S'il est confirmé, le démantèlement de SFR pourrait prendre plusieurs années

Bouygues Telecom, Free-Iliad et Orange ont signé un protocole d'accord avec Altice France pour l'acquisition conjointe de SFR et de ses millions d'abonnés. Ce rachat, pour plus de 20 milliards d'euros, ferait passer la France de quatre à trois opérateurs de réseau mobile. Ce démantèlement, s'il est validé par les autorités, aura des incidences pour les territoires qui restent à mesurer mais ne sera pas effectif avant plusieurs années.

En négociation depuis plusieurs mois, le démantèlement de SFR au profit de Bouygues Telecom, Free-Iliad et Orange a abouti à un protocole d'accord le 6 juin 2026. Bouygues Telecom (42%) reprend l'intégralité des activités entreprises (SFR Business), récupère 3,8 millions clients mobile et 2,6 millions clients fixe, ainsi que l'opérateur virtuel Prixtel. Free-Iliad (31%) aura l'intégralité de la base des clients low cost RED, soit 6 millions d'abonnés, plus 1,6 million clients grand public et 0,4 million TPE. Orange (27%) récupérerait 4,9 millions clients et les opérateurs virtuels Coriolis, Syma et Réglo.

La fibre concernée à la marge

Sur le volet réseaux et couverture, qui intéresse plus particulièrement les collectivités, les trois opérateurs se partageront les fréquences mobiles de SFR avec les obligations associées. Bouygues Telecom hérite ensuite du réseau mobile de SFR en zones peu denses, qu'il mutualisait jusqu'ici avec SFR dans le cadre de l'accord dit "Crozon" de 2014 (11.500 sites concernés à cette date). Le New Deal mobile n'est en revanche pas mentionné. Bouygues Telecom récupère aussi une partie de son réseau FTTH horizontal en zone très dense, le réseau dit "Faber", et des infrastructures dédiées au B2B fixe. Les réseaux mobiles hors Crozon, une partie du réseau de distribution et les systèmes d'information ne sont pas immédiatement répartis. Ils resteront gérés au sein d'une société détenue à parts égales par les trois opérateurs pendant une phase transitoire d'au moins trente mois.

Les trois opérateurs se sont engagés à assurer "la continuité du service" auprès de tous les abonnés de SFR jusqu’à l'achèvement du processus. Le protocole exclut par ailleurs explicitement XpFibre, opérateur d'infrastructure FTTH déployant la fibre en zone AMII, Amel ou dans le cadre de réseaux d'initiative publique.

Une issue encore incertaine

La prochaine étape est une consultation des quelque 8.000 salariés de SFR, annoncée pour cet été. Si les trois opérateurs ont fait valoir leur attachement à préserver l'emploi au moins jusqu'à 2029, ce sujet sera particulièrement scruté par les autorités françaises. La finalisation de la transaction est prévue, au mieux, pour le second semestre 2027, après obtention de l'aval des autorités de la concurrence françaises et européennes. Suivra une phase de migration des clients, des réseaux et des systèmes que les trois opérateurs qualifient eux-mêmes de "programme industriel pluriannuel". Le plein effet du rachat n'est attendu qu'en 2034, avec peut-être la fin de l'exception française et ses tarifs télécom particulièrement bas.

Le feu vert des régulateurs n'est cependant pas acquis. Les trois opérateurs l'admettent eux-mêmes : "À ce stade, il n'y a aucune certitude que cette opération soit réalisée." Par le passé, la Commission européenne a bloqué plusieurs fusions comparables en Europe. Mais face au ralentissement de l'investissement dans les télécoms et aux besoins en matière de cloud et d'IA, la Commission tend à assouplir sa position.

 

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