Taxe sur les petits colis : l’effet boomerang

Un peu plus de quinze jours après la mise en oeuvre de la taxe de 2 euros sur les petits colis, les plateformes chinoises ont déjà trouvé la parade en passant par les aéroports du Benelux, en attendant la mise en place de la redevance européenne attendue au mois de novembre. Déjà, la création d’un immense entrepôt en Pologne suscite des inquiétudes.

Un mauvais calcul. Depuis le 1er mars, les petits colis importés hors de l’Union européenne sont taxés à deux euros. La taxe qui s’applique aux envois de "faible valeur", à savoir de moins de 150 euros, est supposée financer les dispositifs de contrôles, notamment l’achat de scanners. Une mesure décidée par le gouvernement, dans le cadre de la loi de finances pour 2026, afin de prémunir le commerce physique contre la déferlante des produits commandés sur les grandes plateformes du e-commerce, en particulier chinoises, comme Shein, Temu ou AliExpress, devenues les temples de la mode "ultra-éphémère". 

Seulement, faute d’harmonisation au niveau européen, les plateformes ont immédiatement trouvé la riposte : "Dans le respect du droit de l'Union européenne, une fois les marchandises légalement importées et mises en libre circulation, elles peuvent circuler au sein de l'Union européenne", rappelait Shein, fin février, dans une déclaration rapportée par l'AFP. 

"Tout cela était prévisible et annoncé"

Désormais, les plateformes livrent leurs marchandises dans les aéroports frontaliers du Benelux d’où elles sont acheminées par camion. Résultat : depuis le 1er mars, les déclarations de petits colis enregistrés à la douane ont chuté de 90%.  Les aéroports français font grise mine, avec des effets en chaîne sur la filière logistique. Roissy, qui était jusque-là l’un des principaux points d’entrée du e-commerce chinois, enregistre une cinquantaine de vols cargos en moins par semaine, comme l’a indiqué une porte-parole d’Aéroports de Paris (ADP) au Parisien, jeudi. L’aéroport de Vatry, près de Troyes, dans la Marne, est lui aussi frappé de plein fouet. Spécialisé dans le e-commerce en provenance de Chine, il voit son chiffre d’affaires s’effondrer. Jean-Marc Roze, président du département de la Marne, propriétaire de l’aéroport, vient d’écrire au Premier ministre pour lui exprimer sa colère contre une décision qu’il qualifie de "stupide". "On a déjà des clients qui nous ont prévenus qu’ils iraient porter le fret sur d’autres aéroports", enrageait-il, le 12 mars, au micro de RMC. L’élu a des craintes sur l’avenir du site.

"Tout cela était prévisible et annoncé", cingle le président de l’Association des maires de France (AMF) David Lisnard dans un long message publié sur X, vendredi, deux jours avant le premier tour des élections municipales. "Dans un marché intégré, une taxe nationale ne supprime pas les flux mais les déplace vers le hub le moins pénalisant. C'est de l'économie élémentaire", ironise-t-il.

5,8 milliards de petits colis en Europe

Avec sa taxe, le gouvernement entendait "inciter les consommateurs à réduire les achats impulsifs de produits très bon marché". Il espérait ainsi jouer un rôle moteur en Europe où 5,8 milliards de petits colis dont 97% en provenance de Chine ont été enregistrés en 2025, en attendant une harmonisation au niveau européen. L’Union européenne a décidé de mettre fin à l’exemption de droit de douane sur les petits colis de trois euros à compter du 1er juillet (lire notre article du 12 décembre 2025). En France, les deux dispositifs sont amenés à se cumuler jusqu’à ce que l’Union mette en place, à partir de novembre, une nouvelle "redevance de traitement" censée, comme la taxe française, compenser les frais occasionnés par les contrôles. 

Mais l’exemple de l’Italie, qui a lancé sa propre taxe au mois de janvier, aurait dû alerter. Après avoir connu les mêmes déboires avec trois mois d’avance, elle a décidé de faire machine arrière.

Au Parlement, les discussions autour de cette disposition avaient été vives à l’automne. Seul le Rassemblement national avait voté contre. Cette taxe "n’empêchera pas la concurrence déloyale chinoise, que vous avez organisée, vous, les partisans du libre-échange et du grand déménagement du monde", fustigeait le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy. "Votre taxe sur les petits colis est très facilement contournable. Il suffit à la Chine d’utiliser un des nombreux paradis fiscaux européens pour entrer en Europe sans payer la taxe en installant un atelier de réception, de réemballage ou de conception bidon", développait-il. L’histoire semble lui donner raison : en décembre, Shein a inauguré en Pologne un immense entrepôt logistique qui devrait atteindre les 740.000 m2 à pleine capacité, et équipé des technologies les plus modernes. "Pendant que le ministre chargé du Commerce (a-t-on besoin d'un ministre du Commerce ?!) nous explique que nous sommes dans une 'guerre de mouvement'", cet entrepôt permettra à Shein de "s'affranchir durablement de toute taxe à l'importation, quelle qu'elle soit".

L’exécutif, qui escomptait entre 400 et 500 millions d’euros de recettes d’ici la fin de l’année, va devoir revoir ses calculs. 

 

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