Près de 19.000 défaillances au premier trimestre 2026, soit une augmentation de 6,4%
Les défaillances d'entreprises sont en hausse de 6,4% au premier trimestre 2026 à près de 19.000, "niveau historiquement élevé", d'après les données du cabinet Altares publiées le 14 avril 2026. Seules trois régions métropolitaines sont "dans le vert" : la Corse, la Normandie et les Pays de la Loire.
Après une année noire - près de 70.000 défaillances d'entreprises -, la situation continue de se détériorer. Avec près de 19.000 défaillances d'entreprises comptabilisées au premier trimestre 2026, on atteint "un niveau inédit", alerte une nouvelle fois Altares dans son étude publiée la semaine dernière. Le cabinet enregistre ainsi 18.986 ouvertures de procédures collectives depuis le début de l'année, soit une hausse de 6,4% des défaillances par rapport à début 2025. "Depuis deux ans, en moyenne, hors périodes estivales, chaque trimestre compte 18.400 défauts, c'est 5.000 de plus que sur la période 2018-2019", indique Altares. 75.350 emplois sont menacés, soit encore plus qu'au premier trimestre 2009, précédent record.
"Nous avions mieux fini l'année 2025 que nous commençons l'année 2026", déplore Thierry Millon, directeur des études d'Altares, qui note que, pour survivre, une entreprise ne doit plus seulement faire du chiffre d'affaires, elle doit "aller chercher du cash au quotidien". "Sinon elle ne peut pas faire face à la conjoncture changeante, et continuer à investir" afin de préparer l’avenir (digitalisation, RSE, passage à la facture électronique, climat et environnement…)."
Seules "trois régions métropolitaines sont dans le vert" : la Corse (-25%), la Normandie (-13%) les Pays de la Loire (-9%). A l'inverse, d'autres sont en forte difficulté : la Bourgogne-Franche-Comté (+20%), et cela malgré un début d'année dans le vert à -4%, la Nouvelle-Aquitaine (+18%) et le Centre-Val de Loire (+16%). Les hausses sont maintenues entre +7% et +9% en Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui avait pourtant réduit le nombre de défaillances de 9% en 2025, Occitanie, qui était proche de la stabilité il y a un an, Auvergne-Rhône-Alpes et Bretagne. A noter : en Auvergne-Rhône-Alpes, la hausse est deux fois plus rapide ce premier trimestre qu'un an plus tôt.
La Guadeloupe sorte la tête de l'eau
Trois régions contiennent la hausse sous la moyenne de 6% : Ile-de-France (+5,8%), Hauts-de-France (+4%), Grand Est (+1,2%). Les tendances sont très disparates pour les territoires d'outre-mer qui ont un taux global conforme à la moyenne nationale (+6,6% contre +6%). La Guadeloupe réussit quant à elle à faire baisser le nombre de défaillances (-4%) alors qu'elles avaient explosé lors du premier trimestre 2025 à plus de 80% !
Les entreprises les plus impactées sont les plus petites, et surtout les microentreprises de moins de trois salariés qui concentrent l'essentiel (75%) des procédures ouvertes (14.311 en hausse de 11,2%). "Les TPE de 3 à 9 salariés affichent une meilleure résistance, précise l'étude, 3.272 défaillances ont été recensées en ce début d'année, soit un recul de -6,7%". Une dynamique encore plus favorable pour les PME de 10 à 19 salariés (-12,1%). A l'inverse, c'est plus difficile pour les PME de 20 à 99 salariés (+12,1%).
Côté secteurs, la construction affiche une "stabilité globale trompeuse", indique Altares, avec une nette amélioration du gros œuvre, de la maçonnerie et des travaux publics, mais des difficultés pour la construction de maisons individuelles, pour le second œuvre, la peinture et vitrerie et la menuiserie bois et PVC. Dans l'immobilier, ce sont surtout les agences immobilières où la situation s'améliore, contrairement à la promotion immobilière toujours défavorablement orientée.
Commerce : les gains du premier trimestre 2025 effacés
Dans le commerce - les gains du premier trimestre 2025 sont effacés chez les détaillants (+4%), les grossistes (+3%), et le hors magasin -, qui porte les tendances les plus sévères (+22%), notamment les e-commerçants (+21%) et les vendeurs sur les marchés (+30%).
Le commerce de l'habillement replonge (+6%), alors qu'il avait fait une belle performance en 2025 (-15%). Même chose pour les magasins multi-rayons (de -15% sur l'année à +13% sur le premier trimestre). L'alimentaire efface aussi ses gains de 2025. Seuls les sports et loisirs (-16%), le bricolage et l'équipement du foyer (-17%), et en particulier le meuble (-35%), reprennent des couleurs.
L'industrie affiche une résilience d'ensemble mais avec quelques fragilités (industrie agroalimentaire, activités de matériaux de construction, segment textile-habillement) et les services voient une accélération des procédures, et plus particulièrement les activités d'ingénierie ou de conseils, les services informatiques, les services aux particuliers. La coiffure et les soins de beauté concentrent plus des deux tiers des défaillances. Enfin, le secteur du transport dérape avec une dégradation de +12,9% et la stabilisation semble s'installer dans la restauration.
"La résilience se fera uniquement dans les territoires"
Pour Thierry Millon, l'un des enjeux clés est l'accompagnement des entreprises. "Pour arriver à casser ce mauvais rythme et à ne pas rentrer dans un cercle vicieux, on a besoin d'accorder du temps aux entreprises, pour que chaque acteur, public ou privé, soit en situation de proposer un soutien dans l'offre de reprise", insiste-t-il, mettant en avant la charte de confiance et d'engagements signée par une trentaine d'acteurs publics et privés pour mieux accompagner les entreprise en difficulté (voir notre article du 11 février 2026) et les dispositifs de type "Signaux faibles" capables de repérer à l'avance les entreprises à risque. "Tout cela, avec l'accompagnement local, car la résilience se fera exclusivement dans les territoires, affirme Thierry Millon, ce ne peut pas être une démarche parisienne, d'autant plus que l'Etat n'a plus les moyens de financer tout cela !"