Précarité alimentaire : les Restos du Cœur ont accueilli 5,5 millions de personnes entre 2018 et 2025

C'est l'équivalent de 8% de la population française, soulignent les auteurs d'une étude fondée sur l'analyse des données des Restos du Cœur. 40% des bénéficiaires de l'aide alimentaire de l'association connaissent également la précarité résidentielle et les enfants de neuf ans ou moins sont sur-représentés parmi les personnes aidées. Les auteurs estiment que la durée des épisodes d'extrême pauvreté n'est pas si élevée (18 mois en moyenne de recours à l'aide alimentaire) mais que le phénomène s'étend du fait d'un "renouvellement constant" des personnes concernées. 

Il y a quelques jours, l'Insee publiait des données démontrant que les situations de pauvreté sont "de plus en plus chroniques", une minorité de personnes en situation de pauvreté monétaire en 2021 étant parvenue à sortir de cette situation sans y être confrontée de nouveau au cours des trois années suivantes (voir notre article). 

Les Restos du Cœur apportent, ce 5 octobre 2026, un éclairage différent en dévoilant une étude sur l'extrême pauvreté en France. Selon cette nouvelle analyse, ce n'est pas tant la durée (considérée comme limitée) des épisodes de grande précarité qui serait préoccupante que le fait que "l'échantillon [des personnes recourant à l'aide alimentaire] se renouvelle constamment, et que par conséquent de nombreux habitants y seront présents tôt ou tard". 

Il est rappelé que les personnes accueillies aux Restos du Cœur "ne sont pas admises sur des critères de revenu mais selon un critère de reste à vivre [qu'elles évaluent elles-mêmes, ndlr], c’est-à-dire une mesure de consommation" – critère jugé plus pertinent, pour définir la pauvreté, que "des données de revenus, qui peuvent être trompeuses (par exemple, un même revenu peut-être suffisant pour se loger en zone rurale mais pas à Paris)".

"Un accroissement très rapide de la grande précarité"

"De nombreux indicateurs documentent un accroissement très rapide de la grande précarité dans plusieurs pays riches – en France, au Royaume-Uni, ou encore aux Etats-Unis – au cours de la dernière décennie", soulignent les auteurs en préambule. Si le phénomène est difficile à saisir, "plus de 5,5 millions d’individus ont reçu de l’aide alimentaire de la part des Restos au moins une fois entre 2018 et 2025" : une aide massive qui fournit "des informations précieuses et très détaillées sur les personnes accueillies, leurs finances, et leurs comportements de consommation".  

Le constat est d'abord celui d'une très forte progression des personnes accueillies par les Restos entre 2018 et 2025 (+37%) et d'une "explosion (+62%) du nombre de personnes en précarité résidentielle" parmi les personnes accueillies. Selon la terminologie utilisée, les personnes en "précarité résidentielle" sont sans abri, sans logement personnel ou vivant dans un logement précaire ou inadéquat. En 2025, les Restos du Cœur ont accueilli 1,3 million de personnes, dont 40% en situation de précarité résidentielle. 

Les auteurs relèvent la sur-représentation des enfants et adolescents parmi les bénéficiaires de l'aide alimentaire, notamment "25% d’enfants entre 0 et 9 ans parmi les personnes en précarité résidentielle (quasi systématiquement dans des familles composées d’une mère seule) alors que la part de cette tranche d’âge dans la population n’est que de 10%". 

Agir en prévention sur le marché du travail, le logement et la stabilité des prix 

Selon les données exploitées, la précarité alimentaire et la précarité résidentielle seraient "des phénomènes transitoires" puisque "la durée moyenne d’un passage aux Restos est d’environ 18 mois, et celle d’une expérience de précarité résidentielle est plus courte encore (17 mois)". "Seuls 14% des individus qui passent par les Restos y demeurent au-delà de 3 ans, et il est rare (environ 10% des cas) que des individus y retournent après en être sortis pendant au moins une année", ajoutent les auteurs. Ils mentionnent toutefois, en conclusion, l'importance "d’apporter un soutien précoce et ciblé, avant que la dépendance à la durée ne rende la sortie de la précarité alimentaire et résidentielle de plus en plus difficile". 

Les personnes n'ayant plus recours à l'aide alimentaire sont-elles pour autant sorties de la pauvreté, ont-elles trouvé un emploi (90% des personnes accueillies étant sans emploi), se sont-elles stabilisées dans un logement ?... L'étude ne le dit pas. 

Les auteurs de l'étude mettent en revanche l'accent sur le fait que le "risque de précarité touche une part très élevée de la population" puisque "l'équivalent de 8% de la population française" a eu recours à l'aide alimentaire des Restos du Cœur au moins une fois entre 2018 et 2025. Ils estiment que la prévention est le "levier de politique publique le plus puissant" pour agir sur le phénomène d'extrême pauvreté, "à travers notamment la stabilité du marché du travail, l’offre de logements à prix abordables et la stabilité des prix". 

 

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