Sécheresse : la moitié des petits cours d'eau à sec et la situation ne s'améliore pas, selon l'OFB
Près de la moitié des petits cours d'eau français étaient à sec fin septembre, une situation inédite depuis le début des relevés il y a 15 ans, et qui ne montre pas de signe d'amélioration, selon l'Office français de la biodiversité (OFB).
© Olivier Debuf / OFB
"C'est la situation la plus grave qu'on ait constatée depuis 2012 et c'est surtout, et c'est ça qui nous inquiète, une situation qui s'étend dans le temps", a commenté un responsable de l'Office français de la biodiversité (OFB) mardi 13 octobre lors d'une conférence téléphonique. Selon un communiqué de l'Office, fin septembre, "près de la moitié des cours d'eau observés (49,6%) sont en rupture d'écoulement ou en assec", c'est-à-dire que leur lit est asséché parce que l'eau s'est évaporée ou infiltrée. Cette situation de sécheresse est associée "à des hausses de température dans les cours d'eau, qui ont aussi des impacts, mortalité (...), capacité de reproduction à long terme, circulation des espèces, etc.", a encore commenté le responsable de l'OFB.
Situation inédite en 15 ans de suivi
En valeur absolue, cette situation de crise concerne 1.594 tronçons initiaux de cours d'eau (la partie la plus proche des sources, où ils ne sont encore que des petits ruisseaux), qui fournissent 55 à 70% de l'eau des rivières situées en aval. Du jamais vu en 15 ans de suivi, quel que soit le mois considéré. Cela représente même 20 cours d'eau supplémentaires par rapport à fin août 2022, année où la sécheresse était déjà exceptionnelle. Et la persistance de cette situation "depuis plus de quatre mois sur les mêmes secteurs" est également inédite depuis le début du suivi. La situation s'est même aggravée depuis le mois d'août, "alors qu'une stabilisation ou une amélioration sont généralement observées au cours du mois de septembre".
"L'ampleur, la précocité et la persistance de ces phénomènes témoignent d'un niveau de dégradation particulièrement élevé, susceptible d'entraîner des conséquences importantes sur les écosystèmes aquatiques", a souligné l'OFB, qui s'appuie sur des chiffres recensés par l'Observatoire national des étiages (Onde).
Toutes les régions touchées
Toutes les régions françaises sont concernées, précise l'OFB. Les situations les plus critiques sont situées le long d'un axe allant de la Vendée à la région Grand Est, où la dégradation se poursuit, tandis qu'une aggravation est observée en Occitanie et en Auvergne-Rhône-Alpes. "Aucune amélioration n'est observée dans les départements déjà les plus touchés fin août, certains connaissant même une nouvelle dégradation", constate encore l'Office, citant la Creuse, l'Aveyron, la Côte-d'Or, la Vendée, les Ardennes, la Charente, la Loire, la Loire-Atlantique, la Haute-Marne et la Nièvre.
Dans ce contexte de sécheresse généralisée, l'OFB fait aussi état d'une mobilisation "historique" de ses agents sur le terrain. De juin à septembre, ces derniers ont réalisé plus de 16.000 contrôles pour vérifier le respect des arrêtés de restrictions d’eau, soit un volume de contrôles en hausse de 30% par rapport à la crise de 2022. Ces contrôles ont concerné tous les usages et usagers de l’eau - particuliers, agriculteurs, collectivités et entreprises -, selon les priorités fixées avec les préfets, a précisé l'Office. Seuls 1.211 contrôles, soit un peu plus de 7% du total, ont révélé des manquements et ont été suivis de réponses administratives ou judiciaires adaptées à leur gravité, a encore indiqué l'Office.
64.000 habitants privés d'eau du robinet début octobre
"La fin de l’été ne signe pas la fin de la crise. La sécheresse reste installée et aucune amélioration rapide n’est attendue", souligne l'OFB. Début octobre, 64.000 habitants n’avaient toujours pas d’eau au robinet et deux tiers des nappes phréatiques restaient sous les niveaux habituels pour la saison, comme l'a indiqué le dernier bulletin du BRGM (lire notre encadré ci-dessous). "Les pluies d’automne et la recharge hivernale seront décisives pour que rivières, sols et nappes se reconstituent. Les effets de 2026 se mesureront encore pendant des années.", conclut l'OFB.
› 66% des nappes phréatiques sous les normales, une situation "très préoccupante", selon le BRGMLa situation des nappes phréatiques en France reste "très préoccupante" en raison d'un déficit de pluie après un été de sécheresse exceptionnelle, a indiqué le 8 octobre le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans son bulletin mensuel. 66% des points d'observation ont des niveaux en dessous des normales mensuelles, constate le service géologique national. "La vidange continue sur l'ensemble du territoire là où la tendance habituelle à cette période est à l'amorce de la recharge", écrit le BRGM, selon ses observations au 1er octobre. La France a connu son été le plus chaud jamais enregistré, marqué par une température moyenne sur 24 heures de 24°C, soit +3,6°C par rapport aux normales de 1991-2020, devant les étés 2003 et 2022, et un important déficit pluviométrique. Conséquence : le niveau des nappes est dégradé "sur la majorité du territoire, à l'exception du Sud-Est comme pour les nappes des formations de la Vistrenque (sud du Gard) ou des sables Astiens de Valras-Agde", autour de l'Hérault, indique le BRGM dans son bilan mensuel. Et le niveau est très bas "pour les nappes du socle Limousin, du Morvan, du Livradois, du Forez et du Vivarais, de la craie de Champagne, des calcaires du Jura, des grès vosgiens et des calcaires triasiques de Lorraine et de la plaine nord d'Alsace", détaille l'établissement public. Dans le détail, le niveau des nappes inertielles, qui peuvent mettre des mois voire des années à évoluer dans un sens ou un autre, "continue de baisser", relève le BRGM. Et les nappes réactives, qui peuvent réagir en quelques semaines aux pluies, présentent des niveaux à la baisse dans leur "quasi-totalité". |