Pompiers - Sécurité civile : jusqu'ici tout va bien

7.000 pompiers ont été mobilisés lors des intempéries de ces derniers jours. Mais leur rapidité d'intervention ne doit pas masquer la fragilité de l'édifice de la sécurité civile en France, alerte la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, dans un contexte budgétaire très tendu. Elle s'étonne par ailleurs de n'avoir toujours pas été associée à la réforme des urgences.

"Nous commençons à constater aujourd’hui que la contrainte économique est forte auprès des Sdis [services départementaux d'incendie et de secours]", a alerté le colonel Eric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), jeudi 14 mars, lors d’une conférence de presse. "Aujourd’hui, on a des plans de fermeture des casernes : il y avait 8.200 casernes en 2004, il en reste 7.300 aujourd’hui", a-t-il déclaré. En dehors du maillage territorial, déterminant pour la rapidité d’intervention (avec un délai moyen de 12 minutes 32), cette situation lui fait craindre un éloignement des volontaires : "Chacune des casernes est un bureau de recrutement, ce sont des éléments de vie sociale."
Face à cette situation, la fédération appelle à "dépenser mieux" et demande notamment de mener à bien la mutualisation des flottes d'hélicoptères, soit plus de 130 engins au total. La gendarmerie et la sécurité civile ont déjà bien avancé dans le cadre d'un partenariat signé en 2010 les obligeant à se prêter main forte dans un délai de trente minutes. Mais il reste à associer la santé et ses 41 hélicoptères, ce qui n'est pas une mince affaire, compte tenu des relations houleuses entre "rouges" et "blancs" malgré le référentiel Sdis-Samu... "Aujourd'hui, ce sont deux mondes qui ne se regardent pas", a déploré Eric Faure.

Une mise en conformité à 100 millions d'euros

Le patron des pompiers s’inquiète aussi de la mise en demeure de la France de mettre  les sapeurs-pompiers professionnels en conformité avec la directive du temps de travail du 4 novembre 2003. "On va faire face à la demande de la Commission européenne en chantant tout va très bien", a-t-il ironisé, alors que cette mise en conformité va grever les budgets des départements déjà mal en point. Le député de la Marne Charles de Courson en a récemment évalué le coût à 100 millions d’euros, alors que le ministre de l’Intérieur l’estime pour sa part à 9 millions d’euros (voir ci-contre notre article du 8 février 2013). "On est beaucoup plus proche des calculs de Charles Amédée de Courson, a assuré Eric Faure. Cela conduira à des diminutions de la présence dans les gardes, il ne faut pas que le volontaire soit la variable d’ajustement."
Mais selon lui, une mise en conformité du volontariat, dans le cadre de la révision en cours de la directive de 2003, ferait peser une menace "beaucoup plus forte". "Ce serait un écroulement du système de sécurité civile", qui repose à 80% sur les volontaires.
Pour Patrick Heyraud, le secrétaire général de la fédération, "s’il n’y a pas de prise de conscience, c’est parce que le système marche". Et de mentionner les 7.000 pompiers sur le pont pendant les intempéries de ces derniers jours. Un édifice fragile selon lui. "Force est de constater la vitesse à laquelle nos sociétés passent [...] d'une situation normale de fonctionnement à une situation de blocage", insiste d'ailleurs la FNSPF, dans un communiqué.

Réforme des services d'urgence

La fédération demande à être associée au retour d’expérience sur cet événement "afin de pouvoir en tirer les enseignements à l’instar des précédentes crises". Elle en profite, à mi-chemin entre son dernier congrès d’Amiens et le prochain qui se tiendra à Chambéry du 10 au 12 octobre, pour demander une clarification du pilotage de la gestion de crise. "Seul l’Etat est en mesure de le faire", a appuyé le colonel Eric Faure.
Les sapeurs-pompiers s’insurgent enfin de n’avoir pas été associés à la réforme des services d’urgence lancée par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, dans le cadre du pacte territoire-santé, visant à tenir un des engagements de François Hollande : garantir un accès aux soins d’urgence à tous dans un délai maximal de trente minutes. Lors de leur rencontre avec François Hollande à l’Elysée le 4 février dernier, les responsables de la FNSPF ont remis au président une contribution en dix-huit points pour tenir cet engagement qui selon eux relève d’une "compétence partagée" entre l’hôpital et les pompiers. "On attend plus de complémentarité, plus de coordination", a répété Eric Faure. "Les victimes en détresse vitale ne survivent pas 30 minutes sans une action de prompt secours", fait notamment valoir la fédération dans son document.
 

 

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