Programmation pluriannuelle de l’énergie : le décret signé "en fin de semaine", annonce Sébastien Lecornu

Dans un entretien à la presse régionale publié ce samedi 7 février, le Premier ministre a annoncé qu’il signera "en fin de semaine" le décret de publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), attendue depuis deux ans et demi. Les acteurs des énergies renouvelables se disent rassurés mais vigilants sur les grandes lignes de cette feuille de route énergétique. 

Cette fois, c’est imminent. Dans un entretien à la presse régionale, Sébastien Lecornu a annoncé ce samedi 7 février qu'il signera "en fin de semaine prochaine" le décret de publication de la très attendue feuille de route énergétique de la France sur dix ans. L'énergie "est probablement un des dossiers les plus urgents" à traiter, ajoute le Premier ministre. Il justifie la prise d'un décret "en raison de l'urgence" et parce qu'il estime que "les débats ont largement eu lieu". 

Attendue depuis deux ans et demi, la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), feuille de route énergétique de la France jusqu'en 2035, avait été retardée en raison de divisions politiques sur le partage entre nucléaire et énergies renouvelables. Cette PPE s'achemine vers un ralentissement de l'éolien terrestre et du solaire parce que l'électrification de l'économie - un des leviers pour réduire les énergies fossiles - avance moins vite que prévu, selon le gouvernement.

Sébastien Lecornu confirme que six réacteurs nucléaires EPR "seront inscrits dans la PPE et huit supplémentaires en option", conformément aux promesses du président de la République en 2022 à Belfort.

Le gouvernement investira aussi "dans l'éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie" et l'éolien terrestre. Mais cette dernière source d'énergie "est parfois source de conflit localement, la priorité sera donc donnée à la remotorisation des parcs existants avec des turbines plus puissantes pour éviter le mitage des paysages", a précisé Sébastien Lecornu.

Quant au prix de l'électricité, "il n'augmentera pas en France", promet-il, grâce à une "stratégie ambitieuse d'offre". Alors que le gouvernement envisage d'accompagner la publication de la PPE d'un "grand plan autour de l'électrification des usages" (mobilité, bâtiment, industrie), Sébastien Lecornu ajoute qu'il "faudra réfléchir à des incitations pour accélérer" cette électrification afin "d'arriver à ce que 60% de notre consommation en 2030 soit électrique".

Les acteurs des énergies renouvelables en partie rassurés

Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) s'est déclaré rassuré ce dimanche 8 février par les grandes lignes de la feuille de route énergétique annoncées par le Premier ministre mais reste vigilant, notamment pour la filière solaire. "Il est important que Sébastien Lecornu ait confirmé qu'il y aura bien une programmation pluriannuelle de l'énergie sur 10 ans, jusqu'en 2035" sous forme d'un décret "qui ne va pas mettre sous le boisseau le solaire et l'éolien", a déclaré à l'AFP Jules Nyssen, président de cette organisation qui regroupe les industriels du solaire, de l'éolien et des autres renouvelables.

Le secteur a fait part ces derniers mois de ses craintes d'un coup d'arrêt au développement des renouvelables dans la nouvelle PPE. Reçus à Matignon vendredi, ils étaient sortis avec l'assurance qu'il n'y aurait "pas de moratoire" sur ces énergies. "Il y aura bien des appels d'offre pour développer le solaire et l'éolien", a salué Jules Nyssen dimanche, ce qui permettra de développer les filières industrielles de ces secteurs et l'électrification indispensable du pays pour réduire ses émissions de CO2.

Mais la remotorisation des éoliennes terrestres, privilégiée par Sébastien Lecornu dans son entretien à la presse régionale, "ne suffira pas à atteindre les objectifs d'électrification", a estimé Jules Nyssen. "Il ne faudra pas exclure des champs éoliens en bonne intelligence avec les élus et les territoires", a-t-il dit, en demandant également la "revue des plafonds aériens" d'aviation civils et militaires qui bloquent le développement de grandes éoliennes plus puissantes.

Les représentants des renouvelables craignaient que les volumes de développement prévus dans la feuille de route pour leurs secteurs respectifs ne leur permettent pas de maintenir leur outil industriel. Pour le solaire par exemple, "il y a déjà 30 GW de puissance installée en France, et 10 GW de projets autorisés en file d'attente. Si la feuille de route indiquait un objectif de production de 40 GW en 2030, cela équivaudrait à un moratoire car il n'y aurait alors aucune possibilité de développement", a souligné Jules Nyssen.

Or, deux projets de gigafactories photovoltaïques prévus en France, Holosolis en Moselle et Carbon à Fos-sur Mer, représentent un potentiel théorique de 5.000 emplois" supplémentaires, a-t-il fait valoir. Éolien et solaire représentent "entre 80.000 et 120.000 emplois directs" en France, a-t-il ajouté.

France Renouvelables qui représente 370 acteurs de la filière, a estimé jeudi qu'une trajectoire énergétique marquée par un recul des renouvelables par rapport aux prévisions actuelles pourrait entraîner "la destruction de 30.000 à plus de 40.000 emplois" selon les scénarios retenus.

Ce mardi, deux manifestations de salariés de ces secteurs sont prévues à Montpellier et à Paris, devant l'Assemblée nationale, pour exprimer les craintes et "dénoncer la multiplication des suppressions d'emplois" dans ces secteurs.

Nucléaire : évaluation insuffisante du projet de réacteurs EPR2 de Gravelines, selon l'Autorité environnementale

L'Autorité environnementale (AE) a émis un avis critique sur le projet de construction de deux réacteurs nucléaires EPR2 à Gravelines (Nord). L’instance indépendante, qui rend des avis sur les conséquences pour la santé et l'environnement de grands chantiers comme des infrastructures routières ou énergétiques a identifié sur ce projet plusieurs sujets portant notamment sur la préservation des milieux naturels, la maîtrise des rejets chimiques liés au traitement des eaux de refroidissement, et la résistance de l'installation aux risques naturels.

"L'analyse de la vulnérabilité à la submersion marine, aux inondations et aux événements climatiques extrêmes est trop peu prospective. L'absence de scénarios combinés limite la démonstration de la robustesse du projet à long terme face à ces éléments", indique l'AE dans son avis du 30 janvier publié mercredi 4 février.

Alors que le projet est prévu sur un "secteur écologiquement sensible", l'AE estime que "l'ampleur des incidences" environnementales du chantier est "sous-estimée", "les pertes fonctionnelles de zones humides (...) insuffisamment caractérisées" et la démarche de compensation "pas satisfaisante". L'AE relève aussi l'"absence d'un état initial consolidé de la biodiversité et des zones humides".

Elle estime que "les EPR2 présentent des améliorations notables au regard des réacteurs" actuels. Mais en termes de rejets de substances radioactives, "les progrès accomplis sont moins évidents sur les rejets chimiques".

Le programme EPR2, concrétisation de la relance du nucléaire en France, prévoit la construction de 6 réacteurs EPR2 : à Penly, puis Gravelines et au Bugey, par paire, avec une mise en service prévue d'ici 2038 pour les deux premiers.

Contacté par l'AFP, EDF ne fait pas de commentaires à ce stade, mais indique qu'elle "produira une réponse détaillée dans son mémoire en réponse", à disposition du public. "Une nouvelle enquête publique est prévue de la mi-avril à la mi-mai 2026, offrant une opportunité supplémentaire de consultation citoyenne", a ajouté EDF, assurant faire "de la protection de l'environnement une priorité".

En octobre dernier, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASNR) avait demandé à EDF de revoir le système de renforcement du sol pour l'implantation des deux réacteurs à Gravelines, prévus au bord de la mer du Nord, sur un sol sablonneux, sujet aux risques d'enfoncement.

 

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