Santé, grand âge : la Caisse des Dépôts mobilise des moyens et des partenaires pour dessiner une "trajectoire" souhaitable

Soutenabilité du système de soins, prévention, habitat et accompagnement des personnes âgées, innovations et numérique en santé… Ces enjeux décisifs pour les années à venir ont été au cœur de l'événement "Trajectoire santé et grand âge" organisé le 9 avril 2026, à l'invitation de la Caisse des Dépôts. L'occasion pour le groupe Caisse des Dépôts de présenter un premier point d'étape sur le déploiement de sa feuille de route Santé-Grand Âge, avec près de 6 milliards d'euros engagés en 2025 sur les 25 milliards prévus sur cinq ans. Au cours des échanges, il aura été question notamment des différents leviers de financement à mobiliser pour permettre aux personnes de bien vieillir dans un environnement adapté, mais aussi de gouvernance de la prévention et du numérique en santé et de la place des territoires. 

En 2025, la Caisse des Dépôts présentait sa feuille de route en faveur de la santé et du grand âge, dotée de 25 milliards d'euros sur cinq ans. "On a plutôt bien démarré, avec près de 6 milliards d'euros engagés en 2025", s'est félicité Olivier Sichel, directeur général du groupe Caisse des Dépôts, le 9 avril 2026, lors de l'événement "Trajectoire santé et grand âge" organisé par ses équipes. Plus de la moitié de ce montant correspond à des prêts attribués aux secteurs sanitaire et médicosocial et un peu plus de 2 milliards d'euros sont des investissements dans des entreprises privées et de l'économie sociale et solidaire (ESS) et des aides à l'innovation en santé (voir notre encadré ci-dessous).

La Banque des Territoires est plus particulièrement chargée de mobiliser 5 des 25 milliards d'euros du programme, autour des trois axes que sont le maintien à domicile, l'habitat intermédiaire et le soutien à l'offre médicosociale, a détaillé Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires. Pour ce dernier, l'enjeu est désormais de "passer à l'échelle" en matière d'habitat intermédiaire, ce qui passe par deux voies que sont, d'une part, les partenariats entre organismes de logements sociaux (qui portent les murs) et associations (qui gèrent le projet) et, d'autre part, les investissements directs auprès d'acteurs de l'ESS (tels que Domani) ou privés (Les Maisons de Blandine, par exemple). 

Maintien à domicile, habitat intermédiaire : avec quels financements ? 

Adaptation du domicile, développement d'habitats spécifiques diversifiés : une table ronde organisée lors de cet événement "Trajectoire santé et grand âge" a permis d'explorer différents enjeux, à commencer par celui du financement. Il importe de "sécuriser les modèles économiques des habitats intermédiaires qui restent très fragiles", a souligné Stéphane Troussel, président du département de la Seine-Saint-Denis. Mentionnant par ailleurs "des besoins immenses en matière de rénovation" des résidences autonomie, le président de département a déploré "un écart trop grand entre nos discours et les moyens que nous y consacrons". Si son département est "le plus jeune de France métropolitaine", le vieillissement de la population n'en est pas moins "rapide et massif", avec des personnes âgées dotées de "moins de ressources" qu'ailleurs, vivant dans des habitats "moins adaptés", etc. Stéphane Troussel appelle ainsi à "un engagement national réel" sur les moyens dédiés à l'adaptation au vieillissement et demande également un renforcement de l'ingénierie territoriale sur ces questions. 

Pour Maëlig Le Bayon, directeur de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), il faudra "se poser la question d'une allocation logement spécifique" pour aider les personnes âgées modestes à accéder à ces habitats intermédiaires, sur le modèle de l'aide sociale à l'hébergement (ASH) qui existe actuellement pour les Ehpad et autres établissements habilités. Il évoque aussi la nécessité de mobiliser l'épargne et le patrimoine des personnes qui en disposent. 

Le modèle du viager solidaire a été exposé à travers l'exemple de la société coopérative d'intérêt collectif (Scic) Les 3 colonnes, soutenue par la Banque des Territoires. En achetant le logement d'une personne, on leur "donne les moyens de financer leur propre maison de retraite à domicile", a mis en avant Sébastien Tchernia, président de la Scic. Pour ce dernier, le fait que 75% des personnes âgées soient propriétaires de leur logement constitue une opportunité pour résoudre l'équation complexe du financement de l'accompagnement de la perte d'autonomie. 

A un détail près relevé par Maëlig Le Bayon : "On est déjà dans une pénurie de personnel et le mur est devant nous." D'où la nécessité, pour ce dernier, de planifier simultanément le développement de solutions d'habitat et d'accompagnement à l'échelle territoriale, d'encourager les parcours résidentiels et les déménagements même à 75 ans, ou encore de rénover les résidences autonomie pour que ces dernières deviennent plus attractives. 

La prévention, "bataille de la décennie" 

Qualifiée de "bataille de la décennie" dans le dernier rapport Charges et produits de l'Assurance maladie, la prévention en santé a été l'objet de la deuxième table ronde de l'événement de ce 9 avril 2026. Ancienne ministre de la Santé et présidente de l’Institut Évidences, Agnès Buzyn a appelé à une "recentralisation" de la gouvernance de la prévention via un "pilotage interministériel et intersectoriel". "C'est une obligation : nous aurons 7 millions de personnes de plus de 85 ans en 2050, 300.000 centenaires – il y en avait 2.000 en l'an 2000", a-t-elle insisté. 

Attention toutefois aux "grands plans nationaux" qui ne fonctionnent pas "s'il n'y a pas de déclinaison sur les territoires et s'ils ne sont pas accompagnés par les acteurs des territoires", a déclaré Olivier Richefou, président du département de la Mayenne et du groupe de travail "Grand âge" de Départements de France. Ce dernier cite en particulier le plan anti-chutes, alors que le taux d'hospitalisations consécutives à une chute chez les personnes âgées de 65 ans et plus a augmenté de 20,5% entre 2019 et 2024 selon des données récentes de Santé publique France. 

Pour Olivier Richefou, les conférences des financeurs de la prévention de la perte d'autonomie représentent à l'inverse "un système qui fonctionne parce qu'il est territorialisé". Agnès Buzyn estime quant à elle que la CNSA devrait évaluer davantage les actions qui sont financées par les différents départements dans ce cadre. "L'État doit être garant de la qualité scientifique des initiatives qui sont menées sur le terrain", affirme l'ancienne ministre, qui appelle l'État à inciter financièrement les collectivités à s'engager en matière de prévention primaire (alimentation saine, mobilités douces, etc.) Et qui interpelle également des associations d'élus telles que l'Association des maires de France (AMF), qui devraient selon elle s'engager plus fortement sur ce sujet.  

Numérique en santé : des standards à déployer et un retard à rattraper 

Pour Guillaume Couillard, directeur délégué à la gestion et à l'organisation des soins de la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam), en matière de prévention, les réponses sont de deux types : l'"aller-vers" (dispositifs mobiles, campagnes d'appels pour encourager au dépistage ou à la vaccination…) et les solutions numériques

L'Assurance maladie mise sur "Mon Espace santé", le "carnet de santé numérique" dans lequel des conseils de plus en plus personnalisés devraient figurer – au moins dans le cas où l'utilisateur y a compilé des données qui le concernent. Rassemblés au sein de PariSanté Campus, des acteurs publics de la recherche (tels que l'Inserm) collaborent par ailleurs avec des entreprises et soutiennent des startups pour faire émerger des solutions de santé numérique. L'avenir est au développement d'"analyses populationnelles beaucoup plus avancées" et d'"actions de prévention personnalisées et prédictibles" grâce à l'intelligence artificielle, notamment dans le domaine des maladies cardio-vasculaires et des cancers, a expliqué Antoine Tesnière, directeur général de PariSanté Campus. 

Le numérique en santé "comme levier de transformation du système de soins" a d'ailleurs été au cœur de la dernière table ronde. Avec un constat formulé par Dominique Pon, directeur général de La Poste Santé & Autonomie : "le numérique en santé en France au démarrage s'est fait de façon anarchique", avec le développement de dizaines de milliers de logiciels, une absence de doctrine technique et, par conséquent, une absence d'interopérabilité des systèmes. Présidente de SOS Seniors et experte France 2030 Santé, Agnès Audier a insisté sur la nécessité pour la France de rattraper son retard en matière d'exploitation des données de santé ; selon elle, "si dans cinq ans les sujets ne sont pas réglés, nos jeunes docteurs vont partir". 

Des standards vont être définis, lui a répondu Hela Ghariani, Déléguée au numérique en santé au ministère de la Santé, qui considère que le changement des systèmes d'information des hôpitaux prendra "une belle décennie". Elle rappelle que le numérique, s'il est encore perçu comme "un sujet technique", est en réalité "profondément transformateur des organisations". 

En matière d'organisations justement, si l'"on parle aujourd'hui beaucoup des territoires" (voir notre article), Monique Sorrentino, directrice générale du CHU de Grenoble Alpes, a estimé que tout cela était encore "assez nébuleux" et que des orientations plus claires en la matière – sur les coopérations, sur les leviers notamment financiers à la disposition des collectivités - étaient souhaitables. 

 

Prêts, investissements, aides à l'innovation : des moyens mobilisés par le groupe Caisse des Dépôts et France 2030 en faveur du grand âge et de la santé 

En 2025, le groupe Caisse des Dépôts a mobilisé près de 6 milliards d'euros dans le cadre de sa feuille de route Santé et Grand âge. Sur ce montant, 3,6 milliards d'euros sont des prêts de court, moyen ou long terme attribués par La Banque postale, la Sfil (Société de financement local), Bpifrance et la Banque des Territoires, dont 2,6 milliards d'euros attribués à 250 structures sanitaires (projets hospitaliers, maisons de santé pluri professionnelles, centres de santé) et 1 milliard d'euros pour 200 structures médico-sociales et lieux de vie (Ehpad, habitats partagés, résidences autonomie, résidences services seniors), selon un communiqué de la Caisse des Dépôts. "C'est le secteur public que l'on finance en tout premier", a souligné Olivier Sichel, le 9 avril, indiquant que 80% des prêts sont attribués aux secteurs public et associatif dans la santé et 88% dans le grand âge. Ces prêts sont "de très long terme" (30-35 ans) et "très accessibles" (autour de 2%), a-t-il encore précisé. 

Par ailleurs, 2,2 milliards d'euros ont été consacrés à des investissements directs (200 participations directes du groupe dans des entreprises du secteur, pour 1 milliard d'euros) et intermédiés, ainsi qu'à des aides à l'innovation (attribuées par BpiFrance, qui en donne le détail dans un communiqué, pour 1 milliard d'euros).   

Sur ces innovations en santé, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a également annoncé, ce 10 avril 2026 via un communiqué, le lancement d'un appel à projets de France 2030 destiné à "favoriser l’intégration d’innovations matures dans les établissements de santé en mobilisant le levier de la commande publique". Doté de "plusieurs millions d'euros", cet appel à projets est ouvert "aux établissements sanitaires ou médico-sociaux publics ou privés, ainsi qu’aux groupements d’établissements, ayant des projets d’un budget minimal de 150.000 euros et d’une durée de 12 à 24 mois".

Au-delà des financements, Olivier Sichel a cité l'action de La Poste Santé-Autonomie qui déploie "des solutions humaines et digitales" en faveur du maintien à domicile, d'Eméis (ex-Orpéa) désormais "sorti de la procédure de sauvegarde" et qui désormais "se concentre sur le soin", de CNP Assurances ayant une offre d'assurance dépendance et enfin de CDC Habitat qui compte quelque 80.000 personnes âgées dans son parc de logements sociaux. Sous le pilotage de Marianne Kermoal-Berthomé, directrice des politiques sociales de la Caisse des Dépôts, la stratégie santé-grand âge a vocation à "jouer la complémentarité entre toutes les composantes du groupe Caisse des Dépôts", selon son directeur général. 

 

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