100 ans de l'Unccas : au cœur des crises, les CCAS font la démonstration de leur utilité
Les centres communaux d'action sociale ont été en première ligne, cet été, pour veiller sur les personnes vulnérables, en particulier les personnes âgées, lors des canicules et des incendies ayant nécessité l'évacuation de milliers de personnes. Le centenaire de l'Union nationale des CCAS, célébré ces 12 et 13 octobre 2026, a été l'occasion de valoriser l'engagement et l'efficacité des élus et agents qui agissent sur le terrain et s'adaptent aux besoins des populations fragiles.
© Unccas / à l'écran, de gauche à droite, Isabel Madrid et Camille Gaillard-Minier
"L'histoire de l'Unccas commence en 1926, dans une France marquée encore dans sa chair par la Première Guerre mondiale." Du groupement de quelques bureaux de bienfaisance du Nord au réseau composé aujourd'hui de 4.300 adhérents de l'hexagone et d'outre-mer, l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (Unccas) a fêté ses 100 ans, les 12 et 13 octobre 2026 à la Maison de la radio à Paris.
Un film retraçant cette histoire portée par la voix de l'acteur André Dussollier, un timbre créé pour l'occasion, le lancement d'un fonds de dotation, le haut patronage du président de la République et la présence de l'ancien chef de l'État François Hollande, celle des ministres du Travail et de l'Autonomie, ou encore de la présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), la participation surtout de 700 élus et agents venus de toute la France… A l'issue de ces deux jours de centenaire, le président de l'Unccas, Luc Carvounas, n'a pas de doute : "Nous avons démontré ce que nous sommes, notre dynamisme et ce que nous pesons dans les institutions." Un réseau qui s'est montré également suffisamment fort pour "faire reculer le gouvernement", à plusieurs reprises, face à "l'idée saugrenue" de rendre les CCAS facultatifs, rappelle le maire d'Alfortville.
Évacuations en Gironde : "solidarité" et "bon sens" ont prévalu
Si, dans cette assemblée, l'utilité des CCAS n'est plus à démontrer, "les actions du CCAS et des acteurs de la solidarité sont assez peu connues", selon Bruno Couturier, adjoint au maire de Lyon. Un tel événement permet ainsi de mettre en lumière le travail qui est mené par les élus et agents sur le terrain, de l'analyse des besoins sociaux (ABS) à la gestion de services d'aide à domicile et d'établissements pour personnes âgées, en passant par l'aide sociale sous de nombreuses formes. Face à la montée de la pauvreté et l'émergence de nouvelles problématiques sociales (voir notre article), les CCAS soulignent qu'ils sont en première ligne pour répondre aux besoins, en expérimentant si besoin, mais aussi pour alerter et mobiliser leurs partenaires.
Ils jouent ainsi pleinement leur rôle lors des crises, notamment environnementales, qui se multiplient ces dernières années (voir notre article), malgré la part d'improvisation que cela suppose. Lors des méga-feux de Gironde de cet été 2026, des CCAS ont ainsi pris une part active à l'évacuation, inédite, de toute leur population.
"Je ne sais pas ce qui a été le plus difficile à gérer parce qu'il a fallu tout gérer", a témoigné Cécile Poublan, adjointe au maire de Saint-Médard-en-Jalles et présidente de l'Union départementale des CCAS de Gironde. Elle évoque : la "ville dans la ville" qu'a été le parc des expositions transformé par la métropole de Bordeaux en lieu de repli pour 6.000 personnes, la mobilisation de toutes les bonnes volontés possibles pour prévenir les personnes vulnérables en amont de l'évacuation, puis prendre en charge le transfert des habitants des Ehpad, des résidences autonomie, de personnes âgées vivant à domicile, accompagner ces personnes fragiles sur place et lors de nouveaux transits vers des Ehpad situés dans neuf départements de France, pour sauver également des animaux domestiques… Cécile Poublan évoque une forte mobilisation du département mais un manque de coordination avec l'Agence régionale de santé (ARS) – cette dernière était majoritairement concentrée sur l'évacuation des hôpitaux. L'impréparation a eu des conséquences fâcheuses pour les familles puisque – RGPD oblige – certaines personnes, qui n'avaient pas leur dossier avec elles, ont été "perdues de vue" pendant plusieurs jours… En dépit de ces péripéties, l'élue girondine salue "la solidarité" et le "bon sens" qui ont majoritairement prévalu. Il s'agit désormais selon elle de passer à "une phase un peu plus écrite" pour que, lors d'un prochain événement de ce type, chacun sache exactement ce qu'il a à faire.
Le registre canicule élargi "fait peur"
Un tel retour d'expérience est plus avancé sur le front de la canicule, comme en a témoigné Marion Brunat-Mortier, directrice générale du CCAS de Grenoble. La ville et le CCAS ont notamment mis en place un système de "redéploiement d'agents" pour gérer la crise et constate, comme d'autres, que l'effort doit être intensifié en direction des personnes âgées à domicile – notamment pour accompagner ces dernières vers les "points fraîcheur" mis en place dans la ville.
Les communes et leurs CCAS vont prochainement disposer d'un registre canicule élargi, alimenté par les données des départements et des Carsat, en vertu d'un décret publié cet été (voir notre article). "Ce sont au total deux millions de personnes que vous pourrez contacter et dont les données seront transmises par les conseillers départementaux d'ici le 31 janvier 2027", a indiqué la ministre déléguée à l'autonomie, Camille Galliard-Minier. "Ce registre nous fait peur, il comprendra beaucoup de données, est-ce qu'elles vont être qualifiées ?", lui a répondu Isabel Madrid, administratrice du CCAS de Bordeaux. "Nous allons prendre le temps de voir comment ce registre peut être un outil efficace", assure la ministre. Interpelée par ailleurs sur les moyens à la fois financiers et humains – certains CCAS n'ayant qu'un seul agent administratif et pas de travailleur social –, la ministre assure que la "valorisation financière" et la "lutte contre la sinistralité" des métiers seront abordées lors de la Conférence nationale de l'autonomie qui aura lieu prochainement.
Si ce centenaire n'était pas le temps de l'interpellation, les échanges des participants ont nourri une plateforme qui servira à interroger les candidats à l'élection présidentielle, en février prochain lors du congrès de l'Unccas. Les candidats devront se positionner sur le logement, le handicap, le grand âge, la petite enfance et les solidarités en général, indique Luc Carvounas, qui entend bien mettre également sur la table la question des moyens des collectivités. "Est-ce qu'il n'est pas temps de redonner du souffle à nos collectivités en disant qu'on s'est trompé sur la taxe d'habitation ?", interroge en particulier le président de l'Unccas.