Présidentielle : les entreprises de l'eau appellent les candidats à faire de l'eau "une grande cause nationale"
À travers un libre blanc regroupant une cinquantaine de propositions, la fédération des entreprises de l'eau (FP2E) a appelé ce 3 novembre les candidats à l'élection présidentielle à faire de la gestion de l'eau "une grande cause nationale" et à ne pas se pencher sur le sujet uniquement au gré des crises et de la météo.
© FP2E et Adobe stock
L'eau est "une cause météo-sensible" et elle "vaut plus que ça", a déclaré à l'AFP ce 3 novembre Estelle Grelier, présidente de la Fédération des entreprises de l'eau (FP2E), en marge d'une conférence de presse. Alors que la sécheresse et les canicules successives ont remis le sujet sur le devant de la scène, la FP2E souhaite éviter de voir les autorités "reconsidérer ces sujets" à partir de zéro "à chaque gros aléa climatique", a-t-elle insisté.
À travers un livre blanc comportant une cinquantaine de propositions, la FP2E appelle donc les candidats à l'élection présidentielle à faire de la gestion de l'eau "une grande cause nationale". Au premier rang de ses préconisations, "la sécurisation du financement du service" de l'eau. La France doit faire face à un mur d'investissements, prise en tenaille entre "les retards d'investissements observés dans les infrastructures des services publics d'eau", évalués à 4,6 milliards d'euros par an, "auxquels s'ajoutent les coûts liés à l'application de nouvelles réglementations en matière de qualité de l'eau potable (PFAS, pesticides…) et de collecte et de traitement des eaux usées", résume le livre blanc.
Rappelant qu'en moyenne, un litre d’eau sur cinq n’est pas distribué aux usagers, en raison de fuites ou de casses dans les réseaux de distribution d’eau potable, la FP2E recommande de porter les dépenses en matière de politique de l'eau à 1% du PIB du pays, contre 0,84% actuellement. Pour y parvenir, elle propose de confier à l’État la mission de suivre annuellement la progression des budgets cumulés de l’ensemble des financeurs de la politique de l’eau (fonds européens, État, agences de l’eau, collectivités locales…). Dans les 100 jours de l'élection, elle préconise "le vote d'une loi pluriannuelle de financement de la transition écologique avec un volet eau", a précisé Estelle Grelier. Cette loi serait votée en même temps que la loi de programmation des finances publiques. La FP2E souhaite en outre qu'y soit "adossée une forme de règle d'or", qui viserait à "évaluer de manière préalable à l'adoption des projets ou des propositions de loi" leur "impact sur la ressource en eau".
Pour faire de l'eau "un projet mieux partagé", le livre blanc recommande à l'État de consolider la gouvernance par bassins versants. Il s'agit de "mieux valoriser les 'parlements de l’eau' que sont les comités de bassin et les commissions locales de l’eau, où toutes les parties prenantes sont représentées et où les collectivités doivent pouvoir faire davantage entendre leur voix et les équilibres internes être respectés". Les agences de l'eau doivent quant à elles "être soutenues et reconnues, et leurs capacités d’intervention renforcées", souligne le document.
Au niveau européen, la FP2E veut que la France soit la cheffe de file de la politique européenne de l'eau, avec une "capacité d'intervention et de conviction comparable à son engagement en matière de politique énergétique". Pour conforter l'expertise française, elle souhaite, pour la recherche privée liée à la qualité de l'eau potable, "un fléchage de 2%" des 7,3 milliards d'euros du crédit impôt recherche, contre moins de 1% actuellement.
Parmi les autres préconisations, le livre blanc recommande d'organiser une grande conférence nationale sur les pollutions, sous la forme d’un "Grenelle de lutte contre les pollutions" et de fixer, dans ce cadre, des objectifs de réduction des pollutions à la source, avec des engagements des secteurs concernés et une mise en œuvre effective du principe pollueur-payeur. Il propose aussi d'introduire la qualité bactériologique et physico-chimique de l’eau potable comme critère de performance des services d’eau et d’assainissement, de créer un fonds d’urgence permettant aux agences de l’eau d’aider financièrement les collectivités confrontées à une pollution de l’eau et de "renforcer très fortement la protection des aires d’alimentation des captages".
Autres préconisations : instaurer un plancher pour la part fixe de la facture d’eau, afin de sécuriser les recettes des collectivités, et déplafonner la part abonnement de la facture d’eau, conditionner l’accès aux subventions des agences de l’eau à un prix de l’eau cohérent avec la moyenne des collectivités locales du même bassin ou encore examiner systématiquement la Reut (réutilisation des eaux usées traitées) dans chaque collectivité ayant fait l’objet d’arrêtés de restriction d’eau, sur proposition du préfet et dans un délai de deux ans.
À partir des recommandations de son livre blanc, la FP2E souhaite organiser le 1er décembre prochain un grand débat des candidats à la présidentielle.