Îlot Neyron à Saint-Etienne : reconversion d’une friche urbaine polluée
À Saint-Étienne, l'îlot Neyron reconvertit une friche polluée en centralité populaire mêlant logements, commerces et nature.
© Brame Studio - EPA Saint-Étienne
En bref
Frise chronologique
Chiffres clés
Surface de friche reconvertie 1 hectare
Surface de jardin public aménagé 4100 m2
Gestion des pollutions résiduelles pour préserver la terre végétale 1600 m3
A retenir
Logements construits en bois local et matériaux biosourcés
Gestion des pollutions résiduelles et refonctionnalisation des sols
Rafraîchissement urbain et adaptation au changement climatique
Montage du projet
- Subvention France 2030 : 2,26 M€
Zoom
Îlot Neyron : une friche polluée au centre du dispositif de renouvellement urbain stéphanois
Au cœur du périmètre de l'Opération d'intérêt national de Saint-Étienne, entre l'hypercentre et le quartier de gare, l'îlot Neyron est une friche industrielle de près d'un hectare, enclavée dans un quartier populaire. Le site cumule des contraintes environnementales et techniques lourdes : îlot de chaleur, sols pollués, risques miniers, enjeux géotechniques. Il s'inscrit par ailleurs dans un contexte social sensible et un marché immobilier détendu.
Issu d'une ancienne friche industrielle démolie et dépolluée, le site offre environ 9 000 m² aménageables, adossés à une falaise boisée inaccessible sur le flanc de la colline du Crêt-de-Roc, à proximité du quartier d'affaires de Châteaucreux. Une ancienne halle industrielle en béton a été conservée, à la fois comme trace patrimoniale du passé industriel et comme support de la future centralité populaire envisagée pour le projet.
Malgré ces contraintes, l'îlot Neyron dispose d'un potentiel urbain, environnemental et social qui en fait un cas emblématique des solutions à déployer pour les opérations de renouvellement urbain.
Une centralité populaire co-construite avec les habitants
Du dialogue démocratique pour atteindre les publics les plus éloignés
La programmation de l'îlot Neyron a été construite avec les habitants et acteurs du quartier, dans le cadre d'une démarche de concertation ambitieuse.
Face au constat que les dispositifs traditionnels peinent à toucher les publics précaires ou peu engagés, particulièrement présents dans ce quartier, les porteurs du projet ont déployé une approche en trois volets : informer, expliquer et impliquer. Des ateliers thématiques portant sur l'identité du quartier, l'habitat et les espaces publics ont été organisés, combinant balades urbaines, outils créatifs (Lego-thinking, moodboards) et présentations techniques pour rendre les enjeux accessibles à tous.
En parallèle, un dispositif inédit baptisé « Démopratique », mis en place par l'Amicale Laïque du Crêt-de-Roc, a permis de recueillir les avis directement sur la friche, via une table de délibération, un système de vote ludique, une boîte à idées et des animations culturelles. Cette double approche, combinant ateliers en salle et actions de terrain, a permis de toucher un public bien plus large, y compris ceux qui n'auraient pas participé à une réunion formelle.
Un plan de masse révisé par les retours citoyens
Les résultats de la concertation ont directement influencé le projet urbain. Les retours des habitants ont conduit à réviser le plan de masse initial, en réduisant la constructibilité des logements neufs au profit d'espaces publics plus vastes et végétalisés, une demande exprimée de manière unanime.
Au-delà des ajustements techniques, cette démarche a ancré le projet dans une légitimité locale, faisant des habitants des acteurs du projet plutôt que de simples consultés. Menée sur trois ans avec des outils adaptés aux réalités sociales du quartier, la concertation a démontré qu'une approche rigoureuse et inclusive pouvait transformer un projet d'aménagement en levier de cohésion territoriale.
Sobriété et innovation au service de la transition écologique
Sols et sous-sols : régénérer la terre en place plutôt que l'importer
Les études d'ingénierie ont confirmé la faisabilité d'une approche inédite pour la gestion des sols pollués. Plutôt que d'importer de la terre végétale extérieure, le projet mise sur la fertilisation et la régénération in situ du technosol existant, pour réinstaller en ville une nature résiliente à partir des ressources du site.
Le futur espace public intégrera par ailleurs une solution de béton rafraîchissant, limitant les apports de matériaux extérieurs tout en maximisant les bénéfices écosystémiques : végétalisation, rafraîchissement urbain et renforcement de la biodiversité.
Bâtiment : des logements bois, performants et abordables
La programmation de logements vise à compléter l'offre dans l'habitat existant, en proposant des logements à « Haute qualité environnementale et d'usage » : inclusivité, réversibilité, confort thermique, et recours à la construction bois locale. Une offre conçue pour rester financièrement abordable.
Le programme anticipe les exigences de la réglementation environnementale et s'appuie sur les filières et savoir-faire locaux en matière de construction biosourcée. Sur le plan technique, une méthodologie de projet adaptée permettra d'optimiser les solutions de fondations en milieu géotechnique complexe, tout en améliorant la qualité d'usage et la réversibilité des bâtiments.
Rez-de-ville : des usages co-construits autour de la halle et du parc
Une fois les contraintes techniques levées et les sols régénérés, le projet peut pleinement répondre à son ambition sociale : faire de cet ancien espace enclavé un cœur de quartier animé, ouvert à tous et vecteur de lien social.
Cette ambition se concrétise par deux leviers complémentaires. Un projet d'agriculture urbaine en pleine terre, rendu possible par la régénération des sols, prendra place sur le site. Autour de l'ancienne halle patrimoniale conservée et du parc urbain aménagé, une programmation d'usages adaptée aux attentes des habitants favorisera les rencontres et les pratiques collectives.
L’accompagnement de la Banque des Territoires
La Banque des Territoires soutient le projet via une subvention France 2030 de 2,26 M€, portée par la Direction de l'investissement. L'îlot Neyron s'inscrit par ailleurs dans le programme Démonstrateurs de la Ville Durable.
Sur une petite surface, Neyron requestionne les grandes préoccupations de nombreux aménageurs, offrant un potentiel de réplicabilité considérable.