Sécurité : Emmanuel Macron interpelle l’AMF pour savoir "jusqu’où elle est prête à aller"

Dans la cour du futur hôtel des polices de Nice, lundi 10 janvier, Emmanuel Macron a posé les jalons de la future Lopmi. Cette fois, il n’a pas oublié la place et le rôle de la police municipale dont il souhaite étendre les pouvoirs, au-delà même de ce que fait déjà la police de Christian Estrosi.

Le président Emmanuel Macron a renoué lundi avec l’ambiance du Grand Débat. Pendant plus de deux heures, il a déroulé son ambition pour la sécurité à horizon 2030, devant un parterre d’élus, dont le maire de Nice, Christian Estrosi, aujourd’hui rallié à sa cause, de représentants des forces de l’ordre, de la justice, d’associations et d’habitants, réunis dans la cour du futur "hôtel des polices" de Nice. Ce dernier réunira polices nationale et municipale (une première en France). Une façon d’entrer un peu plus dans la campagne, après une semaine très agitée sur le front de la gestion sanitaire, et au moment où ses principaux rivaux sont à l’offensive sur le thème de l’insécurité.
Lors d’une série d’échanges préparés à l’avance, il a ainsi pu détailler six têtes de chapitres : présence policière, sécurité du quotidien (lutte contre les incivilités), rôle de la police municipale, violences intrafamiliales, aide aux victimes et réponse pénale. Autant de thèmes qui devraient trouver place dans la Lopmi (loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur) attendue en conseil des ministres pour le mois de mars. Annoncé par Emmanuel Macron, le 14 septembre à Roubaix, en conclusion du Grenelle des forces de l’ordre, ce texte n’aura pas de chance d’être examiné avant les élections : il s’agit donc de poser les jalons en vue d’une éventuelle reconduction. Il s’accompagne d’une promesse de 15 milliards d’euros de crédits en plus sur cinq ans.

"Centre d’hypervision urbain le plus moderne d’Europe"

Le choix de Nice, première police municipale de France, ne doit rien au hasard. En posant la première pierre de cet hôtel des polices, un projet porté depuis douze ans par Christian Estrosi, c’est un nouveau modèle de coopération qu’il souhaite promouvoir. Cet hôtel des polices sera installé dans un ancien hôpital en friche qui sera réhabilité dans le cadre du plan de relance. Il s’agit de mutualiser "d’un point de vue humain ce qu’on doit partager d’informations, d’actions possibles et souhaitables et le faire dans les meilleures conditions technologiques pour être plus efficaces", a déclaré Emmanuel Macron.

L’hôtel des polices accueillera la police judiciaire, la police aux frontières, le renseignement territorial, ainsi que le "centre d’hypervision urbain le plus moderne d’Europe", s’est félicité Christian Estrosi. Ce centre sera "raccordé à tous les capteurs de la ville, que ce soit en matière de sécurité, en matière de prévention des risques, en matière de pollution, en matière de risques majeurs, d’intempéries. Sur tous ces sujets, c’est un lieu qui garantit cette vision globale". Référence à la loi Sécurité globale du 25 mai 2021. Le texte avait été en partie censuré par le Conseil constitutionnel, notamment l'article qui permettait "à titre expérimental et pour une durée de cinq ans, aux agents de police municipale et gardes champêtres de certaines communes et établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre d'exercer des attributions de police judiciaire en matière délictuelle". Il s’est vu complété par la loi Responsabilité pénale et sécurité intérieure, toujours en attente de promulgation (les Sages doivent se prononcer avant le 21 janvier). Mais Emmanuel Macron annonce d’ores et déjà qu’il souhaite "aller plus loin". Et "aller encore plus loin que Nice" (dont les interventions de la police municipale sont très larges, avec 8.400 interpellations sur un an, dont un quart en matière de lutte contre les trafics de stupéfiants), si tel est le souhait des maires. Il a ainsi interpellé l’Association des maires de France (AMF) pour savoir "jusqu’où [elle] est prête à aller en matière de partenariat".
Alors que la loi Sécurité globale a ouvert l’accès aux fichiers de véhicules volés aux policiers municipaux, Emmanuel Macron souhaite de nouveaux élargissements. Il veut également relancer l’équipement en vidéoprotection et annonce un triplement des crédits du FIPD (fonds interministériel de prévention de la délinquance) sur ce thème. Il se dit prêt aussi à accompagner les maires s’ils sont prêts à structurer un "cadre de formation nationale".

Une "force d'action républicaine" dans les quartiers

Dans la lignée de son discours de Roubaix, Emmanuel Macron a par ailleurs promis de doubler les effectifs de police sur le terrain d’ici à 2030 (en supprimant un certain nombre de tâches indues, en recourant à la numérisation…), de créer 200 brigades de gendarmerie en milieu rural, d’instaurer une "force d’action républicaine" déployée dans les quartiers. Il souhaite aussi la généralisation des amendes forfaitaires délictuelles, qualifiée de "vraie révolution", car "elles permettent d’aller vite, fort et de frapper au porte-monnaie". Même si leur taux de recouvrement est particulièrement faible (voir notre article du 15 septembre 2021). Accompagné du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et de la secrétaire d’État Marlène Schiappa, il n’a pas oublié les violences intrafamiliales (grande cause du quinquennat) avec l’annonce de la création d’un "fichier de prévention des violences intrafamiliales" et le doublement du nombre d'enquêteurs (qui passeront de 2.000 à 4.000). Par ailleurs, la présence policière dans les transports sera doublée et l’amende pour harcèlement de rue passera à 300 euros. Pour Emmanuel Macron, la violence de rue commence parfois sur internet et les réseaux sociaux. Il attend à cet égard les conclusions de la commission Bronner, ce mercredi. Quelque 1.500 "cyberpatrouilleurs" supplémentaires seront formés au sein du ministère de l’Intérieur pour contrer les attaques numériques, avec création d’une école spéciale, dans le cadre d’un grand plan d’investissement d’1 milliard d’euros.

 

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