Protection de l’eau potable : la proposition de loi écologiste retirée en cours d’examen à l’Assemblée nationale
Débattue en séance ce 12 février dans le cadre de la niche écologiste à l’Assemblée, la proposition de loi visant à protéger l’eau potable en interdisant l’usage de certains pesticides ou engrais autour des captages a été retirée par ses initiateurs qui ont déploré l’obstruction du RN et de LR mais aussi la volonté d'une partie du groupe EPR et du gouvernement de vider le texte de sa substance.
© Capture vidéo Assemblée nationale/ Jean-Claude Raux
Pour favoriser son adoption en séance, les défenseurs de la proposition de loi pour protéger l’eau potable en interdisant à l'horizon 2030 l'usage de certains pesticides ou engrais autour des captages s’étaient résignés à une solution de compromis lors de son examen en commission du développement durable de l’Assemblée nationale le 4 février (lire notre article). Mais de guerre lasse, le texte, qui figurait au programme de la journée d’initiative parlementaire du groupe Écologiste et Social ce 12 février a été retiré par ce dernier au bout de plus de quatre heures de discussions.
"Nous assistons à une obstruction en règle de la part du Rassemblement national, de la part de LR, qui ont à eux deux déposé plus de 600 amendements" sur l'ensemble des textes de la niche, a fustigé dans l'hémicycle sa présidente Cyrielle Chatelain tandis que le groupe LR se félicitait dans un communiqué d'avoir "fait obstacle à l'écologie punitive à l'Assemblée nationale" par sa "mobilisation".
Le groupe écologiste a également déploré la volonté d'une partie du groupe EPR de Gabriel Attal et du gouvernement de vider le texte de sa substance. Le ministre délégué en charge de la Transition écologique Mathieu Lefèvre a notamment apporté son soutien à un amendement EPR qui aurait réduit l'application de la loi aux points de prélèvements sensibles. "C'est sensiblement le droit actuel", a relevé le rapporteur Jean-Claude Raux, député de Loire-Atlantique.
L’ONG Générations futures a condamné dans un communiqué diffusé ce 13 février "l’irresponsabilité des groupes politiques ayant empêché cette PPL d’aboutir et de proposer de réelles avancées". "Cette position est en totale contradiction avec le constat dur qui avait été posé par 3 services d'inspection ministérielle en 2024 et parlait d’'échec global de la préservation de la qualité des ressources en eau pour ce qui concerne les pesticides' et de 'fuite en avant rendue inéluctable par des procédures d’approbation des substances actives insuffisamment protectrices et des politiques de protection des captages et de prévention qui ne sont pas assez ambitieuses au vu des enjeux de préservation de la santé humaine et des milieux'", souligne l’association.
Elle s’en prend aussi au gouvernement, représenté par Mathieu Lefèvre : "Sa position appelant à une action ciblée et progressive vient également en contradiction avec celle du Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan, qui recommandait dans son rapport publié en octobre 2025 d''interdire progressivement l’usage des pesticides dans les aires d’alimentation des captages et mettre en place concomitamment des paiements pour services environnementaux'".
Une proposition de loi inspirée d’une stratégie de protection de captage en Charente-MaritimePour élaborer son texte, le député Jean-Claude Raux avait pris pour modèle une stratégie de protection déployée en Charente-Maritime. A Clavette, près de La Rochelle, dans la plaine céréalière d'Aunis, où une quinzaine de cancers pédiatriques ont été recensés depuis 2008 par l'association Avenir santé environnement (ASE), une zone de protection va ainsi être mise en place pour permettre de rouvrir le captage des Mortiers, fermé depuis 2020 en raison d'une pollution accidentelle à un herbicide, le chlortoluron. Ce captage fait partie des 14.300 captages fermés en France entre 1980 et 2024 en raison de la pollution aux pesticides et aux nitrates, soit plus d'un tiers des 32.900 captages du pays, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique. Une feuille de route cosignée en décembre par la Communauté d'agglomération rochelaise (CdA) et la préfecture de Charente-Maritime prévoit d'interdire les pesticides dans un périmètre de 150 hectares autour du captage des Mortiers à partir de 2027 et de 750 hectares en 2030. "L'enjeu est aussi d'accompagner" les 30 agriculteurs dans le périmètre de 150 hectares, souligne Guillaume Krabal, vice-président de la CdA chargé de l'eau potable. "Les discussions avec eux se passent bien, mais ils sont inquiets". Pour les rassurer, ils vont bénéficier de paiements pour services environnementaux (PSE), un dispositif créé en 2018 afin de rémunérer les agriculteurs pour des actions contribuant à restaurer ou maintenir des écosystèmes. Une enveloppe de 1,2 million d'euros, financée à hauteur de 80% par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, sera distribuée sur cinq ans, le temps de structurer de "nouvelles filières économiques" comme "l'agriculture biologique", selon Guillaume Krabal. |