Prix des carburants : le plan de soutien du gouvernement fait beaucoup de mécontents

Le gouvernement justifie le ciblage de son plan de soutien aux activités les plus touchées par l'envolée du prix des carburants. Un plan estimé à 70 millions d'euros mais qui fait beaucoup de mécontents, notamment chez les transporteurs et les agriculteurs. 

70 millions d’euros. C’est le chèque que le gouvernement s’est résolu à signer, vendredi 27 mars, pour venir en aide à trois secteurs parmi les plus directement touchés par l’envolée des prix de carburant découlant de la guerre au Moyen-Orient : l’agriculture, la pêche et les transports. Un montant qui ne couvre que le mois d’avril puisqu’à ce stade, on ne sait si ces aides seront maintenues au-delà. Le ministre des Transports Philippe Tabarot, a toutefois laissé entendre, lundi, qu’elles seront "peut-être reconductibles si la situation perdure, en mai, en juin". 

Le gouvernement, qui veut à tout prix éviter de retomber dans le "quoi qu’il en coûte", précise par ailleurs que ces dépenses seront compensées par des "annulations de crédit" équivalentes dans les ministères concernés pour ne pas grever des finances publiques déjà détériorées. La semaine dernière il avait assuré qu’il n’y aurait pas d’aide à la pompe, comme lors de la précédente crise (lire notre article).

  • 50 millions pour le transport routier – Sur le total, 50 millions d’euros seront réservés pour les TPE-PME du transport routier, via une aide forfaitaire de 20 centimes par litre. "Cette mesure cible les TPE/PME du transport public routier de marchandises et du transport public routier de voyageurs, justifiant de difficultés de trésorerie majeures liées à la crise", indique Bercy, ajoutant que les modalités seront précisées ultérieurement.
     
  • 5 millions d’euros pour la pêche –  La pêche bénéficiera d’une aide du même montant (20 centimes par litre), pour un total estimé à 5 millions d’euros, mais qui prendra cette fois-ci la forme d’un "remboursement sur les factures de carburant des navires de pêche". La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, devait profiter d’un conseil des ministres de l’Agriculture, lundi, pour informer Bruxelles de sa décision et de "la nécessité de valider ce dispositif au plus vite".
     
  • 14 millions d’euros pour les agriculteurs   Le gouvernement a également décidé une exonération du droit d'accise sur le gazole non routier (GNR) utilisé dans les tracteurs, pour un coût estimé à 14 millions d'euros. Parallèlement, lors de ce même conseil des ministres européens, lundi, Annie Genevard devait demander la suspension immédiate du MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) sur les engrais, très dépendants du prix du gaz. Ou à défaut une "compensation".

"Un début insuffisant au regard de l’ampleur du choc"

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a rappelé vendredi l'objectif de maîtrise des finances publiques, "quoi qu'il arrive" (voir notre article de vendredi). De son côté, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a indiqué dans un entretien à La Tribune dimanche que l'encadrement des marges des distributeurs restait une option. "Pour l'instant, les prix ont évidemment grimpé, mais pas davantage qu'ailleurs, avec des marges contenues. Le moment de vérité sera de voir si la baisse des prix se traduira aussi rapidement à la pompe que la hausse des prix au début de cette crise", a-t-il dit. L'exécutif n'envisage pas, en revanche, de baisser les taxes sur les carburants, qui représentent 50 à 55% du prix à la pompe.

Mais alors que le gazole, carburant le plus consommé, est au plus haut (il se vendait 2,23 euros le litre en moyenne sur 8.809 stations recensées, contre 1,720 euro le 27 février), ces annonces ont fait beaucoup de mécontents. À l'appel de l'Organisation des transporteurs routiers européens (Otre), une opération escargot des transporteurs et autocaristes s’est d'ailleurs déroulée sur le périphérique parisien, lundi. D'autres actions ont été menées en région. Du côté des agriculteurs, le patron de la FNSEA était reçu à Matignon le même jour pour évoquer le sous-dimensionnement de l’exonération du droit d'accise (estimée à 4 centimes par litre). Arnaud Rousseau demande de monter jusqu'à 30 centimes par litre.

Dès samedi, la CPME a regretté pour sa part "un début insuffisant au regard de l’ampleur du choc", même si les premières annonces "vont dans le bon sens". "La qualification 'd’entreprises fragilisées', par exemple, interroge plus qu’elle ne rassure", pointe la confédération pour qui "l’enjeu est d’agir avec précision, pour soutenir celles et ceux qui sont frappés par la crise, sans davantage fragiliser nos finances publiques". Ce qui concerne au premier rang "les transporteurs, la logistique, les taxis, les voyagistes, les services à la personne, et toutes les activités grandes consommatrices de carburant et d’énergie". Elle demande d’élargir les aides aux filières encore exclues, d’accorder des "prêts bonifiés" aux secteurs les plus affectés par les problèmes de trésorerie et d’allonger les durées d’échelonnement du règlement de charges sociales et fiscales. Elle appelle les grands donneurs d’ordre à honorer leurs délais de paiement. Enfin, elle réclame un "Plan Marshall" de l’électrification des usages et des modes de production.

"Ceux qui en ont le plus besoin"

En retour, Roland Lescure a justifié le ciblage. "Si vous mettez en place des mesures générales, ça va vous coûter beaucoup d'argent et ce sera sans doute très peu efficace, donc aujourd'hui on est au plus près de ceux qui en ont le plus besoin", a-t-il déclaré, en marge du salon Global Industrie, lundi. Pourtant le gouvernement a concédé une entorse à la règle, en élargissant le nombre de bénéficiaires du chèque énergie, qui permet aux plus modestes de payer leurs factures d'électricité, de gaz ou de fioul. En 2026, "nous élargissons le dispositif : grâce à un croisement complémentaire de données, près de 700.000 foyers supplémentaires recevront le chèque énergie dès le 1er mai", a écrit lundi sur X le Premier ministre (voir notre article de ce jour sur le chèque énergie).

 

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