Energie-Social - Près de 12 millions de Français en situation de précarité énergétique

Selon l'Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), près de 6 millions de ménages, soit environ 12 millions de personnes, éprouvent des difficultés à payer leur facture de gaz et d'électricité. Pour l'ONPE, le chèque énergie, dont le ministère de l'Environnement vient de dresser un bilan de l'expérimentation dans quatre départements, ne pourra à lui seul venir à bout du problème. L'accent doit aussi être mis sur la rénovation de l'habitat car la majorité des ménages concernés vivent dans des logements anciens énergivores.

En 2013, 5,6 millions de ménages, représentant 12 millions de personnes, étaient en situation de précarité énergétique, c'est-à-dire qu'ils consacraient plus de 10% de leurs revenus à leurs dépenses en énergie dans leur logement ou qu'ils déclaraient une sensation de froid lié à un équipement de chauffage défaillant ou à une mauvaise isolation, selon un nouveau bilan présenté par l'Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) à l'occasion d'un colloque organisé à Paris le 22 novembre. "Un million de ménages cumuleraient une situation d'inconfort thermique (sensation de froid) et de vulnérabilité économique" par rapport aux dépenses d'énergie, indique aussi l'ONPE dans son étude.
"C'est un phénomène croissant, malgré les politiques publiques mises en place", a déclaré à l'AFP Bruno Lechevin, le président de l'ONPE. Il y a deux ans, lors de la précédente édition de cet observatoire, l'ONPE considérait que la précarité énergétique concernait 5,1 millions de foyers et environ 11,5 millions de personnes. Bruno Lechevin explique cette évolution par la hausse des prix de l'énergie, la crise économique qui a rendu certains ménages plus vulnérables, mais aussi par une meilleure mesure du phénomène. Par rapport à 2006, le phénomène s'est considérablement amplifié puisqu'on est passé de 18,4% à 20,4% de ménages concernés.

Forte sensibilité aux prix de l'énergie

Sans surprise, les foyers en situation de précarité économique ou sociale sont ceux qui ont le plus de difficulté à payer leurs factures d'énergie. Les locataires sont également surreprésentés, tout comme les personnes seules, les jeunes ou les familles monoparentales, ainsi que les foyers vivant dans des logements anciens (construits avant 1975) ou avec un chauffage collectif, dans des zones fortement urbanisées.
Selon un récent sondage du Médiateur national de l'énergie, un tiers des Français ont dû restreindre leur chauffage pour limiter leur facture et 8% des ménages interrogés ont déclaré avoir rencontré des difficultés pour payer certaines factures. "Une augmentation de 10% du prix de l'énergie peut faire basculer environ 500.000 ménages en situation de précarité", assure Bruno Lechevin.

Chèque énergie : une expérimentation encourageante...

La loi sur la transition énergétique votée en 2015 a instauré un dispositif de chèque énergie pour aider les ménages aux faibles revenus à payer leurs factures ou à réaliser des travaux de rénovation énergétique, en élargissant son bénéfice à toutes les énergies (bois, GPL ou fioul inclus) alors que les tarifs sociaux de l'énergie ne concernaient jusqu'alors que l'électricité et le gaz. Expérimenté en 2016 dans quatre départements (Côtes-d'Armor, Ardèche, Aveyron, Pas-de-Calais), il a bénéficié dans ce cadre à plus de 173.000 personnes contre 123.000 auparavant au titre des tarifs sociaux, a indiqué le ministère de l'Environnement dans un premier bilan présenté ce même 22 novembre.
Selon le ministère, "lorsqu'il sera déployé sur tout le territoire", à partir de 2018 en théorie, "le chèque énergie bénéficiera à environ 4 millions de familles" alors que les tarifs sociaux touchent environ 3,2 millions de ménages. 600 millions d'euros par an d'enveloppe budgétaire seront alors affectés au dispositif, "contre 460 millions environ pour les tarifs sociaux en 2015". "Le montant de l'aide liée au chèque énergie est progressif, à l'avantage des personnes les plus défavorisées. Pour les 2,8 millions de foyers aux ressources les plus modestes, le montant moyen du chèque énergie sera d'environ 170 euros, contre environ 140 euros dans le cadre des tarifs sociaux", poursuit le ministère. "Pour les consommateurs aux ressources les plus modestes qui ne sont pas chauffés au gaz, le montant de l'aide augmentera de 70 euros par an (170 euros au lieu de 100 euros)", explique-t-il, tandis que "pour ces ménages chauffés au gaz, l'aide diminuera en moyenne d'une dizaine d'euros par an (170 euros au lieu de 180 euros) alors qu'ils cumulaient les aides pour l'électricité et le gaz". "L'évaluation en cours des ménages qui ont un différentiel négatif permettra d'ajuster le dispositif", précise-t-il.

Mais une portée à relativiser

Même s'il défend le mécanisme du chèque énergie, Bruno Léchevin relativise sa portée. "On voit tout de suite l'écart avec les 5,6 millions de ménages en situation de précarité", regrette-t-il. Son montant, calculé en fonction des revenus - il est réservé aux ménages dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 7.700 euros par an par unité de consommation -, s'élèvera entre 48 et 227 euros par an, pour une moyenne de 150 euros. Cela reste nettement inférieur aux besoins qu'il faudrait mobiliser pour mettre fin à la précarité énergétique. L'Observatoire a calculé qu'il faudrait réduire la facture énergétique des ménages entre 526 et 735 euros par an pour qu'ils sortent de leur situation de précarité.
Par ailleurs, à lui seul, ce chèque énergie ne résoudra pas le problème, estime le président de l'Observatoire. "Si l'aide au paiement des factures est une action urgente nécessaire, l'action de fonds c'est la rénovation de l'habitat pour que les ménages précaires consomment mieux et moins", explique-t-il. La loi sur la transition énergétique prévoit là encore un objectif ambitieux de 500.000 logements rénovés par an à partir de 2017. L'Agence nationale de l'habitat (Anah) a indiqué qu'elle pourrait en rénover 70.000 cette année. La ministre de l'Environnement a aussi décidé d'affecter au budget de l'Anah 70 millions d'euros issus du fonds de financement de la transition énergétique pour que l'Agence rénove 100.000 logements en 2017. Outre le chèque énergie, le dispositif des certificats d'économies d'énergie (CEE) finance également la lutte contre la précarité énergétique, par une contribution des fournisseurs d'énergie. Au cours des neuf premiers mois de 2016, les CEE ont financé des travaux qui permettront une réduction de 200 millions d'euros par an de la facture énergétique des ménages précaires sur les 15 prochaines années, assure le ministère de l'Environnement.

 

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