Tirée par le ferroviaire, la fréquentation des transports collectifs atteint un niveau inédit, selon le régulateur
En s'appuyant sur ses dernières publications, l'Autorité de régulation des transports (ART) souligne le rôle moteur du train dans la décarbonation des mobilités. Pour répondre à la croissance de la demande, le régulateur appelle à davantage d'offre et à un réseau ferroviaire performant. Selon lui, la concurrence contribue à de fortes hausses d'offres de trains, comme il l'a constaté sur les liaisons Paris-Lyon et Paris-Marseille mais aussi sur les TER dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
© Aurélie Roudaut
"En 2025, la fréquentation des trains enregistre un nouveau record historique, avec une progression de 4% pour les services à grande vitesse et une hausse continue des services TER et franciliens", constate l'Autorité de régulation des transports (ART) dans un communiqué ce 24 juin. Le régulateur met en avant ses plus récentes publications d'observation des marchés des transports, parmi lesquelles les premiers chiffres 2025 du transport ferroviaire en France.
Selon, la hausse de fréquentation des trains librement organisés – ils ont transporté 118 milliards de passagers.km l'an dernier – "tient en partie à la reprise du trafic entre la France et l’Italie qui porte le trafic international (+14%), mais également à la nouvelle hausse du trafic domestique des trains à grande vitesse (+2%), confirmant le taux de croissance annuel moyen supérieur à 2% observé depuis 2019".
La fréquentation des trains conventionnés interurbains (TER et Intercités) a, elle, augmenté de 2% en 2025, "traduisant une consolidation de la fréquentation après plusieurs années de forte progression", note l'ART. Portée par une croissance de 6% de la fréquentation des lignes de RER, la fréquentation des services conventionnés d’Île-de-France (Transilien et RER) dépasse pour la première fois son niveau de 2019 (+3%).
Croissance parmi les plus fortes d'Europe
"Cette dynamique est l'une des plus fortes en Europe", dépassant celle enregistrée depuis 2019 en Allemagne ou en Italie, souligne l'ART. Même si l'Espagne reste le "premier moteur européen des trains librement organisés, avec une hausse de 41% de la fréquentation en cinq ans", le volume de fréquentation ferroviaire y est près de trois inférieur à celui de la France, constate le régulateur.
L'ART note aussi qu'en France, la progression de la demande ne se traduit plus principalement par une augmentation de l'offre mais par un remplissage accru des trains. "En 2025, les taux d’occupation des trains à grande vitesse frôlent ainsi, en moyenne, 80%, témoignant d’un niveau de remplissage particulièrement élevé", observe-t-elle. Une évolution qui résulte de la "forte dynamique de fréquentation, combinée à une offre stable en volume de sièges commercialisés" car les fréquences programmées ont connu une nouvelle baisse en 2025 et demeurent inférieures de près de 10% au niveau de 2019 en raison des contraintes sur la disponibilité du matériel roulant, analyse-t-elle.
Depuis 2019, l’offre des services conventionnés a également progressé moins rapidement que la fréquentation, en France comme dans le reste de l’Europe, entraînant une hausse de l’emport moyen des trains (+6% en 2024 en moyenne européenne). Les taux d’occupation ont particulièrement augmenté en 2025 pour les services Transilien et RER.
Comme elle l'avait déjà souligné en 2023 dans ses scénarios de long terme pour le réseau ferroviaire français, l'ART souligne que le maintien d’une offre de transport "performante et fiable" suppose "un effort soutenu d’investissement dans la régénération et la modernisation du réseau, afin d’éviter la dégradation de sa capacité et de sa qualité de service".
Une concurrence qui permet d'accroître l'offre
Le régulateur, qui vient aussi de publier l'édition 2026 de son étude annuelle sur l'ouverture à la concurrence des services de transport ferroviaire de voyageurs et de fret, fait également valoir, enregistrent de fortes hausses d’offre de trains, supérieures à 20% sur Paris‑Lyon et Paris‑Marseille et de près de 100% sur les liaisons entre la France et l’Italie. "La fréquentation sur ces marchés progresse de plus de 25%, soit un rythme deux fois supérieur à la moyenne nationale", relève-t-il.
La mise en service de premiers lots conventionnés attribués après appel d’offres montre également des effets visibles, selon l'ART : en 2025, l’offre TER effective a augmenté de 21% (en sièges.km commercialisés) en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sous l’effet d’une forte hausse de fréquences sur les lignes "Azur" et "Inter-Métropoles". "Avec 15 lots, sur plus de 50 attendus, attribués à mi‑année 2026, 23% du marché conventionné a fait l’objet d’une procédure de mise en concurrence, faisant de la France l’un des laboratoires européens de l’ouverture à la concurrence des services conventionnés", constate l'Autorité.
Demande de baisse des péages ferroviaires
Alors que la fin du monopole de la SNCF s'est accompagnée de nombreuses critiques, notamment celle selon laquelle ses concurrents n'iraient que sur les lignes les plus rentables, pour laisser à l'opérateur historique les déficitaires, l'ART estime que le rail français souffre des montants, les plus élevés en Europe, que touche SNCF Réseau pour accueillir les trains de la concurrence. "La baisse des dessertes des villes moyennes est antérieure à l'ouverture du marché et résulte principalement du niveau des péages ferroviaires", constate le régulateur.
Il appelle à les baisser "hors grandes métropoles", alors qu'ils équivalent aujourd'hui à près de 40% du chiffre d'affaires des concurrents de la SNCF et "jusqu'à 60% sur certains axes". "Une baisse ciblée des péages enclenche un cercle vertueux : viabilisation des liaisons, développement de l'offre par tous les opérateurs et recettes additionnelles pour le réseau", estime l'ART. "SNCF Réseau l'a amorcée dans le cycle tarifaire 2027-2029 et devra l'approfondir pour le cycle suivant", prône-t-elle pour encourager la venue de nouveaux opérateurs ferroviaires et donc de recettes supplémentaires pour l'entreprise publique. Sans citer d'exemples de villes qui pourraient être mieux desservies en abaissant les péages, l'ART a cependant relevé que l'arrivée de Trenitalia avait amélioré l'offre dans des "villes savoyardes (Chambéry, Saint-Jean-de-Maurienne, Modane)" reliées à Lyon.
Une concurrence intermodale qui profite aux voyageurs
Par ailleurs, la concurrence entre modes de transport est particulièrement vive sur de nombreux marchés de mobilité, mettant notamment en compétition les autocars, les services ferroviaires (TAGV, y compris les offres à bas prix, Intercités et TER), le covoiturage ainsi que les compagnies aériennes à bas coûts. "Le maintien d’une telle concurrence intermodale constitue ainsi un enjeu important pour préserver la diversité des offres et garantir aux voyageurs des prix compétitifs, estime l'ART. Ce constat demeure particulièrement important sur le marché des autocars librement organisés, dans l’hypothèse où celui-ci viendrait à se concentrer davantage à la suite du retrait annoncé de BlaBlaCar." Dix ans après l’ouverture de ce marché, 112 millions de voyageurs ont utilisé ce mode de transport et la fréquentation a atteint un nouveau record en 2025 avec près de 17 millions de passagers, note l'ART. Ces services contribuent à la desserte de près de 960 liaisons sans autre alternative de transport collectif et "participent à la décarbonation des déplacements", estime-t-elle.
› Concurrence ferroviaire : Jean Castex défend les petites gares sur les grands axesLors d'un débat sur la régulation des anciens monopoles aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le PDG de la SNCF, Jean Castex, a défendu ce 2 juillet la desserte des gares petites et moyennes sur les grands axes ferroviaires, face à une concurrence qui pourrait être tentée de les délaisser. "Si vous desservez Paris-Bordeaux directement, sans vous arrêter, c'est rentable. Si vous commencez à vous arrêter dans les villes intermédiaires, ça l'est beaucoup moins", a-t-il expliqué. "Il n'est pas normal que des compagnies concurrentes ne desservent que la partie rentable du réseau (...) Et je compte bien, parce que moi je suis pour l'aménagement du territoire, continuer à m'arrêter à Libourne, à Angoulême, à Poitiers, etc.", a-t-il poursuivi. La France, sous l'effet des règles européennes, a ouvert ses lignes ferroviaires à la concurrence. Sur les lignes à grande vitesse (LGV), un seul rival de la SNCF, l'italien Trenitalia, cohabite avec l'opérateur historique sur une ligne entre des gares uniquement françaises, entre Paris et Lyon puis d'autres destinations dans le quart sud-est, jusqu'à Marseille et jusqu'aux Alpes. D'autres entreprises envisagent d'exploiter d'autres LGV en France. Jean Castex a appelé à appliquer dans ce cas des conditions qui permettraient à de maintenir la desserte de gares moins fréquentées. "J'appelle le législateur à rééquilibrer les règles du jeu. Où vous vous arrêtez ? Comme les autres ? Ou alors vous contribuez à l'équilibre du système", a plaidé le dirigeant. Jean Castex a aussi réaffirmé les ambitions de SNCF Voyageurs d'augmenter son offre. "Jamais nous n'avons transporté autant de gens dans les trains. Il y a une soif ferroviaire manifeste dont, vous vous en doutez, je ne peux que me réjouir. (...) Rien que depuis 2019, 20% de trafic en plus sur les TGV, +45% sur les TER", a-t-il détaillé. "Aujourd'hui, vous savez ce que c'est mon problème numéro un ? Ce n'est pas l'ouverture à la concurrence : c'est le manque de trains. S'il y a des fabricants dans la salle, que je ne nommerai pas, qu'ils se dépêchent de me livrer", a-t-il conclu. AFP |