Sénatoriales : les candidatures sont publiées

Le ministère de l'Intérieur a publié le 12 septembre les données des candidatures relatives aux élections sénatoriales du 27 septembre. Ces candidatures dessinent les enjeux d'une échéance particulièrement scrutée à sept mois de la présidentielle, entre alliances locales et ambitions nationales. Tour d'horizon, quelques chiffres... et rappel du mode d'emploi de ce scrutin pas comme les autres.

Le ministère de l'Intérieur a publié samedi 12 septembre les données des candidatures relatives aux élections sénatoriales 2026. Les deux jeux de données (scrutin majoritaire à deux tours / scrutin proportionnel de liste à un tour), selon les départements concernés, sont disponibles sur data.gouv. Une publication complémentaire était attendue ce 14 septembre en fin de journée "pour tenir compte des candidatures renseignées par les préfectures et hauts-commissariats en Guyane, à Saint-Barthélemy et Saint-Martin ainsi qu'en Polynésie française", a précisé le ministère.

Ces candidatures aux élections sénatoriales du 27 septembre, déposées vendredi 11 septembre, dessinent les enjeux d'une échéance particulièrement scrutée à sept mois de la présidentielle, entre alliances locales et ambitions nationales.

Une soixantaine de départements et territoires d'outre-mer sont concernés par le renouvellement de 178 sièges, soit un peu plus de la moitié de l'hémicycle (348 sièges). Un collège de 93.000 grands électeurs, essentiellement des élus locaux, sont appelés au vote dans cette élection atypique, où scrutins majoritaire et proportionnel cohabitent (voir ci-dessous).

L'un des enjeux se situe à l'extrême droite : le Rassemblement national en ordre de bataille entend grappiller des sièges à la droite. Alpes-Maritimes, Vaucluse, Var... Les bons résultats municipaux ont ouvert l'appétit du parti de Marine Le Pen, qui espère franchir le cap des 10 sénateurs - contre trois actuellement - pour constituer un groupe, une première dans son histoire.

En effet, si la mainmise des Républicains sur le Sénat survivra à cette élection - ils forment avec leurs alliés centristes une confortable majorité -, la droite connaît une certaine dispersion localement, à l'image des tiraillements qui la traversent sur le plan national.

Exemple parlant : les Bouches-du-Rhône. Le président LR du Sénat Gérard Larcher y soutient une liste d'union bâtie par le président de région Renaud Muselier (Renaissance) avec des élus de droite et du centre... Mais la LR Valérie Boyer, qui devait initialement y figurer en numéro 3, a finalement choisi de faire cavalier seul pour incarner une droite "libre" et déliée du macronisme. Et sa candidature est soutenue par Bruno Retailleau, le même qui, en Vendée, mène pourtant une liste d'alliance avec les centristes de l'UDI et Horizons, alors qu'il refuse d'envisager un ralliement à Edouard Philippe pour la présidentielle. "La division, c'est toujours un poison", a déploré Gérard Larcher auprès de Var Matin, dans ce département où la droite et les centristes partent également en ordre dispersé.

Dans l'ombre du duel entre Edouard Philippe et Gabriel Attal pour représenter le bloc central en 2027, le camp macroniste constate aussi ses désaccords. La députée Renaissance Olga Givernet par exemple, candidate dans l'Ain contre la droite, s'est agacée du manque de soutien de la section locale d'Horizons, a-t-on appris de source parlementaire.

"Les perturbations de la campagne présidentielle n'ont quasiment aucune portée", balaye au contraire Roger Karoutchi, président LR de la commission d'investiture, qui assure que les préoccupations des grands électeurs restent essentiellement basées sur les enjeux locaux.

La désunion guette aussi la gauche. Le Parti socialiste, première force d'opposition au Sénat, se retrouve ainsi aux côtés des Ecologistes dans le Rhône ou en Seine-Maritime, mais opposé à ces derniers dans le Bas-Rhin, en Gironde ou en Haute-Garonne, où un candidat divers gauche se présente en outsider avec un soutien des Verts et de La France insoumise. Des alliances qui peuvent elles-mêmes générer des dissidences : l'ancien président de la métropole de Lyon écologiste, Bruno Bernard, a ainsi annoncé vendredi soir être candidat dans le Rhône, refusant de soutenir une liste où figure la socialiste Hélène Geoffroy.

Après sa progression aux municipales, LFI attendra probablement 2029, date du renouvellement des sénateurs d'Île-de-France, pour faire son entrée au Sénat, même si son député Gabriel Amard nourrit quelques espoirs dans le Rhône. En attendant, le parti de Jean-Luc Mélenchon a investi des candidats Insoumis presque partout, espérant se rendre "incontournable" face aux représentants de "la vieille gauche".

Grands électeurs, scrutin majoritaire ou proportionnel... Le mode d'emploi des sénatoriales

Mode de scrutin complexe, hémicycle partiellement renouvelé, collège atypique de "grands électeurs"... Voilà ce qu'il faut savoir sur les élections sénatoriales, prévues le dimanche 27 septembre dans la moitié des départements français.

  • 178 sièges à pourvoir. La chambre haute est renouvelée environ de moitié tous les trois ans : 178 sièges sont à pourvoir cette fois-ci sur les 348 que compte l'hémicycle, pour un mandat de six ans. Cette élection se déroule à l'échelon départemental, avec 58 départements métropolitains concernés, de l'Ain (01) à l'Indre (36) et du Bas-Rin (67) au Territoire de Belfort (90). La quasi-totalité de la couronne méditerranéenne est donc appelée aux urnes, tout comme les deux départements de Corse, la Guyane ainsi que quatre collectivités d'outre-mer. Six élus des Français de l'étranger - une circonscription unique - sont aussi renouvelables. L'Île-de France et Paris ne rééliront en revanche leurs sénateurs qu'en 2029, tout comme le Nord et le Pas-de-Calais, par exemple.
     
  • Regard tournés vers les mairies. Souvent dénommé "chambre des territoires", le Sénat représente les collectivités territoriales. Les sénateurs sont donc élus par un collège électoral d'élus locaux. Ils seront plus de 93.000 grands électeurs appelés aux urnes le 27 septembre, parmi lesquels 95% sont des conseillers municipaux ou des délégués désignés par ces derniers. Le poids des communes - en particulier les petites et moyennes - est donc massif dans ce scrutin. Le résultat des sénatoriales découle donc quasiment mécaniquement des résultats des dernières élections municipales. Les députés, sénateurs, conseillers régionaux et départementaux font aussi partie du collège électoral. Le vote est obligatoire pour ces grands électeurs, sous peine de 100 euros d'amende. Pour les candidats, qui doivent être âgés d'au moins 24 ans, la campagne se déroule donc discrètement et localement, en tête-à-tête avec le maire ou en petit comité avec les élus municipaux.
     
  • Deux modes de scrutin cohabitent. Dans les circonscriptions les moins peuplées, où sont élus un ou deux sénateurs - Saint-Barthélemy ou le Tarn par exemple -, l'élection a lieu au scrutin majoritaire à deux tours (un tour le matin, l'autre l'après-midi), avec des retraits possibles entre les deux tours. Dans les autres départements, comme les Bouches-du-Rhône (8 sénateurs renouvelés), elle a lieu au scrutin proportionnel de liste à un tour, suivant la règle dite de la "plus forte moyenne", une méthode de calcul complexe pour attribuer les derniers sièges. A titre d'exemple, en Gironde en 2020, 356 voix avaient suffi à une candidate LR pour rafler le dernier des 6 sièges mis en jeu dans ce département, sur environ 3.400 votants. La liste socialiste, arrivée en tête avec 1.026 voix, n'avait obtenu que 2 sièges, autant que la liste centriste qui totalisait pourtant 200 voix de moins. Les bureaux de vote, souvent situés en préfecture, fermeront à 17h30 en métropole.
     
  • Clivage droite-gauche. L'hémicycle du Sénat ne ressemble pas à celui de l'Assemblée nationale, où les dynamiques partisanes nationales sont beaucoup plus marquées. Le clivage droite-gauche reste toutefois important à la Haute Assemblée et les grands bouleversements sont rares, avec une domination large des Républicains (131 sénateurs) aux côtés de leurs alliés de l'Union centriste (59 membres). Les socialistes y sont la deuxième force politique, avec 64 élus. La France insoumise n'en compte aucun, et le Rassemblement national seulement trois, même s'il espère atteindre fin septembre la barre de 10 sénateurs, nécessaire à la constitution d'un groupe politique. Le président du Sénat Gérard Larcher (LR), qui cumule déjà 15 ans à son poste, devrait être reconduit pour trois ans le 1er octobre, sauf immense surprise.
     
  • Quelles listes en lice ? D'après les fichiers Excel du ministère de l'Intérieur, dans les départements où s'applique le scrutin proportionnel de liste, on compte un total de 232 listes candidates. Parmi elles, en agrégeant les "nuances" par grands blocs politiques, on trouve 91 listes de droite et de centre droit (soit 39% des listes), 85 du côté de la gauche (LFI compris) et des écologistes, 43 listes RN ou autres nuances pouvant être rattachées à l'extrême droite et 13 listes régionalistes ou "diverses". La nuance la plus fréquente est "divers droite" avec 38 listes. LFI est la nuance partisane la plus représentée avec 29 listes, devant le RN avec 21 listes. Globalement, le fait marquant de ce scrutin est moins la domination d'une famille politique que la fragmentation interne des blocs, en particulier à droite (LR, DVD, centre, Horizons, UDI, UDR, Reconquête, RN) et à gauche (LFI, PS, PCF, écologistes, unions de gauche, divers gauche).
     
  • Un scrutin majoritaire plus personnel. S'agissant des départements dans lesquels l'élection a lieu au scrutin majoritaire, donc avec candidatures individuelles, la logique est forcément assez différente. Certains départements affichent une offre de candidats particulièrement dense à droite : Aveyron, Corrèze, Savoie, Vosges… tandis que dans d'autres, ce sont les candidatures de gauche qui foisonnent : Ariège, Haute-Vienne, Gers…  Dans ces départements au scrutin majoritaire, les candidatures de gauche hors LFI (PS, PRG, DVG, PCF) sont plus nombreuses et mieux implantées.Le centre-droit (UDI, Renaissance, Parti radical, DVC) est davantage "personnalisé", souvent autour de sortants ou de grands élus locaux. Le RN présente un candidat dans une très grande majorité de ces départements "majoritaires". De façon générale, les candidatures de sénateurs sortants sont particulièrement nombreuses dans les départements ruraux et peu peuplés. En n'oubliant pas, pour la Corse et l'outre-mer, le poids des candidatures très "locales", régionalistes ou sans étiquette nationale forte.
 

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