Prix des carburants : les aides ciblées prolongées, des déplacements toujours bridés

Face aux inquiétudes grandissantes de l'opinion sur le pouvoir d'achat, Sébastien Lecornu a demandé mercredi 16 septembre à ses ministres de "prolonger" jusqu'au 31 décembre les aides ciblées sur les carburants. Une nouvelle étude, publiée ce 17 septembre par Wimoov, témoigne une fois encore du fait que de plus en plus de Français renoncent à des déplacements pour raison financière.

L'initiative du Premier ministre est intervenue quelques heures après une demande formulée en conseil des ministres par Emmanuel Macron, celle d'une "totale mobilisation" sur "l'approvisionnement" et la "maîtrise des prix" des carburants, rapportée par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. "L'objectif est de préserver l'activité économique, l'emploi et la croissance, en donnant de la visibilité aux entreprises", a indiqué mercredi 16 septembre au soir l'entourage de Sébastien Lecornu. Mais aussi de contenir la colère sociale qui couve. La hausse des prix à la pompe a en effet provoqué des appels à manifester évoquant le mouvement des Gilets jaunes, ainsi que le blocage de dépôts pétroliers par des pêcheurs en Méditerranée.

Pour ces derniers, qui ont mené plusieurs actions de blocage ces derniers jours, l'aide sera relevée de 25 à 35 centimes par litre. Elle retrouve ainsi "son niveau maximal autorisé par la Commission européenne pour permettre aux navires de continuer à sortir en mer", après un ajustement à la baisse cet été pour tenir compte de la baisse des prix, ont expliqué les services du Premier ministre. L'annonce a toutefois été qualifiée de "poudre aux yeux" par certains pêcheurs, qui estiment que ces 10 centimes supplémentaires ne compensent pas l'augmentation du prix du carburant.

Pour les entreprises éligibles du BTP, le soutien sera "prolongé à hauteur de 20 centimes" par litre de gazole non routier, et pour les agriculteurs, l'aide de 15 centimes par litre sera également prolongée. L'aide aux agriculteurs sur les carburants viendra "en complément des autres aides du plan d'urgence agricole", précise-t-on.

"Je sais ce que cela représente pour les Français", a complété Emmanuel Macron sur X dans la soirée. "Ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous finit toujours par peser sur notre quotidien. Alors j'agis pour réduire les tensions, sécuriser nos approvisionnements et faire baisser la pression sur les prix", a-t-il ajouté.

La situation pourrait s'envenimer dans les semaines à venir : la CGT de TotalEnergies a appelé à la grève le 8 octobre sur "tous les sites", là encore pour le pouvoir d'achat et pour l'emploi.

À 2,15 euros mardi, le prix moyen du litre d'essence a dépassé le pic de 2022 et le gazole a atteint 2,35 euros le litre.

17 millions de Français en situation de "précarité mobilité"

Début septembre, l'Insee témoignait du poids croissant de la dépense en carburant dans les revenus des ménages, notamment bien-sûr dans certains territoires "périphériques" (voir notre article). Fin juillet, une étude de la Fondation Jean Jaurès évoquait ces automobilistes estimant que leur "vie quotidienne s'est rétrécie" ces derniers mois avec l'envol du prix des carburants (voir notre article).

De même, les résultats d'une enquête publiée ce jeudi 17 septembre par l'association Wimoov (groupe SOS) confirment que plus en plus de Français ont du mal à se déplacer pour raison financière ou d'isolement géographique.

En 2026, 17 millions de Français de plus de 18 ans sont en situation de "précarité mobilité", soit 37% de la population française majeure, alors qu'ils étaient 15 millions lors du précédent baromètre publié en 2024 et 13,3 millions en 2022, indique cette enquête bisannuelle. Les personnes en "précarité mobilité" sont celles qui n'ont pas la liberté de se déplacer comme elles le souhaitent ou le doivent, ou qui doivent renoncer à se déplacer.

Réalisée par Ipsos BVA auprès de 13.400 personnes dans les treize régions de France hexagonale et en Corse, la nouvelle mouture de l'étude souligne que la mobilité est "devenue un facteur de précarité et aggrave les inégalités socio-économiques et territoriales", selon l'association.

"Les difficultés de mobilité ne sont plus seulement la conséquence de la fragilité économique des ménages, elles en deviennent également une cause directe" ajoute Wimoov. "Faute de pouvoir absorber la hausse du coût des carburants, les ménages modestes sont de plus en plus conduits à arbitrer entre mobilités, alimentation, énergie, chauffage ou santé - voire de renoncer à certains de ces besoins essentiels".

Selon l'étude, 10% des personnes interrogées ont dû renoncer à un emploi ou à une formation dans les cinq dernières années, faute de pouvoir s'y rendre, ou parce que le prix du transport était trop élevé. Ce chiffre atteint 26% parmi les demandeurs d'emploi, 20% pour les habitants des quartiers populaires, et 22% chez les jeunes.

Globalement, les jeunes se disent satisfaits de leurs possibilités actuelles de mobilité (88%), mais près des trois quarts des 18-24 ans ont renoncé à un déplacement du quotidien au cours des cinq dernières années contre 40% en moyenne nationale. 36% d'entre eux ne détiennent pas le permis de conduire, principalement pour des raisons de coût, et 62% évitent fréquemment de se déplacer pour ne pas trop dépenser.

 

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