"Poulets ukrainiens" et "viande Mercosur" : élus et restauration collective montent au créneau face aux accusations sur l'origine des viandes
Accusées, dans le débat médiatique, de servir massivement du poulet ukrainien ou de la viande issue du Mercosur, les cantines publiques et la restauration collective concédée répliquent chiffres à l'appui. Dans une série de réactions publiées les 13 et 14 janvier 2026, responsables de la restauration publique locale et représentants du secteur dénoncent des "contre-vérités" et rappellent le poids déterminant des choix des élus en matière d'approvisionnement alimentaire.
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"Une petite musique s'est installée dans le débat public sur l'approvisionnement et la qualité des repas dans la restauration collective qui ne seraient pas exemplaires". À laquelle s'est ajoutée une déclaration de Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires, diffusée sur RTL matin, attribuant aux cantines scolaires françaises une responsabilité supposée dans l'importation de viandes étrangères, en particulier sud-américaines ou ukrainiennes. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase... Ces propos ont fait réagir les professionnels de la restauration collective publique.
Sur le réseau LinkedIn, le 13 janvier 2026, Maxime Cordier, président de l'Agores et responsable restauration de la ville de Fontenay-sous-Bois, s'insurge contre une "caricature" récurrente des cantines publiques. Il réfute toute généralisation et rappelle que les collectivités ont développé, depuis plusieurs années, un savoir-faire solide pour sécuriser des approvisionnements en viandes françaises, issues de filières d'élevage identifiées et de qualité. Une expertise que le réseau des grandes cuisines publiques se dit prêt à partager, y compris avec la grande distribution.
Les collectivités revendiquent leur capacité à agir sans injonction extérieure
Même tonalité chez Gilles Pérolle, président du Réseau national des fermes publiques et coprésident du groupe de travail alimentation-restauration scolaire de l'AMF. L'élu rappelle que les cantines peuvent être "responsables" sans attendre d'engagements venus de la grande distribution. S'appuyant sur l'exemple de Mouans-Sartoux, il défend surtout l'idée d'un cadre rénové de la commande publique, permettant aux collectivités de soutenir plus efficacement les éleveurs locaux et de relocaliser les achats alimentaires, viande comprise. Une orientation qui renvoie directement aux marges de manœuvre des élus, dans un contexte budgétaire pourtant contraint.
71% de la viande d'origine française selon le SNRC
Le 14 janvier, le Syndicat national de la restauration collective (SNRC) publie à son tour un communiqué de presse pour dénoncer ce qu'il qualifie de "contre-vérités" sur le contenu des assiettes servies en restauration collective concédée. L'organisation avance des données issues de son enquête 2025 sur les achats réalisés en 2024. Le SNRC affirme que près de 71% de la viande servie dans ses cantines et restaurants d'entreprise en 2024 est d'origine française, dans un contexte de forte mobilisation des agriculteurs, notamment des éleveurs.
Selon ces chiffres, plus de 99% des viandes consommées en restauration collective sont donc d'origine France (70,93%) ou Union européenne (28,15%). Les viandes hors UE représentent moins de 1% (0,91%) des volumes, essentiellement de l'agneau néo-zélandais. S'agissant spécifiquement de la volaille, 99,19% de la volaille fraîche servie est d'origine française, tandis que la volaille hors UE ne pèse que 0,29% des volumes. Pour le SNRC, parler d'une majorité de poulets ukrainiens ou brésiliens dans les cantines est donc "factuellement faux".
Un choix assumé du "Made in France", malgré un surcoût
Le communiqué insiste également sur l'écart de prix entre les origines. À titre indicatif, le poulet ukrainien se négocie autour de 3 euros/kg, le poulet brésilien 2,50 euros/kg, contre environ 7 euros/kg pour un poulet français et 14 euros/kg pour un poulet français label rouge. Un différentiel significatif, que la restauration collective concédée affirme néanmoins absorber, aux côtés de ses donneurs d'ordre publics, pour soutenir les filières nationales.
Isabelle Aprile, présidente du SNRC, souligne ainsi l'engagement des entreprises du secteur en faveur de la "Ferme France" et de la souveraineté alimentaire, tout en rappelant que la restauration collective demeure une restauration sociale, aux prix de repas très inférieurs à ceux de la restauration commerciale.
"Remettre la cantine au milieu du village"
Au-delà des chiffres, le SNRC alerte sur les effets pervers de ces accusations répétées : discrédit jeté sur les professionnels, doute semé auprès des élus et des familles, fragilisation de débouchés pourtant stables pour les filières françaises. D'autant que la restauration collective ne représente qu'une part limitée des volumes agricoles consommés en France : environ 7%, contre près de 68% pour la grande distribution.
Un rappel qui converge avec les réactions des élus et responsables de la restauration publique : loin d'être un problème, la cantine apparaît plutôt comme une "solution" aux politiques alimentaires territoriales. Encore faut-il, concluent-ils en creux, que le débat public s'appuie sur des faits établis plutôt que sur des raccourcis médiatiques.