Qualité des eaux superficielles et souterraines : un état des lieux toujours préoccupant
Nitrates, pesticides, micropolluants… : les dernières données officielles publiées ce 4 mars sur la qualité des eaux superficielles et souterraines font apparaître des pressions environnementales constantes, pouvant compromettre leurs usages. La dégradation de la qualité de la ressource est ainsi la première cause de fermeture de captages d'eau potable tandis que les moyens financiers déployés pour lutter contre la pollution des eaux ont augmenté de 3% par an en moyenne, sur la période 2016-2023.
© Sdes et Adobe stock
Le service statistique des ministères chargés de l’environnement, de l’énergie, de la construction, du logement et des transports (Sdes) a publié ce 4 mars son "état des connaissances en 2025" de la qualité des eaux superficielles et souterraines en France qui s'avère à bien des égards alarmiste. Car si les données récentes révèlent une amélioration progressive de l’état des masses d’eau - en 2022, l’état écologique était bon ou très bon pour 44% des masses d’eau de surface (contre 41% en 2010) et l’état chimique était bon pour 68% des masses d’eau superficielles et souterraines (contre respectivement 51% et 59% en 2010) -, cette progression est "insuffisante", souligne le Sdes.
Hormis un "net progrès" pour le phosphore et le phosphate dans les eaux - entre les périodes 2000-2002 et 2021-2023, la concentration moyenne du premier dans les eaux de surface a diminué de 36%, passant de 0,19 à 0,12 mg(P)/L. et celle du second de 32% sur l’ensemble de la période (de 0,10 à 0,069 mg(P)/L) -, les autres polluants restent largement présents, à commencer par les nitrates.
Stabilité de la teneur en nitrates
Malgré les plans d’aide aux agriculteurs, les actions mises en œuvre dans les zones vulnérables et les mesures visant à mieux valoriser les effluents d’élevage et à lutter contre le lessivage des nitrates, les teneurs de ces substances dans les eaux de surface restent globalement stables. "Aucune évolution notable n’est détectable, que ce soit sur le long terme (entre 2000 et 2023) ou sur la période récente (entre 2014 et 2023)", souligne le Sdes. Les concentrations en nitrates oscillent autour de 3 milligrammes d’azote par litre (mg(N)/L), les valeurs les plus élevées s’observant sur une grande moitié nord de la France métropolitaine, notamment en Bretagne et en Normandie. Pour les eaux souterraines, après avoir augmenté de manière significative jusqu’en 2013, l’évolution des concentrations en nitrates ne présente aucune tendance depuis. Sa moyenne nationale est de l’ordre de 29 mg de nitrates par litre. Toutefois, "le niveau de contamination des nappes par les nitrates présente de fortes disparités territoriales, la moitié nord de la France étant comme pour les eaux de surface la plus exposée à cette pollution", indique le Sdes.
Pesticides : fortes disparités entre bassins hydrographiques
Pour les pesticides, l’exposition des cours d’eau se mesure par l’indice des pressions toxiques cumulées (IPTC), un IPTC supérieur à 1 indiquant un risque avéré pour les écosystèmes aquatiques. Entre 2021 et 2023, les disparités sont marquées entre les grands bassins hydrographiques, avec trois profils principaux, relève ainsi le Sdes. En Artois-Picardie et Seine-Normandie, certains sous-bassins présentent plus de 80% de cours d’eau avec un IPTC supérieur à 1. En Rhin-Meuse, la part de cours d’eau impactés est modérée mais non négligeable. À l'opposé, elle est globalement faible en Rhône-Méditerranée-Corse, (moins de 20% sur la Durance, l’Isère ou le Gard), à l'exception de la Saône (66%).
En Adour-Garonne, des sous-bassins peu touchés (9% pour la Dordogne) contrastent avec d’autres fortement exposés (57% pour l'Adour, 47% pour la Garonne). Le bassin Loire-Bretagne présente des zones critiques (70% dans les Monts du Lyonnais, 55% pour Loire aval) et d’autres plus préservées comme Loire amont (18%) et les espaces côtiers bretons (22%). "En outre-mer, les écarts sont encore plus marqués : la Guadeloupe et la Martinique dépassent 80-100%, contre 0-20% en Guyane, à La Réunion et à Mayotte, reflétant des contextes agricoles et climatiques distincts", explique le Sdes.
Eaux souterraines : une grande diversité de micropolluants
Dans les eaux souterraines, le service statistique estime qu'un large panel de micropolluants est à l'origine de dépassements des seuils. Ces eaux sont également affectées par les pesticides, que ce soit en France métropolitaine ou dans les Drom. "Comme pour les eaux de surface, la moitié nord de la France est la plus exposée à la contamination des eaux souterraines par les pesticides, en particulier dans les bassins Seine-Normandie, Rhin-Meuse et Artois-Picardie, détaille le Sdes. Le bassin Loire-Bretagne l’est également, principalement dans sa partie Est, avec des zones de grandes cultures (Beauce, Berry)."
Sur la période 2021-2023, les principaux dépassements de normes sont le fait de substances interdites depuis de nombreuses années ou de leurs métabolites. C’est notamment le cas de la chlordécone (interdite en 1993), de l’atrazine (2003), de la chloridazone (2020), du mancozèbe (2021) ou du bentazone (2022), précise le Sdes. Par ailleurs, près de la moitié des masses d’eau souterraines ont vu leur concentration totale en pesticides dépasser le seuil de qualité de 0,5 µg/l.
La surveillance de ces eaux souterraines porte également sur d’autres micropolluants comme les solvants, les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), les PFAS (per- et polyfluoroalkylées) – les fameux "polluants éternels" -, les résidus pharmaceutiques, les métaux ou d’autres composés physico-chimiques. Les analyses conduites sur la période 2021-2023 ont également révélé leur présence dans ces eaux.
Réduction du nombre de captages destinés à l'eau potable
L'étude fait aussi le point sur les captages actifs destinés à la production d'eau potable. En 2025, la France en comptait 37.788 captages (32.508 pour l'adduction collective publique, 3.392 pour l'adduction collective privée, 1.383 pour l'activité agroalimentaire, 276 pour l'eau conditionnée et 229 pour l'usage thermal). La très grande majorité d'entre eux (36.207) prélèvent l’eau dans les eaux souterraines. Chaque année, ce patrimoine se réduit du fait de l’abandon de certains équipements - près de 14.640 captages ont ainsi été fermés sur la période 1980-2025.
La première cause d’abandon sur cette période incombe à la dégradation de la qualité de la ressource en eau (31,9% des situations), note le Sdes. Les autres motifs concernent la rationalisation des réseaux de production et de distribution (27%), des problématiques administratives (15,2%), des débits de production trop faibles (8,6%), des dégradations ou une vétusté trop importante des équipements (7%) ou l’impossibilité d’assurer la protection de la ressource (5,3%). Dans 5% des cas, la cause de l’abandon n’est pas connue.
Parmi les captages abandonnés en raison de la dégradation de la qualité de la ressource sur la période 1980-2025, 41,6% l'ont été du fait de teneurs excessives en nitrates et/ou pesticides, 23,1% pour des raisons de microbiologie, 7,1% du fait de présence d’arsenic, 6,5% pour des excès de turbidité de l’eau et 21,7% à cause d’autres paramètres en excès (hydrocarbures, sulfates, solvants, fer, manganèse, sélénium, fluorures et fluor, etc.), indique l'étude. Depuis le milieu des années 2010, la part des fermetures de captage pour cause de pollution excessive ou de qualité dégradée avoisine 20%, la rationalisation des réseaux, la vétusté des installations, les problèmes liés au débit étant dorénavant à l'origine des principales causes de fermeture des captages d'eau, précise-t-elle.
Plus de 18 milliards d'euros destinés à la lutte contre la pollution des eaux
En 2023, 18,4 milliards d'euros ont été alloués à la lutte contre la pollution des eaux, qu’elles soient superficielles ou souterraines. L’assainissement des eaux usées apparaît comme le principal poste de dépenses dans ce domaine (88% du montant total). La crise sanitaire de 2020 a induit une baisse de 3,9% des moyens financiers déployés pour lutter contre la pollution des eaux, en raison principalement d’une baisse de l’utilisation du service public d’assainissement des eaux usées par les entreprises (-350 millions d'euros) et les collectivités locales (-500 millions d'euros) pendant les périodes de confinement cette année-là.
"Malgré cela, d’une manière plus globale, les moyens financiers déployés pour lutter contre la pollution des eaux ont augmenté de 3,0% par an en moyenne, sur les sept dernières années (2016-2023)", souligne le Sdes en précisant que cette évolution est légèrement inférieure à celle du PIB dont l’augmentation à prix courant a été de 3,4% par an sur la même période.