Territoires d'IA : la Banque des Territoires et Mistral AI lancent un programme souverain pour 100.000 agents publics

Lancé le 21 mai 2026 lors du Printemps des Territoires, le programme "Territoires d'IA" de la Banque des Territoires vise à "accompagner les collectivités dans le déploiement et l'usage de l'IA" grâce à des outils souverains et mutualisés, en partenariat avec Mistral AI. Objectif affiché : former 100.000 agents publics locaux d'ici 2030 et déployer quinze cas d'usage opérationnels, alors que la "shadow IA" s'est déjà largement installée dans les administrations.

Contrairement aux ministères, qui disposent de la Dinum - bientôt remplacée par la future autorité baptisée "Ariane" -, l'Autorité nationale pour le numérique et l'IA de l'État, les collectivités territoriales évoluent sans boussole en matière d'intelligence artificielle. Résultat : selon leurs moyens et leurs priorités, elles s'emparent de l'IA, parfois en développant leurs propres outils sans souci de mutualisation, le plus souvent en se tournant vers des solutions grand public, américaines pour la plupart.

C'est pour répondre à ce constat que la Banque des Territoires, avec ses partenaires - État , associations , entreprises (1) - a officialisé, jeudi 21 mai 2026, le lancement du programme "Territoires d'IA", lors du Printemps des Territoires organisé au Centquatre à Paris. "On observe une accélération fulgurante de la diffusion de l'IA, mais elle se fait aujourd'hui en ordre dispersé", a résumé Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires, lors de la première table ronde de l'après-midi consacrée à l'IA. Le programme a donc pour objectif de proposer un cadre partagé : une offre d'accompagnement, un catalogue de solutions souveraines et un guichet de cofinancement accessible via le réseau de la Banque des Territoires, pour "favoriser l'investissement dans des solutions adaptées et sécurisées et en assurer le déploiement auprès des agents".

Une "IA Factory" adossée à Mistral AI

Au centre du dispositif figure une plateforme baptisée "IA Factory", développée dans le cadre du partenariat noué le 4 mai 2026 entre le groupe Caisse des Dépôts et Mistral AI, pour "déployer des outils d'intelligence artificielle et bâtir un numérique souverain, responsable et de confiance". "Notre partenaire Mistral va mettre ses outils souverains à la disposition de cette IA Factory", a précisé Antoine Saintoyant, s'adressant à Arthur Mensch, le patron de Mistral AI, qui était à ses côtés lors de ce lancement officiel.

Trois premiers cas d'usage ont été sélectionnés et doivent démarrer dans les prochaines semaines : 
- des assistants IA dédiés aux secrétaires généraux de mairie dans le Grand Est pour automatiser la veille juridique et faciliter l'accès aux aides et informations utiles au territoire ; 
- la détection et la gestion des anomalies routières, dans le département de la Côte-d'Or ; 
- l'analyse et l'orientation des demandes des usagers vers les bons services, développée par Bordeaux Métropole pour améliorer le traitement des alertes sur la voie publique. 
À terme, ce sont 15 cas d'usage "opérationnels et duplicables entre collectivités" qui devront être déployés d'ici à la fin 2029, en même temps que l'objectif d'accompagner 100.000 agents publics locaux dans l'usage de l'IA. À noter que Territoires d'IA constitue un des six axes du plan Horizon Numérique 2030 du Groupe Caisse des Dépôts, qui vise à "accélérer la transformation numérique de l’économie française et européenne, et à renforcer la souveraineté technologique des territoires" grâce à la mobilisation de 18 milliards d'euros d'ici 2030. 

David Amiel souhaite "une collaboration très active" avec la Banque des Territoires

Le ministre de l'Action publique et des Comptes publics, David Amiel, est intervenu pour replacer le programme dans une ambition gouvernementale plus large. Partant du constat que de nombreux métiers et missions "se ressemblent", au niveau de l'État comme dans les collectivités, le ministère entend engager "une collaboration très active" avec la Banque des Territoires pour que les cas d'usage d'IA expérimentés par l'État bénéficient aussi aux collectivités - et réciproquement. 
Dans ce cadre, la relation entre l'État, la Banque des Territoires et Mistral AI est décrite par le cabinet du ministre comme "quasiment tripartite". C'est l'Ariane - la future autorité chargée de l'IA et du numérique de l'État, appelée à remplacer la Dinum (voir notre article du 4 mai 2026) - qui sera à la manœuvre pour animer ce lien au nom du gouvernement.

David Amiel a également mis en avant l'enjeu de la "shadow IA": "La moitié des agents utilisaient déjà des outils d'IA hors cadre", a-t-il indiqué, soulignant l'urgence de proposer des alternatives institutionnelles souveraines pour encadrer des usages déjà largement diffusés dans les administrations.

Mutualisation et souveraineté

Le programme "Territoires d'IA" repose sur un autre pilier : l'outillage de la mutualisation entre collectivités. La Banque des territoires met en avant à cet effet la plateforme Numérique360 (voir notre article du 20 novembre 2024), qui agrège webinaires, retours d'expérience, guides pratiques et témoignages de collectivités. Une démarche qui fait écho à celle des Interconnectés, qui avaient développé, en lien avec Intercommunalités de France et France urbaine, une bibliothèque d'IA territoriales dès mars 2025 (voir notre article du 12 mars 2025).

Lors des échanges, la question de la souveraineté numérique a été posée au-delà du seul logiciel. "Si les collectivités locales continuent de prendre des messageries Google ou d'aller héberger leurs données chez Amazon, il n'y aura jamais de souveraineté en France", a averti Dorothée Lebarbier, CEO d'Altitude. 
La ministre déléguée chargée de l'IA et du numérique, Anne Le Hénanff, a pour sa part défendu le rôle central de la commande publique dans l'émergence d'une filière française : "Privilégier les acteurs français à travers la commande publique", a-t-elle plaidé. Finalement, derrière le lancement de "Territoires d'IA", c'est bien une stratégie industrielle d'ensemble qui s'organise, où infrastructures, logiciels souverains, financement, usages publics et montée en compétence des agents sont pensés comme les différentes briques d'une même bataille.

(1) État = Dinum, ANCT ; Associations = Les Interconnectés, l'association numérique Déclic, l'Association des maires de France ; Entreprises = Mistral, Docaposte

 

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