Un tiers des agents publics doivent souvent renoncer à la qualité de leur travail

Une enquête du collectif "Nos services publics" qui vient d'être publiée s'intéresse au "vécu" des agents publics, en apportant des éclairages inédits sur leurs conditions de travail et le sentiment d'une dégradation de celles-ci. Il en ressort par exemple qu'un tiers des agents publics se voient contraints de "sacrifier" souvent ou très souvent la qualité de leur travail. Par ailleurs, nombre de cadres (34% dans les collectivités) déclarent avoir reçu "très fréquemment" ou "souvent" des consignes qui "leur semblaient dégrader le sens du travail des agents".

75% des agents territoriaux déclarent se sentir "bien" ou "plutôt bien" en général et 53% se sentir "bien" ou "plutôt bien" au travail, selon l'enquête qui a été rendue publique le 17 septembre. Des résultats qui diffèrent relativement peu de ceux des agents des deux autres versants publics (État et hôpitaux).

Plus de 20.000 personnes du secteur public ont répondu à cette enquête entre octobre 2025 et février 2026. Si le panel n'était pas représentatif de la fonction publique, il a toutefois été "redressé" pour "corriger ses principaux biais socio-démographiques", indique le collectif.

Toutes fonctions publiques confondues, les agents qui exercent principalement des fonctions d'encadrement se sentent plus souvent (55%) "bien" ou "plutôt bien" au travail que les agents n'exerçant pas de fonctions d'encadrement ou secondairement (50%).

Une "courte majorité" des répondants (tous versants) juge l’ambiance au travail "bonne" ou "plutôt bonne". "L’ambiance au travail est un déterminant crucial du bien-être au travail", souligne le rapport. 89% des répondants qui ressentent une mauvaise ambiance au travail déclarent aller "mal" ou "plutôt mal" au travail et, inversement, 87% des répondants qui témoignent d’une bonne ambiance déclarent aller "bien" ou "plutôt bien" au travail.

Contacts avec le public

La qualité du collectif est une autre "composante majeure" du bien‑être au travail, selon l'enquête. Ainsi, plus de 80% des répondants n’appréciant pas les relations avec leurs collègues se sentent "mal" ou "plutôt mal" au travail, contre moins de 30% des répondants qui disent les apprécier.

Interrogés sur ce qu’ils apprécient dans leur travail, les agents des trois versants répondent dans le même ordre : les contacts avec les publics et les partenaires extérieurs (88% dans la fonction publique territoriale, ou FPT), les missions et les tâches à effectuer (84% dans la FPT) et les relations avec les collègues (80% dans la FPT). L'autonomie au travail arrive en quatrième position (71% dans la FPT).

Les trois quarts des agents territoriaux estiment que leurs horaires de travail s'accordent avec leurs obligations personnelles et familiales, soit une proportion plus élevée que dans la fonction publique hospitalière (FPH, 64%), mais moindre que dans la fonction publique d'État (FPE, 81%).

En revanche, seule une minorité d'agents apprécient leur rémunération. C'est le cas de 38% des agents territoriaux (contre 37% dans la FPE et 35% dans la FPH). La reconnaissance sociale est également insuffisante pour une grande partie des agents. Dans la FPT, à peine plus d'un tiers des agents (34%) déclarent qu'elle est au rendez-vous.

Leviers de reconnaissance

Un tiers des répondants déclarent "sacrifier souvent" ou "très souvent" la qualité de leur travail. Cette proportion est significativement plus élevée dans la FPH (41%, contre 30% dans la FPT et 28% dans la FPE). Le sentiment que les collègues sont en nombre insuffisant, "un turnover trop important", un accompagnement "lacunaire" à la prise de poste ou le fait de "se sentir en concurrence" avec ses collègues conduisent à "plus fréquemment" déclarer ce fait, précise l'enquête.

19% des agents territoriaux déclarent s'ennuyer "très fréquemment" ou "souvent", tandis qu'un tiers s'ennuient "parfois". À l'inverse, 46% des agents territoriaux ne s'ennuient "jamais". Leurs collègues de l'État et des hôpitaux sont respectivement 56% et 47% à ne "jamais" s'ennuyer.

L'étude comporte également un volet sur les pratiques managériales dans la fonction publique. Il en ressort que parmi les encadrants de la FPT, 41% affirment disposer de leviers pour reconnaître et valoriser l'expertise, contre 54% déclarant qu'ils n'en ont pas. Les encadrants de la FPE et de la FPH sont respectivement 35% et 43% à répondre qu'ils possèdent des leviers dans ce but.

Pour 59% des cadres territoriaux, la qualité de leur management fait partie de leur évaluation, contre seulement 48% chez les cadres de l'État et 38% chez ceux de la FPH. Dans leur ensemble, les cadres jugent cependant moins souvent que la qualité de leur management est prise en compte dans leurs perspectives de promotion (c'est le cas de 34% pour les cadres territoriaux).

Désobéissance

Autre enseignement s'agissant des cadres : plus d'un tiers (34%) de ceux qui sont employés dans les collectivités indiquent avoir reçu "très fréquemment" ou "souvent" des consignes de leurs supérieurs qui "leur semblaient dégrader le sens du travail des agents encadrés". La proportion est similaire (33%) chez les cadres de la FPE, mais nettement plus élevée (48%) chez ceux de la FPH. 71% des cadres territoriaux ayant été confrontés à ce type de demandes de la part de leurs supérieurs ont déjà refusé de les transmettre. Cette attitude est moins fréquente chez les cadres de l'État (58%) et des hôpitaux (57%).

Un quart des agents territoriaux affirment qu'ils ont déjà enfreint un ordre hiérarchique, contre 26% des agents de l'État et 36% des ceux des hôpitaux. Il s'agit le plus souvent de "petites résistances aux conséquences discrètes", indique l'enquête. Qui précise : "Enfreindre un ordre est le plus souvent motivé par un souci de professionnalisme, s’inscrit dans le strict respect du droit, et se présente régulièrement comme un moyen de préserver ce qui est considéré comme 'le vrai sens' de son métier".

Libres de s'exprimer à la fin du questionnaire, les agents ont mis en évidence "une détérioration des conditions de travail", un "sentiment d'injustice salariale", "une absence de reconnaissance", ou encore le "sentiment de ne plus se reconnaître dans les valeurs du service public".

 

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