Restauration collective : nouveaux outils EGAlim et étude sur le potentiel des cantines scolaires pour l'agriculture française
Lors de la séance plénière du Conseil national de la restauration collective (CNRC) du 10 juin 2026, plusieurs outils ont été remis à la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, pour accompagner l'atteinte des objectifs EGAlim. Une étude inédite de Vertigo Lab pour le projet "Ma cantine locale" vient par ailleurs chiffrer le potentiel économique de l'approvisionnement local dans les cantines scolaires pour les filières agricoles françaises.
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Réunie le 10 juin 2026, la séance plénière du CNRC a permis de présenter les travaux menés ces derniers mois par les groupes de travail du conseil. Plusieurs ressources destinées à faciliter l'atteinte des objectifs EGAlim – 50% de produits durables et de qualité, dont 20% de bio – ont été remises à la ministre et mises en ligne sur la plateforme "Ma cantine". Il s'agit de deux guides pratiques destinés aux opérateurs de la restauration collective dans les secteurs sanitaire et médicosocial, pour accompagner l'évolution de l'offre alimentaire vers plus de qualité et de durabilité en tenant compte des spécificités de ces établissements. Un "clausier" regroupant des clauses types pour la rédaction des marchés publics relatifs à l'achat de denrées alimentaires ou de prestations de restauration a également été dévoilé. Il vise à faciliter l'intégration de produits agricoles locaux et durables dans les appels d'offres.
La ministre a par ailleurs salué, dans un communiqué du 12 juin 2026, la mobilisation croissante des acteurs lors de la campagne de télédéclaration 2026 : près de 50.000 cantines ont transmis leurs données, soit environ 59% des établissements concernés. Ces données, en cours d'analyse, permettront d'établir le bilan statistique EGalim 2026, qui sera transmis au Parlement au second semestre avant publication.
Vers une préférence européenne dans la commande publique
La séance plénière a également été l'occasion d'échanger sur les leviers législatifs du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricole, actuellement en discussion. Le gouvernement y défend des mesures de simplification et de flexibilité pour les professionnels de la restauration collective, ainsi qu'une meilleure prise en compte de l'origine des produits dans les marchés publics. Pour Annie Genevard, la restauration collective – notamment celle de l'État – doit jouer un rôle d'exemplarité et soutenir, par ses choix d'achat, la structuration des filières françaises et européennes, dans une logique de souveraineté alimentaire.
Les cantines scolaires, un débouché sous-estimé
Cette dynamique institutionnelle est confortée par une étude inédite menée par le bureau d'études Vertigo Lab pour Ma cantine locale, projet porté par l'association Nuances d'avenir en partenariat avec le Conseil national pour la résilience alimentaire (CNRA) et publiée dans un communiqué du 11 juin. Selon les modélisations de l'étude, l'approvisionnement local dans les cantines scolaires publiques représente déjà 601 millions d'euros de dépenses et génère près de 978 millions d'euros d'activité économique sur le territoire chaque année. L'étude met en évidence un effet multiplicateur : chaque million d'euros investi dans des produits locaux génère 1,63 million d'euros d'activité économique en France et soutient 9,2 emplois équivalent temps plein sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
Avec près de 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires et plus de 300.000 emplois (Restau'Co, 2011), la restauration collective publique constitue déjà un débouché structurant pour les filières agricoles et agroalimentaires (Ademe, 2021). Mais la notion de "local" ne dispose toujours pas d'une définition harmonisée ni d'indicateurs nationaux de suivi, malgré les objectifs de la loi EGAlim.
Trois scénarios pour passer à l'échelle
Alors que la part de produits locaux dans les cantines scolaires maternelles et élémentaires atteint aujourd'hui 33%, Vertigo Lab a modélisé trois scénarios prospectifs.
- À 36% de produits locaux, l'activité économique générée atteindrait 1.045 millions d'euros, pour 5.886 emplois soutenus et 310 millions d'euros de richesse créée sur le territoire.
- À 44%, ces chiffres grimperaient à 1.306 millions d'euros, 7.355 emplois et 390 millions d'euros de richesse.
- Enfin, à 62% de produits locaux, l'activité économique atteindrait 1.816 millions d'euros, pour 10.300 emplois soutenus et 500 millions d'euros de richesse créée.
Cette ambition rejoint une attente forte des consommateurs : selon une étude Ipsos pour le SNRC, 85% des Français jugent important de consommer local, même si moins d'un sur deux y parvient régulièrement (voir notre article du 17 février 2026). Avec trois élèves sur quatre déjeunant à la cantine (Ademe, 2021), la restauration scolaire apparaît comme un levier stratégique pour reconnecter agriculture et alimentation au quotidien.
Reste à lever les obstacles identifiés par une étude qualitative de Nuances d'avenir : volumes, logistique et réglementation freinent encore la généralisation, alors que certaines collectivités atteignent déjà jusqu'à 74% de produits locaux. "Le défi aujourd'hui n'est plus d'expérimenter, mais de permettre le passage à l'échelle", souligne Louis Dumoulin, directeur de Nuances d'avenir.