Prix des carburants : le gouvernement annonce des mesures de soutien sectorielles mais pas d'aide directe à la pompe
Face à la hausse des prix des carburants, le gouvernement a annoncé ce 23 mars des mesures de soutien à la trésorerie des secteurs des transports, de la pêche et de l'agriculture, mais sans aide directe à la pompe, et a demandé aux raffineurs s'ils pouvaient "augmenter rapidement" leur production. Sébastien Lecornu a en outre confié ce 24 mars à sa ministre de l'Énergie, Maud Bregeon, une mission de deux mois visant à "renforcer" le recours aux certificats d'énergie (CEE) pour favoriser l'usage de l'électricité d'origine "décarbonée", et ainsi réduire la dépendance aux énergies fossiles importées.
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Face à la crise au Moyen-Orient et aux "tensions autour du détroit d’Ormuz qui font monter les prix de l’énergie partout dans le monde" et touchent directement des "secteurs essentiels" comme la pêche, le transport, l’agriculture, grands consommateurs de carburants, "le Gouvernement est mobilisé", a écrit ce 23 mars sur X le Premier ministre, Sébastien Lecornu. "Nous travaillons avec les acteurs économiques pour organiser la solidarité entre les filières et aider les entreprises les plus fragiles à passer ce cap, notamment en soutenant leur trésorerie", a-t-il indiqué.
Augmenter le raffinage en France
"En parallèle, nous renforçons notre capacité à produire en France", poursuit-il. Il a ainsi demandé aux raffineurs d'évaluer, "dans les meilleurs délais", la capacité de leurs sites "à augmenter rapidement et temporairement la production en produits raffinés", dans un courrier consulté par l'AFP. Son espoir : que ces mesures contribuent "à alléger la tension sur les marchés des produits raffinés en Europe et à réduire les tensions sur les marchés européens si cette situation venait à perdurer dans le temps".
Le gouvernement a notamment "demandé et permis à la raffinerie de Gravenchon d'augmenter rapidement ses capacités", a précisé sur X le Premier ministre, en référence au site situé près du Havre, acheté récemment par l'énergéticien canadien North Atlantic.
Les marges de manoeuvre des pétroliers établis en France semblent toutefois très limitées. "Avec l'outil technique que l'on a actuellement, (...) on peut aller au maximum jusqu'à 10% d'augmentation de la capacité", a indiqué North Atlantic à l'AFP. Cette augmentation pourrait aller "jusqu'à 12.000 tonnes" de kérosène supplémentaires par mois et "jusqu'à 15.000 tonnes" de gazole supplémentaires par mois, "si toutes les conditions sont réunies", précise North Atlantic, à propos de ces ressources pour lesquelles la France est la plus dépendante des importations. Le pays importe notamment 50% du gazole qu'il consomme. Une consommation qui s'est élevée en 2025 à 27 millions de tonnes, selon les derniers chiffres de l'Union française des industries pétrolières (Ufip). Du côté de TotalEnergies, principal raffineur sur le sol français, cette demande n'entraînera "pas une augmentation de production", leur appareil de production étant "déjà au maximum" de sa capacité, a indiqué un expert du secteur à l'AFP.
Mesures d'aide à la trésorerie pour les secteurs les plus touchés
L'exécutif, astreint par ailleurs par la discipline budgétaire, n'envisage toujours pas à ce stade de baisser les taxes sur les carburants. Il a en revanche annoncé des mesures d'aide à la trésorerie pour les secteurs de la pêche, des transports et de l'agriculture.
Les ministères de la Mer et de la Pêche, celui des Transports ainsi que celui de l'Agriculture ont ainsi détaillé, dans des communiqués distincts, des mesures similaires : report de cotisations sociales et "étalement des échéances fiscales" pour les entreprises qui le demandent, ainsi que des prêts par Bpifrance, la banque publique d'investissement.
Côté pêcheurs, l'Association nationale des organisations de producteurs (Anop) et l'Union des armateurs à la pêche de France (UAPF) ont immédiatement dénoncé "des mesurettes" et réclamé des actes "à la hauteur de la situation", dans un communiqué commun. "Malgré des engagements répétés, aucune mesure concrète n'est mise sur la table. Dans ces conditions, partir en mer revient à travailler à perte : nos navires vont s'arrêter", s'est alarmé de son côté le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM).
Le prix du gazole marin a bondi d'environ 60% depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, passant de 0,61 à 0,97 euro par litre du 26 février au 23 mars, selon l'observatoire du carburant de la Coopération maritime. La ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, avait pourtant promis des mesures pour les pêcheurs, soulignant qu'avec les récentes hausses de prix, le poste carburant avoisinait pour eux les "50% de leur chiffre d'affaires".
Concernant une éventuelle "réduction à la pompe", réclamée par les professionnels, le ministère indique simplement que "des discussions sont en cours avec les metteurs en marché pour activer les incitations fiscales mobilisées en 2024 permettant une remise à la pompe". Outre "une aide carburant", l'Anop et l'UAPF demandent également "une intervention immédiate auprès de la Commission européenne (...) pour mobiliser les mécanismes de soutien de crise" et "la levée du plafond" d'aide par entreprise.
La Fédération nationale des transports routiers (FNTR) demandait par ailleurs à l'État qu'il publie un indice de référence du gazole tous les quinze jours au lieu de tous les mois, afin de refléter plus vite l'évolution des prix des carburants dans les factures. Un changement qui sera adopté "temporairement", a annoncé lundi le gouvernement, invitant par ailleurs les chargeurs "à réduire leurs délais de paiement pour soutenir davantage les transporteurs".
Le ministère de l'Agriculture a en outre indiqué rechercher "un accord de place avec les banques et les distributeurs, notamment pour étudier le soutien aux productions agricoles et appeler à la souplesse et à la flexibilité" dans le traitement des dossiers d'entreprises en difficulté.
Renforcer le recours aux certificats d'économies d'énergie
Sébastien Lecornu a par ailleurs confié ce 24 mars à sa ministre de l'Énergie, Maud Bregeon, une mission de deux mois visant à "renforcer" le recours aux certificats d'énergie (CEE) afin de favoriser l'usage de l'électricité d'origine "décarbonée", et ainsi réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. Ce dispositif de financement de la rénovation et de la transition énergétiques et des économies d'énergie, repose sur les contributions des fournisseurs d'énergie, comme TotalEnergies, Engie, les vendeurs de carburants..., au nom du principe du "pollueur-payeur". Mais il est en partie répercuté sur les consommateurs.
La crise au Moyen-Orient "impose (...) d'aller plus vite et plus loin, afin de réorienter cet outil de manière plus claire vers l'électrification, de mieux impliquer les acteurs privés pour veiller à la maîtrise des coûts de gestion", détaille le chef du gouvernement dans son courrier à Maud Bregeon.
Concrètement, en échange d'octroyer une prime à un client, ménage ou entreprise, par exemple pour remplacer une chaudière au fioul par une pompe à chaleur, plus performante sur le plan environnemental, le fournisseur obtient un CEE. Il échappe ainsi à des pénalités s'il a atteint l'objectif de CEE fixé par l'État. En quête d'économies, l'État recourt de plus en plus à ce mécanisme de financement privé, créé en 2005. Un décret publié fin 2025 a augmenté de 27% le volume total d'obligations d'économies d'énergie que doivent financer les fournisseurs d'énergie pour les cinq prochaines années, soulevant des inquiétudes sur un renchérissement des prix de l'énergie.
Sébastien Lecornu demande donc à sa ministre de "maximiser" la contribution des CEE à l'électrification des usages, et de "supprimer" les projets jugés "les moins efficaces", et pour les autres de les "associer à des bonifications". Il l'encourage à créer de nouveaux CEE dans les secteurs "les plus dépendants" aux hydrocarbures importés, comme la pêche et l'agriculture.
Enfin, il l'exhorte à supporter "en priorité" les actions permettant de "soutenir le pouvoir d'achat des ménages modestes" et celles favorisant "l'installation d'équipements industriels produits en France". Il l'enjoint aussi à "renforcer la lutte contre la fraude".