Repenser les flux touristiques : une tendance pour aujourd'hui, une nécessité pour demain
Dans un nouveau "cahier de tendances", Paris & co se penche sur les grandes tendances du tourisme d'aujourd'hui et de demain. Au cœur des problématiques et des solutions proposées : créer de nouveaux circuits touristiques pour faire évoluer les flux dans leur dimension spatiale comme temporelle.
© Paris&Co et Adobe stock
Donner aux acteurs du tourisme des pistes pour anticiper les grandes tendances du tourisme, c'est l'ambition d'un nouveau "cahier de tendances" récemment publié par Paris & co, l'agence d'innovation de Paris et de sa métropole. Concrètement, il s'agit d'identifier les domaines émergents du tourisme et d'y associer un catalogue de bonnes pratiques encore peu développées. Car selon Paris & co, "le tourisme français vit un moment charnière". Si 85% des Français privilégient la France pour leurs séjours estivaux, leurs comportements changent. Les séjours sont plus courts et les choix s'avèrent plus économiques et plus climatiques. Autant de phénomènes qui renforcent les réservations de dernière minute et mettent la distribution des flux au cœur des grandes tendances du tourisme.
Le "cahier de tendances" propose d'entrée de penser de nouveaux circuits touristiques "pour valoriser les territoires et mieux répartir les flux" dans l'espace. L'idée directrice est d'encourager de nouvelles formes de voyage (randonnée itinérante, cyclotourisme, etc.) tout en prenant soin d'éviter de déplacer le problème du surtourisme d'un site à un autre. Cela passe par la création et la mise en valeur de destinations et de circuits alternatifs moins connus grâce à des partenariats entre collectivités, acteurs économiques et associatifs locaux, voire entre territoires voisins. Cette coopération est vue par les auteurs comme "un levier puissant pour structurer des parcours touristiques cohérents, complémentaires et attractifs", tout en désengorgeant les sites les plus fréquentés.
Étendre l'aire géographique de la destination
Exemple de ce type de coopération : le contrat de destination Paris "ville augmentée", porté par Atout France en partenariat avec, entre autres, la Métropole du Grand Paris, les offices de tourisme de Paris, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, et la RATP, qui vise à étendre l'aire géographique de la destination Paris aux trois départements de la Petite Couronne tout en diversifiant l'offre touristique. Deux réalisations concrètes en ont découlé : d'une part, la plateforme #ExploreParis, qui propose des visites, parcours thématiques et ateliers dans plus de 80% des communes du Grand Paris, tout en mettant en avant la vie locale, les savoir-faire, la gastronomie ou encore les bords de Seine ; d'autre part, Cartoville Grand Paris, un guide touristique destiné notamment aux courts séjours, qui permet de découvrir les territoires de la métropole à travers des itinéraires, cartes grand format et bonnes adresses.
Ces réalisations concrètes qui concernent avant tout l'Île-de-France peuvent bien entendu inspirer d'autres territoires. Mais les auteurs sont aussi allés chercher des exemples ailleurs en France. C'est le cas de la collaboration entre SNCF Voyageurs et Normandie tourisme autour du "tarif bas-carbone Normandie". Ce dernier offre aux visiteurs arrivant en train, bus ou vélo une réduction d'au moins 10% sur les sites touristiques, et aux sites partenaires un plan de communication porté par Normandie tourisme, la région Normandie, SNCF Voyageurs et l'Ademe.
Des transports fluides et lisibles pour sortir des itinéraires traditionnels
La présence de la RTAP ou de la SNCF dans les exemples précédents met en exergue la nécessité pour les nouveaux circuits touristiques d'en passer par l'amélioration des transports et de la multimodalité. "Lorsque les infrastructures de transport sont fluides, lisibles et bien reliées entre elles, écrivent les auteurs, les voyageurs sont davantage enclins à sortir des itinéraires traditionnels." Si le renforcement des lignes ferroviaires est visé, le développement des mobilités douces ou encore du transport fluvial contribue aussi à ouvrir de nouveaux horizons et à relâcher la pression sur les zones les plus sollicitées. En témoigne l'offre Locaboat, des locations de péniches sans permis aux particuliers pour des croisières en autonomie sur des canaux ou rivières.
Sortant du transport, mais toujours dans l'optique de redessiner les flux touristiques, est mis en avant le développement de nouveaux hébergements dans les zones moins fréquentées. Ici, les expériences s'appuient essentiellement sur des acteurs privés qui proposent des solutions alternatives aux très décriées plateformes de location de courte durée, à l'image de Homexhange, qui permet essentiellement des échanges de résidences principales situées pour 74% d'entre elles en dehors des grandes agglomérations. Résultat : une limitation de la pression immobilière et de ses effets de saturation touristique.
L'innovation pour transformer l'expérience touristique
Et puisque le document se veut prospectif, une place de choix est réservée aux outils innovants susceptibles de "transformer l'expérience touristique". Il peut ainsi s'agir de favoriser une information plus claire à destination des touristes afin de mieux les guider en s'appuyant sur des applications, une signalétique repensée, ou encore la réalité virtuelle ou augmentée. C'est le cas de l'application Paris je t'aime, de l'office du tourisme de Paris, ou de la carte culturelle interactive de SNCF Voyageurs.
Cette dernière offre d'ailleurs un double intérêt. Si elle enrichit l'offre touristique, elle donne en parallèle des outils aux gestionnaires de sites touristiques. SNCF Voyageurs exploite ainsi les données anonymisées des téléphones mobiles pour mieux comprendre les flux de clients dans ses trains et adapter son offre en temps réel, tout comme le font aussi de grandes institutions culturelles telles que Le Louvre ou le château de Versailles. Cette connaissance de la fréquentation en haute saison débouche à son tour sur l'autre aspect de la gestion des flux, dans leur dimension temporelle cette fois : la recherche d'un usage plus intense des sites en périodes creuses grâce à des politiques tarifaires adaptées et autres campagnes de sensibilisation.
Le cahier de tendances n'oublie pas l'intelligence artificielle, qui promet aux clients un "tourisme plus efficace, plus immersif et mieux adapté aux attentes individuelles". Nul doute que les professionnels et les organismes de gestion des destinations (OGD) auront à cœur de s'emparer de sa puissance pour en faire un outil de gestion des flux au service du tourisme durable.