Stupéfiants : les quartiers de reconquête républicaine en situation d’échec
Les quartiers de la politique de la ville enregistrent des taux de mis en cause pour usage et trafic de stupéfiants de 2 à 4 fois supérieurs à leur agglomération. L'écart est encore plus marqué dans les quartiers de reconquête républicaine lancés en 2018 pour lutter contre les trafics.
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Lancés à partir de 2018 par Gérard Collomb en plusieurs vagues pour endiguer les trafics, les quartiers de reconquête républicaine (QRR) ne sont pas parvenus à renverser la vapeur. Dans une tendance générale à la hausse des mis en cause pour usage et trafic de stupéfiants, surtout depuis 2020, les 1.476 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) enregistrent une hausse plus marquée que le reste du territoire national et, parmi eux, les 62 QRR ont une progression plus rapide encore. Ainsi depuis 2016, les QPV connaissent une hausse de 8,7% et 8,6% pour l’usage et le trafic de stupéfiants, contre 6,5% et 4,6% en moyenne au niveau national. Dans les QRR, qui devaient faire l’objet de renforts d’effectifs, l’augmentation est de 11,4% par an pour la consommation et de 8,8% pour le trafic, selon une étude inédite du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI).
En toute logique, en 2024, les infractions pour usage et trafic de stupéfiants sont bien plus fréquentes dans les QPV que dans l’ensemble de leur agglomération de rattachement. Le nombre de mis en cause pour usage de stupéfiants est ainsi deux fois plus important dans les QPV que dans leur unité urbaine (10,1 pour mille habitants contre 5‰). Et le nombre de mis en cause pour trafic y est quatre fois plus important (3,2‰ contre 0,8‰). L’écart est encore plus net dans les QRR. On y compte 15,1 mis en cause pour usage de stupéfiants pour 1.000 habitants, contre 5,9 dans leur unité urbaine. Et, s’agissant du trafic, on dénombre 3,9 mis en cause pour 1.000 habitants contre 1,4‰ dans leur unité urbaine.
Des territoires surreprésentés pour l'ensemble des violences
En 2024, 38% des mis en cause pour trafic de cannabis ou de cocaïne et 37% pour l’héroïne ont commis ces faits en QPV, alors que ces derniers ne représentent que 8,5% de la population (5,7 millions d’habitants). On tombe à 18% pour l’ecstasy-MDMA. Et 16% des mis en cause pour trafic d’héroïne l’ont été dans un QRR, alors que ces derniers ne représentent que 2,3% de la population (1,6 million d’habitants). On est à 13% pour la cocaïne, 12% pour le cannabis et 8% pour l’ecstasy-MDMA. Les écarts sont un peu moindres pour ce qui est de la consommation mais ils demeurent élevés : 20% des mis en cause le sont en QPV (dont 26% pour de l’héroïne, 24% pour de la cocaïne et 20% pour du cannabis, 10% pour de l’ecstasy-MDMA) et 8% en QRR (10% pour l’héroïne, 9% pour la cocaïne, 8% pour le cannabis et 6% pour l’ecstasy-MDMA).
Si les QPV enregistrent en 2024 plus d'actes de violences (homicides, violences physiques, violences sexuelles...) et moins de vols (exceptés les voles avec armes) que leur territoire voisin, les QRR se démarquent encore par une surreprésentation, tant vis-à-vis des QPV que de leur territoire. Seuls les fraudes aux moyens de paiement, les cambriolages ou les vols d’accessoires de véhicules y sont moins importants que dans les QPV. Toutes les autres catégories y sont surreprésentées : violences contre les personnes (16,4‰), violences sexuelles (2,3‰), violences physiques intrafamiliales (5‰).