Transition alimentaire : comment les entreprises publiques locales accompagnent l'agriculture de demain
De la restauration collective à l'installation de jeunes agriculteurs, en passant par des fermes maraîchères robotisées, les entreprises publiques locales (EPL) expérimentent des modèles innovants et réplicables de la transition alimentaire des territoires. C'est le constat dressé lors de l'événement organisé le 6 mai 2026 au Hub des Territoires par la Fédération des EPL et la Banque des Territoires, qui a réuni élus, directeurs d'EPL, experts et financeurs autour de la question de l'innovation agroalimentaire.
© Hub des territoires
De l'écoquartier à Saint-Chamond (Loire) qui intègre dès sa conception les enjeux énergétiques, alimentaires et sociaux en passant par Balaruc-les-Bains (Hérault) qui valorise les eaux issues de boues thermales... pour l'élue d'Occitanie, Fanny Dombre-Coste - députée de l'Hérault et conseillère de Montpellier Méditerranée Métropole - les trophées organisés par la Fédération des entreprises publiques locales ( EPL) ont une utilité concrète : "ils permettent de mettre en évidence des initiatives locales audacieuses et de montrer qu'elles peuvent être répliquées ailleurs", témoigne-t-elle lors de l'événement organisé mercredi 6 mai 2026 au Hub des Territoires, consacré au rôle des EPL dans la transition alimentaire. Encore faut-il les accompagner. Citant son maire Michael Delafosse, celle qui a présidé le jury en 2025 estime que "la France des procédures tue la France des projets" et appelle à accélérer les processus pour répondre à l'urgence climatique.
À Montpellier, la traduction concrète de cette ambition politique prend notamment la forme d'un projet de Cité alimentaire adossée au Marché d'intérêt national (MIN) de la ville, avec un pôle de transformation innovant, un réseau de maisons d'alimentation solidaire et une caisse alimentaire commune — projet lui-même lauréat d'un trophée EPL en 2020.
L'élue et la directrice de la SPL Angers Loire Restauration, Sophie Sauvourel, s'accordent en tout cas sur un point : le statut d'EPL — et de SPL en particulier — est particulièrement adapté à la restauration collective, "activité exigeante, sensible aux aléas et nécessitant à la fois une gouvernance publique et une souplesse de gestion privée".
Restauration collective : innover du champ à l'assiette
Lauréate du trophée EPL en 2023, la SPL Angers Loire Restauration — connue sous la marque Papillote et compagnie — nourrit chaque jour 14.500 enfants, de la crèche à l'école élémentaire, dans 24 communes du territoire angevin. Sophie Sauvourel résume les trois axes d'innovation qui ont distingué son projet.
Premier axe : la réduction des impacts environnementaux. La SPL a drastiquement réduit l'usage du plastique dans ses contenants et travaillé à limiter les emballages à usage unique. Surtout, elle a réduit son gaspillage alimentaire de 60% en six ans. Alors que la moyenne nationale s'établit à 100 grammes de déchets par enfant et par repas, Angers est descendue à 41 grammes, grâce à des pratiques révisées dans chaque corps de métier.
Deuxième axe : la souveraineté alimentaire. Avec 4 millions d'euros d'achats alimentaires annuels, la SPL a fait le choix d'allier bio et proximité. Son bœuf est frais à 95% et provient d'éleveurs situés dans un rayon de 15 kilomètres. Pour y parvenir, la SPL planifie ses menus un an à l'avance, permettant aux éleveurs partenaires d'organiser leur production en conséquence. "Ça suppose qu'on lui donne une visibilité un an à l'avance, que tel mois, tel jour, les enfants vont manger du sauté de bœuf", explique Sophie Sauvourel. Une souplesse organisationnelle qui suppose aussi une maîtrise fine du code de la commande publique pour attirer les producteurs locaux sans les noyer dans des procédures administratives.
Troisième axe : l'adaptation aux aléas climatiques. Face aux sécheresses, inondations et pénuries alimentaires à répétition, la SPL a systématisé la planification en double : chaque menu de l'été et de la rentrée prochaine existe désormais en version standard et en version "mode canicule", pour basculer rapidement si nécessaire.
Du foncier agricole à la production innovante
Au-delà de la restauration collective, les EPL peuvent intervenir bien plus en amont, jusqu'au portage foncier et à la production. C'est ce qu'illustre l'étude prospective menée par le Groupe Scet, présentée par sa directrice du développement Manon Vanberselaert. À l'horizon 2050, 16 filières agricoles sur 24 seraient fortement vulnérables aux effets combinés du changement climatique, de la concurrence internationale et du renouvellement des exploitants. Quasiment un département sur deux verrait une profonde transformation de son agriculture. L'impact sur le PIB agricole français pourrait atteindre 30 à 40%. Un "choc culturel" qui appelle une mobilisation des outils de l'économie mixte à chaque étape de la chaîne de valeur, de la maîtrise foncière à la distribution.
En Occitanie, région la plus exposée de la métropole au changement climatique, la réponse prend la forme d'une foncière agricole régionale, créée en 2022 sous l'impulsion de l'agence régionale Arac. Son directeur préfigurateur, Luc Belot, en décrit la cible : ce sont 30 à 40 jeunes agriculteurs qui, chaque année, n'arrivent pas à finaliser leur projet d'installation faute de capacité à porter le foncier. La structure achète les terres, les loue à l'agriculteur pendant 4 à 9 ans, le temps que son modèle économique se consolide. "Sur 2.000 agriculteurs qui s’installent tous les ans, 1.000 n’ont pas besoin d’aide particulière et rentrent dans des dispositifs assez classiques de financement,1.000 bénéficient des dispositifs d’aide de la région, mais souvent il en reste 20, 30, 40, qui eux ne trouvent pas leur modèle. Et c’est à eux que l’on s’adresse", résume Luc Belot. La Banque des Territoires est entrée au capital en 2025, avec plus d'1,2 million d'euros de fonds propres, devenant ainsi le premier actionnaire privé de la foncière aux côtés du conseil régional. Une prochaine étape est prévue : un financement participatif, ouvert aux citoyens d'Occitanie et au-delà, pour que le premier agriculteur installé sur fonds 100% citoyens puisse voir le jour d'ici moins d'un an.
Enfin, à l'autre bout de la chaîne, la commune de Lagny-le-Sec, dans l'Oise (2.100 habitants), a fait le pari d'une ferme maraîchère robotisée sous serre. Son maire Didier Doucet, par ailleurs président de la communauté de communes du Pays de Valois, a créé une SEM avec la start-up Les Fermes Debout pour porter le projet. Le modèle repose sur deux briques : un robot porte-outils développé entièrement en France — "qui sème, plante et désherbe, mais ne récolte pas encore" — et un logiciel de planification des cultures et de gestion de l'arrosage. En 2025, la ferme a produit 45 tonnes de légumes bio, distribués via des casiers en accès libre 7j/7 et livrés en surplus à des enseignes bio partenaires. Objectif 2026 : atteindre 55 à 56 tonnes et l'équilibre financier, après deux premières années déficitaires assumées. "C'est ça, vraiment travailler à la souveraineté alimentaire, et c'est aussi le rôle des collectivités d'accompagner ces projets", conclut le maire.
Pour Linda Reboux, responsable du pôle Environnement à la Banque des Territoires, ces exemples illustrent les trois piliers stratégiques de l'établissement : transition écologique, cohésion sociale et territoriale, et souveraineté. A toutes fins utiles, elle a rappelé en conclusion de l'événement que la Banque propose aux collectivités une palette d'outils allant de l'ingénierie (plateforme Territoires Fertiles, dispositif Territoire Nourricier) au financement direct (prêt Gaïa, fonds propres) et à l'opérationnel, via des mandats de l'État comme "Entrepreneurs du vivant", doté de près de 400 millions d'euros.