Surveillance des piscines : les nouveaux diplômes accueillis avec tiédeur par les professionnels

Les contenus des nouveaux diplômes de maître-nageur-sauveteur et de surveillant-sauveteur aquatique, récemment publiés, ne devraient pas changer la donne en matière de recrutements, selon les organisations professionnelles concernées. 

Alors que les collectivités peinent à recruter des maîtres-nageurs-sauveteurs (MNS) et des surveillants-sauveteurs aquatiques (SSA) – et que le bilan des noyades entre mai et juillet 2026 en France s'établit à 925 (+14% par rapport à 2025) dont 274 suivies de décès sur le lieu de noyade –, il ne faut sans doute pas trop attendre des nouveaux diplômes récemment publiés en termes de recrutements, estiment les organisations professionnelles de ce secteur en pénurie depuis plusieurs années. 

La formation validant le BPJeps (brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport) "natation et activités aquatiques" (NAA) ouvrant droit au titre de MNS a été revue par un arrêté du ministère des Sports publié le 18 août. Elle prévoit quatre blocs de compétences : conception et mise en œuvre des projets d'animation dans le cadre d'une structure du champ du sport ou de l'animation ; valorisation des activités et des projets de la structure ; conception, conduite en sécurité et évaluation des séances et des cycles de séances de découverte, d'initiation et d'apprentissage en natation et activités aquatiques en milieu naturel et artificiel ; et enfin gestion de la sécurité des lieux de pratique de la natation et des activités aquatiques de la structure en milieu naturel et artificiel. Préalablement à l'entrée en formation, l'arrêté pose plusieurs conditions et exige notamment que l'élève soit titulaire du certificat de compétences "premiers secours en équipe de niveau 2" (PSE2) – un prérequis équivalent à ce qui prévaut chez les pompiers et qui permet notamment la prise en charge des traumas – alors que jusqu'à présent le PSE1 suffisait.

Le SSA remplace le BNSSA

De son côté, la formation à la fonction de SSA est définie par un arrêté du ministère de l'Intérieur publié le 1er août. Elle distingue plusieurs filières : surveillance et sauvetage aquatique (SSA) ; surveillance sauvetage aquatique en eaux intérieures (SSA EI) ; surveillance sauvetage aquatique sur littoral (SSA L) ; et pilotage des embarcations de sauvetage (PES). Le SSA est amené à remplacer le BNSSA (brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique), lequel donne depuis 2023 la possibilité de surveiller en autonomie un établissement de bain d'accès payant ainsi que la surveillance du public scolaire. C'est précisément cet élargissement des missions des surveillants de baignade, au-delà d'un simple travail saisonnier comme c'était le cas avant 2023, qui a poussé les acteurs de la filière à créer ce nouveau diplôme.

Sur la question de savoir si la professionnalisation des SSA va contribuer à les banaliser face aux MNS – alors que l'an dernier on a formé en France près de 7.500 BNSSA contre seulement 1.500 BPJeps –, Lucas Foerhle, directeur de la Fédération nationale des métiers de la natation et du sport (FNMNS), n'a pas d'états d'âme : "Je préfère une piscine ouverte surveillée par des SSA plutôt qu'une piscine fermée faute de recrutements de MNS." 

Il apprécie également l'alignement du prérequis concernant le PSE2 : "Jusqu'à présent, un MNS titulaire pouvait n'avoir qu'un PSE1 et travailler à côté d'un vacataire PSE2. Il faut que le MNS puisse assurer les mêmes missions de secourisme que le vacataire. Nous avons milité en ce sens." À propos du PSE2, Sandie Nahoum, présidente de la Fédération française des maîtres-nageurs-sauveteurs (FFMNS), soulève un paradoxe : "Qui dit PSE2 dit équipe. Or, le SSA est censé travailler en autonomie, seul. Il y a quelque chose qui ne va pas. Cela fait des années qu'on prône de ne pas travailler seul. Appeler des secours, faire un massage, gérer le public, sécuriser la victime, ce n'est pas possible seul."

Manque de passerelles

Sur l'évolution des formations, Lucas Foerhle regrette qu'il ne faille plus être titulaire du SSA pour renter en BPJeps : "Avant, on avait des personnes qui avaient fait au minimum une saison en piscine et connaissaient déjà le milieu professionnel." Sandie Nahoum partage ce regret et pointe le manque de complémentarité entre les deux diplômes : "On aurait voulu une passerelle, que le SSA puisse valider quelques modules en vue du BPJeps. Là, ce sont deux diplômes complètement différents." 

Sur les nouveaux contenus de la formation SSA, Sandie Nahoum est globalement nuancée : "Le SSA va avoir des modules en gestion de conflits, hygiène et sécurité. C'est une bonne chose qu'on augmente les compétences, mais ce que des étudiants faisaient avant en quinze jours sur leurs congés, ils vont maintenant devoir le faire sur un mois. Cela va être plus long et plus coûteux. On craint que les gens n'aillent pas dans cette voie." Et si, in fine, ces deux réformes, celle du BPJeps et celle du SSA, avaient manqué leur cible : l'attractivité du métier, alors que plusieurs milliers de professionnels manquent aujourd'hui, comme l'a rappelé récemment la députée Lisa Belluco ?

"Les employeurs ne leur donnent pas toutes les clés"

Sur le recrutement, Sandie Nahoum estime que le nouveau BPJeps "ne va pas améliorer les choses". Pour elle, "il manquait des personnes autour de la table. Il n'y avait personne sur le handicap, pas de représentant de l'Éducation nationale ou du ministère de l'Intérieur. Le diplôme s'est décidé entre les membres des organisations professionnelles, un représentant des maires et la Fédération française de natation". Lucas Foerhle ne pense pas non plus que les nouveaux diplômes entraîneront plus de recrutements, mais il avance des raisons bien différentes : "Cela ne va rien changer, la pénurie ne vient pas de la formation. Les MNS ne désertent pas les bassins parce que la formation est trop compliquée mais parce que les employeurs ne leur donnent pas toutes les clés. On ne nous laisse pas de temps de préparation pédagogique, nous n'avons pas de possibilité d'évolution, beaucoup partent quand on leur propose de devenir chef de bassin car on ne les a pas formés à faire des RH, et nous sommes sous-payés."

Dans un courrier adressé à David Lisnard, président de l'Association des maires de France, Claire Léger, secrétaire générale du SNPMNS (Syndicat national professionnel des maîtres-nageurs-sauveteurs), fait écho à ses collègues : "La profession n'est pas suffisamment valorisée, notamment au niveau du salaire qui n'est pas à la hauteur des missions de service public accomplies par les MNS. L'acte pédagogique n'est également pas suffisamment pris en compte, alors que l'apprentissage de la natation a un objectif de santé et de sécurité publiques indéniables. [...] Cela cause des difficultés de recrutement, augmentant progressivement le nombre de postes non pourvus dans de nombreuses communes."

En attendant que l'État et les collectivités répondent à leurs revendications, les organisations professionnelles devront appliquer le calendrier suivant : entrée en vigueur des nouvelles règles du SSA le 1er octobre 2026 et fin des ouvertures des formations BPJeps sous le régime de l'arrêté du 21 juin 2016, instituant l'ancien diplôme, à compter du 31 décembre 2026.

 

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