Thibaut Guilluy (France Travail) : "Nous sommes au milieu du gué"
Auditionné mardi 7 avril par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, est revenu sur les conclusions du rapport annuel de la Cour des comptes qui dresse un état des lieux mitigé de la "territorialisation" du réseau pour l’emploi.
© Capture vidéo Assemblée nationale/ Audition de Thibaut Guilluy devant la commission des affaires sociales
Pourtant habitué des commissions parlementaires, le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, revenait mardi 7 avril pour la première fois depuis décembre 2023 devant celle des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Une audition au cours de laquelle les députés ont souhaité l’interroger tant sur la conjoncture du marché de l’emploi que sur la mise en œuvre de la loi Plein emploi qui avait été au cœur de sa précédente audition. Avec en toile de fond de cet échange, le rapport annuel de la Cour des comptes qui pointe les insuffisances de la territorialisation du réseau pour l’emploi instauré par la loi de 2023 (lire notre article).
A ce sujet, Thibaut Guilluy s’est voulu transparent : "Nous sommes au milieu du gué !" Tant sur l’organisation elle-même du réseau que sur son efficacité. "Aujourd’hui, a-t-il rappelé, dans la quasi-totalité des départements on a un découpage par bassin d’emploi". Une organisation territoriale à laquelle France Travail s’est adaptée, précise son directeur général, tant dans sa propre organisation que dans sa capacité à mettre à disposition de l’ensemble des acteurs de l’emploi dans les territoires des tableaux de bords "par bassin d’emploi". Un partage de données nécessaire afin de "piloter les politiques d’insertion et d’emploi" aux différents échelons du réseau pour l’emploi. Sur les quelque 360 comités locaux pour l’emploi (CLPE) actifs, l’essentiel s’est mis en ordre de marche en parvenant à fixer "des objectifs communs" qui impliquent chaque partenaire, s’est ainsi félicité Thibaut Guilluy.
Depuis la loi de 2023, c’est une véritable "transformation du réseau pour l’emploi" qui est à l’œuvre, a rappelé le directeur général de France Travail. Une transformation dans l’accompagnement des demandeurs d’emploi, davantage personnalisé et plus intensif, a-t-il précisé, "dans le respect des droits et des devoirs". En 2025, France Travail a ainsi réalisé 665.000 accompagnements intensifs, "soit une progression de 80% sans effectifs supplémentaires", a-t-il rappelé à l’intention des membres de la commission. Pour les bénéficiaires du RSA, dans les départements où la nouvelle organisation est la mieux rodée, France Travail revendique même +30% d’insertion dans l’emploi. Reste désormais à "consolider" à l’échelle du territoire national ce qui n’était au départ qu’une expérimentation menée dans quelques départements.
Moins de fonctions support, davantage d’équipes opérationnelles chez France Travail
Tout ceci, a souligné le directeur général de France Travail, s’est effectué à effectifs constants. Il a ainsi vanté le plan d’efficience de l’opérateur qui l’a amené à repenser son organisation en réduisant les fonctions support et en renforçant les équipes opérationnelles. A l’appui de sa démonstration, il a notamment mis en avant la suppression des charges de "reporting" s’agissant de l’accompagnement des contrats d’engagement jeune (CEJ) qui a permis de libérer 30% de temps de disponibilité pour les conseillers concernés. Dans le même esprit, ce sont près de 45.000 professionnels de l’accompagnement qui ont pu bénéficier de formations dans le cadre de l’Académie France Travail. S’agissant de l’accompagnement intensif, il a également rappelé la nécessité de mieux articuler les moyens de France Travail avec ceux des missions locales, des départements, des Plie (programmes locaux d’insertion et emploi) ou encore des acteurs de l’IAE (insertion par l’activité économique). Des acteurs avec lesquels "on déploie de plus en plus de lien, même si les systèmes ne sont pas tous interconnectés".
Également interpellé sur la mise en œuvre du contrôle des demandeurs d’emploi, Thibaut Guilluy a rappelé les objectifs des mesures mises en place qui visent autant à contrôler, a-t-il estimé, "qu’à s’assurer que nous proposons le bon accompagnement". En 2025, le "taux de sanction" s’est établi à 17%. Le système mis en place en 2023 était fondé sur la confiance, a-t-il rappelé, ce qui n’interdit pas de lutter contre les abus dans le cadre d’une mission qui "ne détourne pas les moyens de l’accompagnement".