Viager, vente partielle… des solutions de "monétisation du patrimoine" des personnes âgées encore "largement inexplorées"

Pour "préserver notre modèle social" mais aussi soulager les proches des personnes âgées dépendantes, le patrimoine immobilier des personnes âgées est une ressource à mobiliser davantage, selon le think tank Matières grises et la chaire TDTE. 

L'augmentation en cours du nombre de personnes âgées, et en particulier de personnes âgées en perte d'autonomie (+ 700.000 d'ici 2050 selon la Drees, voir notre article) et la stagnation de la population active autour de 30 millions de personnes sont deux tendances qui déséquilibrent inexorablement notre modèle social et qui obligent à considérer de nouvelles pistes de financement, selon la chaire "Transitions démographiques, transitions économiques" (TDTE) et le think tank Matières grises. Ces derniers viennent donc de consacrer une note aux solutions de "monétisation du patrimoine" des personnes âgées, présentées comme un "levier complémentaire de financement" qu'il s'agirait de considérer pour "préserver notre modèle social". 

Les auteurs mettent en effet l'accent sur trois données : le taux élevé de propriétaires parmi les plus de 65 ans (75%), un patrimoine immobilier des retraités de 65 ans plus important que celui des ménages non retraités (220.000 euros en moyenne contre 180.000 euros) et des revenus à l'inverse inférieurs (un peu moins de 27.000 euros en moyenne pour les retraités propriétaires, un peu plus de 29.000 euros pour les non-retraités propriétaires). 

Selon la chaire TDTE et Matières grises, la monétisation de ce patrimoine présente plusieurs avantages : offrir aux personnes âgées des revenus supplémentaires pour vieillir dans de bonnes conditions dans leur logement ou "affronter les coûts relatifs à [leur] perte d’autonomie" (à domicile ou en Ehpad), mais aussi permettre "une certaine forme de justice sociale" et "une plus grande solidarité intergénérationnelle" en mettant à contribution le patrimoine des personnes concernées au lieu d'augmenter les impôts d'actifs qui possèdent de leur côté moins de patrimoine. 

Concrètement, il s'agit bien sûr du viager, qui peut revêtir différentes formes (dont une forme "solidaire" qui est actuellement développée par l'entreprise coopérative "Les trois colonnes", voir notre article), mais aussi de modalités de vente (vente en nue-propriété, vente à terme occupée, vente partielle…) ou encore du prêt viager hypothécaire. La note propose un état des lieux détaillé sur ces différentes formules, la parution prochaine d'une deuxième note étant annoncée autour de "propositions pour développer ce levier". 

Ce marché est "encore largement inexploré", en partie du fait d'une "inadéquation territoriale" entre l'offre (plus importante dans les zones moins densément peuplées) et la demande (plus forte dans les zones tendues). Sont également analysées dans la note les raisons pour lesquelles ce sujet "n'infuse pas" dans le débat public : une "représentation négative du viager", dispositif notamment perçu comme "anti-familial" ("vol sur l’héritage des enfants") voire "immoral" ("pari sur la mort") mais aussi risqué ("risque de payer la rente trop longtemps pour l’acheteur") - des images véhiculées en particulier par le film "Le Viager" de 1972 de Pierre Tchernia. Or, pour les auteurs, cette image peu flatteuse est "à nuancer", notamment parce que la propriété du bien peut être conservée dans certains cas, mais aussi parce que la monétisation du patrimoine permettrait de soulager les proches sur les plans du financement (de l'aide à domicile, de l'Ehpad…) et de l'aide humaine à apporter au proche. 

 

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