Régions de France veut mettre les labels culturels d'État au service des territoires

Pour la commission de la culture de Régions de France, un fossé s'est creusé entre les établissements culturels labellisés par l'État et la population. Elle leur demande de partager leurs ressources avec les autres acteurs du territoire.

Et si on refondait les labels culturels d'État pour resserrer des liens distendus entre les établissements labellisés, d'un côté, les territoires et les habitants, de l'autre ? C'est ce que propose la commission de la culture de Régions de France dans un document mis en ligne le 9 juillet.

Pour les conseils régionaux, les établissements labellisés par l'État représentaient en 2024 un budget total de 172 millions d'euros, soit 20,5% de leurs dépenses culturelles. Parmi les institutions les plus aidées, on relève les Frac (fonds régionaux d'art contemporain, dont 47,3% du financement viennent des régions), les orchestres nationaux en région (39,4%), les centres d'art contemporain d'intérêt national (22,9%), les centres de développement chorégraphique nationaux (18,9%) et les centres nationaux des arts de la rue et de l'espace public (18,7%). 

Pratiques populaires contre démarches conceptuelles

Face à l'évolution de ces labels d'État, Régions de France tire le constat d'une impasse. Car si la référence aux territoires et aux habitants figure toujours dans les cahiers des charges des labels d'État, "cette ambition s'est progressivement trouvée concurrencée par une priorité croissante accordée à la défense de la création artistique, à l'exigence des œuvres et au soutien des parcours de créateurs. [...] Le lien initialement étroit et organique entre création et publics a pu, dans certains cas, passer au second plan". Résultat : depuis les années 1980, "le maillage culturel, pensé comme un service public de proximité, s'en est trouvé fragilisé".

Plus concrètement, Régions de France questionne, d'une part, la place accordée aux pratiques culturelles populaires "insuffisamment reconnues dans les cadres labellisés", et d'autre part, "la valorisation accrue de démarches fondées sur la recherche formelle ou conceptuelle [...]". L'association y voit une "distance [qui] peut conduire certains publics à ne plus se reconnaître dans des institutions pourtant financées au nom de l'intérêt général", a fortiori dans un contexte où "les établissements labellisés sont confrontés à l'augmentation structurelle de leurs charges, à la tension sur les financements publics et à des injonctions multiples en matière de performance, de diversification des ressources et d'impact". Cette situation, tranche Régions de France, "fragilise les projets, accentue les inégalités entre territoires et conduit parfois à reléguer au second plan les missions de médiation, d'éducation artistique, de coopération locale et d'engagement territorial".

Vers une logique de "consortium territorial"

Régions de France en appelle donc à renouveler les politiques publiques culturelles afin "d'entremêler ce qui fait la force et l'éminence culturelle de la France et de son système de labels". Ainsi, l'association entend renverser le paradigme qui met aujourd'hui les territoires au service des labels pour aller vers une logique de "consortium territorial" où les labels partageraient leurs ressources avec les autres acteurs du territoire.

Alors qu'à l'échelle de chaque label, "le pilotage demeure dominé par l'État" et le cadre légal "confine les collectivités dans un rôle de cofinanceurs sans leur reconnaître de légitimité de copilotage", Régions de France propose de revoir le fonctionnement des labels en renforçant leur ancrage territorial, leur gouvernance ou encore leurs modèles économiques.

Ouverture aux habitants... et aux commerces

Dans le détail, il s'agit d'abord de dresser des diagnostics territoriaux culturels partagés entre labels, collectivités et habitants afin, notamment, de bâtir des parcours culturels lisibles, mais aussi d'ouvrir les instances décisionnelles des labels à des représentants des habitants et d'y développer des coprogrammations, ou encore de faire des établissements labellisés des acteurs de l'éducation artistique et culturelle en direction du public scolaire. 

Côté institutionnel, il est question d'instaurer entre les Drac (directions régionales des affaires culturelles) et les régions un cadre de rencontre régulier, fondé sur une lecture d'aménagement culturel du territoire, mais également de reconnaître le rôle de chef de file de la région dans l'animation de l'écosystème culturel régional.

Enfin, en termes de coopération, Régions de France souhaite encourager la constitution de consortiums regroupant labels et structures non labellisées d'un même territoire autour d'un projet commun, mutualiser les outils de production et de diffusion, et surtout ouvrir les établissements labellisés à des usages non strictement culturels (activités associatives, services publics de proximité, Amap, crèches, etc.) voire commerciaux (restauration, librairie, coworking, marchés, etc.).

 

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