Près d'un million de personnes âgées assignées à résidence, faute de possibilités de déplacement, alerte une association
Elles marchent moins de 15 minutes par jour ou pas du tout, ne conduisent pas et n'utilisent pas les transports en commun : près d'un million de personnes âgées de 60 ans et plus sont ainsi "assignées à résidence" en France, alerte ce 1er octobre l'association les Petits Frères des pauvres qui consacre son rapport 2026 aux liens entre mobilités et isolement. Des chiffres d'autant plus alarmants que la population vieillit et que les personnes précaires sont deux fois plus concernées que la moyenne par l'isolement induit par les difficultés de déplacement.
© Petits Frères des pauvres et Adobe stock
"Vieillir dignement, c’est préserver les liens avec son entourage. Pourtant, près d’un million de personnes âgées sont aujourd’hui 'assignées à résidence' en France", alerte Anne Géneau, présidente des Petites Frères des pauvres, dans l'édito de présentation du rapport 2026 de l'association publié ce 1er octobre avec comme thème central l'étude des liens entre mobilités et isolement.
"Derrière ce chiffre, il y a des femmes et des hommes qui ne peuvent plus se déplacer librement, voir leurs proches, accéder aux soins, ni même sortir de chez eux", poursuit Anne Géneau, soulignant aussi le fait que "les inégalités territoriales accentuent encore ces difficultés". "Dans les grandes agglomérations, l’offre de transports et de services peut compenser certaines pertes d’autonomie, relève-t-elle. Dans de nombreux territoires ruraux ou périurbains en revanche, l’éloignement des commerces, des services publics et des professionnels de santé rend chaque déplacement plus complexe et accroît le risque d’isolement."
Quand sortir devient impossible
L'association a fait mener une étude auprès d'un échantillon national représentatif de 1.824 personnes de 60 ans et plus. Les 5% d'entre elles "assignées à résidence" ne marchent pas ou très peu, ne conduisent plus et n’utilisent pas les transports en commun. "Pour elles, chaque sortie devient un obstacle, quand elle n’est pas tout simplement impossible, note le rapport. Cette situation touche particulièrement les personnes les plus âgées et les plus précaires."
Les difficultés pour se déplacer sont souvent liées à la condition physique de la personne. Près d'une personne âgée sur deux souffre de douleurs ou de maladies limitant ses déplacements au quotidien - alors que 7% seulement déclarent bénéficier d'une aide - et près d'une sur trois redoute de perdre l'équilibre ou de faire une chute lors de ses déplacements. Une peur qui s'intensifie avec l'âge – elle concerne 45% des personnes âgées de 80 ans et plus. Près d'une personne âgée sur dix rencontre en outre des difficultés à se déplacer au sein même de son logement.
Transports trop souvent inaccessibles
37% des personnes âgées marchent moins de 30 minutes par jour ou ne marchent pas, 29% jugeant les trottoirs et aménagements inadaptés, en particulier le manque d'espaces de repos. Deux personnes âgées sur trois n'ont pas l'habitude de prendre les transports en commun. L'absence ou la rareté de l'offre de transport est considérée comme un obstacle majeur, notamment à la campagne, mais même lorsqu'ils existent, les transports sont perçus comme difficilement accessibles. Près de 80% des personnes âgées conduisent et 65% d'entre elles estiment qu'il est difficile de se passer de la voiture mais avec l'âge, elles ont de plus en nombreuses à renoncer à conduire – 39% des personnes de 80 ans et plus. En outre, 45% de celles ayant moins de 1.000 euros de revenus ne conduisent pas.
Renoncements en série
Les difficultés à se déplacer fragilisent progressivement les liens sociaux des personnes âgées et conduisent à leur exclusion sociale, souligne le rapport. Au cours des douze derniers mois, 13% des personnes âgées de 60 ans et plus, soit plus de 2,5 millions de personnes, déclarent ainsi avoir renoncé à voir des proches faute de moyen de locomotion et 8%, soit plus de 1,5 million de personnes, déclarent avoir renoncé à des soins médicaux pour la même raison, les personnes précaires étant deux fois plus concernées que la moyenne par ces renoncements.
Au total, selon l'étude, ce sont de plus de trois millions de personnes âgées qui se sentent isolées en raison de leurs possibilités limitées de se déplacer. Alors que le nombre global de seniors va croître rapidement dans les années à venir, du fait de l'avancée en âge des générations nombreuses du baby-boom - les plus de 65 ans pourraient représenter 26,6% de la population en 2040, contre 22,2% aujourd'hui, d'après une projection récente de l'Institut national de la statistique (Insee) -, les Petits Frères des pauvres préconisent une quinzaine de mesures pour adapter les logements et l'espace public, faciliter les déplacements et préserver l'autonomie.
Des recommandations pour faciliter les déplacements
L'association appelle notamment à mettre en place un "plan piéton pour tous" pour rénover les trottoirs et créer des espaces publics accessibles et confortables (avec des bancs, zones d'ombre, toilettes). Elle recommande également de favoriser la "mobilité solidaire", par exemple le transport à la demande, d'améliorer l'offre de transport en commun, en particulier dans les zones rurales et les outre-mer, tout en développant des dispositifs d'accompagnement pour que les personnes âgées se familiarisent avec ce mode de déplacement. Elle propose aussi d'ouvrir une partie du dispositif de leasing social aux retraités disposant de faibles ressources et de mettre en place un plan vélo à destination des aînés.