Santé et accès aux soins : un "enjeu majeur" des municipales 2026
Les difficultés d’accès aux soins, notamment à des consultations de certains spécialistes, sont largement répandues, confirme une enquête publiée ce 21 janvier 2026 par la Fondation hospitalière de France (FHF), l’institut Verian et la Fondation Jean-Jaurès. Et, avis aux candidats aux élections municipales, 70% des personnes interrogées estiment que les communes ont un "rôle à jouer en matière de santé".
© FHF et AR
Alors que le rôle des communes et intercommunalités en matière de santé est apparu nettement au cours du mandat 2020-2026 démarré en pleine épidémie de Covid-19, "la santé s’impose comme un enjeu majeur pour les prochaines élections municipales", selon l’institut Verian, la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation hospitalière de France (FHF). Ces derniers rendent publics ce jour les résultats d’une enquête – l’Observatoire des territoires - réalisée en décembre 2025.
En effet, 40% des Français interrogés (échantillon représentatif de 1.000 personnes de 18 ans et plus) déclarent qu’il est difficile d’avoir accès à des soins de santé là où ils vivent. Ce taux s’élève à 53% parmi les habitants de communes rurales et à 52% des habitants d’agglomérations de moins de 20.000 habitants. Plus d’une personne interrogée sur trois a ainsi le sentiment de résider dans un "désert médical", c’est plus d’un sur deux en territoire rural.
"Le renoncement aux soins est une réalité massive", alerte ainsi la FHF dans son communiqué. Selon l’enquête, plus de 80% des Français auraient renoncé à consulter un médecin généraliste au cours des douze derniers mois, d’abord à cause des délais d’attente (65%) et de l’absence de spécialistes à proximité (60%, jusqu’à 70% en zone rurale) mais aussi du fait de coûts jugés trop élevés ou de remboursements jugés insuffisants (47%).
Un accès aux généralistes difficile pour une personne sur deux
Si près d’une personne interrogée sur deux (47%) estime que l’accès à un médecin généraliste est difficile, c’est l’accès aux médecins spécialistes qui pose le plus de problèmes – il est jugé difficile par 63% des personnes interrogées dont 24% considèrent qu’il est "très difficile".
Les spécialistes les plus concernés par ces difficultés sont les dermatologues (accès jugé difficile par 70% des sondés), les ophtalmologues (59%) et les cardiologues (57%) – suivis des dentistes (50%), les gynécologues (49% mais seulement 31% jugeant l’accès facile ou très facile et 20% de "je ne sais pas") et les pédiatres (42% mais seulement 25% de facile ou très facile et 33% de "je ne sais pas"). L’accès aux professionnels de santé mentale (psychiatres et psychologues) est difficile pour 44% des personnes sondées (facile ou très facile pour 35% et 21% ne savent pas).
À l’inverse, l’accès est jugé majoritairement facile concernant les infirmiers libéraux (72%) et les pharmacies (89%).
"Un fort potentiel d’amélioration pour les exécutifs locaux"
Dans un tel contexte, les attentes vis-à-vis des maires sont fortes. Près de la moitié des sondés indiquent que "les réponses des candidats sur l’accès aux soins influenceront leur choix de vote". 70% des personnes interrogées considèrent ainsi que les communes ont un "rôle à jouer en matière de santé" - un rôle "central" pour 27% et un rôle "d’accompagnement des autres acteurs (État, établissements de santé, professionnels libéraux)" pour 43%.
Sur le bilan des actions menées en la matière, il est "plutôt mitigé", avec "un fort potentiel d’amélioration pour les exécutifs locaux", selon l’institut de sondage. En effet, 42% des sondés estimant que leur commune agit pour améliorer l’accès aux soins, 31% considérant que leur commune n’agit pas et 27% déclarant ne pas pouvoir se prononcer.
› Municipales 2026 : un guide sur le rôle des villes et intercommunalités en matière de santé"La santé sera un des enjeux importants de ces élections", affirme le Réseau français Villes-Santé (RfVS) dans un plaidoyer diffusé en novembre dernier. L’association qui rassemble "plus de 120 villes et intercommunalités mobilisées en faveur de la santé et du bien-être" rappelle que les "politiques publiques locales jouent un rôle majeur sur un cadre de vie favorable à la santé" et que "les villes ont les compétences pour agir" - urbanisme, hygiène, eau, gestion des bâtiments publics, logement, foncier, transports, espaces naturels en ville… Le réseau a élaboré un guide permettant aux candidats et futurs élus de s’approprier ces différents leviers d’action sur le cadre de vie (par exemple sur la qualité de l’air), sur les habitudes de vie (accès à une alimentation saine, aux pratiques sportives, "améliorer la qualité du lien social"…), en direction de différents publics (enfance, jeunesse, personnes âgées, personnes en situation de précarité…) et enfin sur l’accès aux soins (soutien à l’installation de maisons et centres de santé, appui à la vaccination et aux dépistages, sport-santé, etc.) › France Assos Santé invite les électeurs à examiner les programmes santé avant de voterFrance Assos Santé, porte-voix des associations de patients, appelle les électeurs à s'informer sur les programmes santé des candidats aux élections municipales et présente des pistes aux futurs édiles, dans un manifeste publié ce 21 janvier. "Avant de glisser son bulletin de vote dans l'urne, France Assos Santé invite tout un chacun à prendre connaissance du programme Santé des candidats en lice dans sa commune", y écrit en préambule l'organisation qui défend les droits des patients et participe aux décisions publiques en santé. "Près de sept millions de personnes sont aujourd'hui sans médecin traitant, des services d'accueil des urgences ferment, faute de pouvoir répondre aux besoins, les hôpitaux sont saturés et l'offre de soins en ville demeure insuffisante", rappelle France Assos Santé. Saisissant l'occasion des prochaines élections municipales des 15 et 22 mars, elle propose "un ensemble de pistes, à même d'inspirer l'action des futurs édiles, en faveur d'une meilleure adéquation avec les aspirations de leurs concitoyens en matière de santé". L'association préconise par exemple d'"encourager la venue d'étudiants stagiaires", favoriser l'implantation de centres de santé et maisons de santé pluriprofessionnelles, des structures susceptibles d'"attirer des médecins sur le territoire de manière plus pérenne que des aides à l'installation individuelle". Elle propose aussi de créer "des centres de soins non programmés" et de "mettre des locaux aménagés à la disposition d'équipes médicales en charge d'assurer des gardes". Elle encourage par ailleurs les communes à "informer le public de l'organisation du système de santé" et à "promouvoir la prévention" en instaurant par exemple "des périmètres d'interdiction" de toute publicité pour l'alcool et la malbouffe autour des lieux fréquentés par des enfants et en freinant l'implantation des fast-foods près des établissements scolaires. |