. Un phénomène qui n'est pas nouveau mais qui est amplifié par le volume de dirigeants qui sont concernés. Derrière cette problématique se cachent des enjeux nationaux d'ampleur et celui de la souveraineté en premier lieu. "Nous voulons garantir notre souveraineté économique et continuer à produire en France grâce à notre tissu d'entreprises, a affirmé Serge Papin, il s'agit aussi de promouvoir nos territoires et d'éviter une désertification qui bouleverserait l'équilibre de nos communes".  "Si on ne fait pas attention, on va perdre des services en proximité et beaucoup d'emplois", a abondé Joël Fourny, président de CMA France durant les discussions. La transmission des savoir-faire et des compétences est un autre enjeu majeur, avec certains secteurs, comme le bâtiment, la restauration ou le tourisme, qui sont particulièrement en tension. "On doit anticiper pour préserver les savoir-faire", a expliqué le cabinet en amont de l'événement.

Une mission "Reprise" et quatre groupes de travail

En amont de ce plan, une mission "Reprise" a été lancée en 2025, avec la participation de toutes les parties prenantes de l'accompagnement des transmissions d'entreprises, à savoir les interprofessions, les chambres consulaires, les professionnels du chiffre (notaires, experts-comptables, avocats…), les réseaux d'associations et les banques publiques et privées. Réunis au sein de quatre groupes de travail (mieux sensibiliser, informer et former les cédants et repreneurs, fluidifier l'appariement entre l'offre et la demande, lever certains freins juridiques, fiscaux et financiers, et coordonner les actions aux niveaux national et territorial), ces 200 acteurs ont travaillé à des propositions concrètes autour de trois volets principaux constituant le plan.

Premier axe : l'anticipation des transmissions à travers l'information et la sensibilisation des cédants et repreneurs. "Cette question est fondamentale, explique-t-on dans l'entourage du ministre, comment s'assurer que les chefs d'entreprises susceptibles de céder leur entreprise prochainement soient bien informés ?" Peu de chefs d'entreprise s'y prennent à l'avance… alors qu'on estime qu'il faut bien entre trois et dix ans pour organiser une bonne transmission d'entreprise. Un courrier sera envoyé dès mai 2026 à tous les dirigeants d'entreprises atteignant 55 ans et un guide national unique, comportant l'ensemble des informations utiles pour les cédants et repreneurs sera diffusé dès avril 2026. L'idée est de sensibiliser 25.000 dirigeants d'entreprise chaque année, et cela dès 2026.

Un "Tinder" de la reprise

Il s'agit aussi de changer de regard, "car la reprise d'entreprise est moins valorisée que la création d'entreprise, notamment dans les parcours de formation des managers et les écoles de commerce", souligne le cabinet du ministre. Pourtant, elle comporte plusieurs avantages. "Reprendre une entreprise coûte moins cher mais cela demande trois fois plus d'efforts pour refaire une clientèle et atteindre une rentabilité", a insisté Michel Picon, président de l'U2P, lors d'une des tables rondes. En outre, le taux de pérennité à trois ans d'une entreprise transmise est bien supérieur à celui d'une entreprise créée. Une campagne de communication sera menée dès avril 2026. Une base documentaire numérique à destination des enseignants des lycées professionnels sera développée. Et des contenus pédagogiques seront déployés progressivement dans les établissements d'enseignement supérieur.

Le deuxième axe du plan concerne le rapprochement entre les cédants et les repreneurs. La bourse de transmission de Bpifrance qui regroupe les annonces captées par les CCI, les CMA, l'association CRA (cédants et repreneurs d'affaires) et d'autres acteurs privés, a vocation à devenir l'application de référence de rencontre entre cédants et repreneurs. Le "Tinder" de la reprise, selon l'expression du ministre. Des événements seront aussi organisés dans chaque département, au moins un par trimestre. 

Développer le crédit-vendeur

Enfin, le troisième axe du plan, qui consiste à soutenir et accompagner la transmission d'entreprise, prévoit une meilleure identification du pacte Dutreil, qui permet de rendre la cession moins onéreuse d'entreprises compétitives mais qui est encore peu utilisé. Un travail de concertation sera engagé avec les parties prenantes concernées (administration, professionnels du droit et du chiffre, représentants des entreprises) pour aboutir à un "dossier type Dutreil", précisant les engagements attendus, les pièces justificatives et le calendrier de mise en œuvre. Objectif : faciliter l'utilisation du dispositif pour les chefs d'entreprise.

Le plan prévoit aussi de développer le crédit-vendeur, qui consiste pour le cédant à s'associer au financement du repreneur en acceptant d'être payé en plusieurs fois pour améliorer la solvabilité et la soutenabilité du financement pour ce dernier. Il insiste sur la valorisation des outils de financement de Bpifrance, type prêt Croissance Transmission ou garantie transmission. "On constate qu'il y a des défis au moment du financement du repreneur, souligne le cabinet, le rôle de l'Etat n'est pas de s'immiscer dans le processus mais de faire en sorte que tout le monde ait la même chance s'il a un désir de reprise et s'il a une vraie volonté". Et le désir semble être bien là. "Près de 30% des Français sont prêts à créer ou reprendre une entreprise, et plus de 50% chez les jeunes de 18 à 34 ans", a précisé le ministre, estimant que "ces 500.000 reprises représentent une opportunité fantastique pour notre pays car c'est un potentiel de croissance exceptionnel".

 

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