100.000 postes à créer dans le nucléaire à horizon 2035

La Semaine des métiers du nucléaire qui s’est achevée vendredi 13 mars aura été l'occasion pour une filière industrielle qui retrouve des couleurs depuis peu de mettre en avant des besoins de main-d’œuvre massifs dans la décennie à venir. Entre opération de carénage, nouveaux réacteurs et affirmation de la filière du recyclage, le nucléaire a du vent dans les voiles.

À l’initiative de France Travail et des acteurs industriels du secteur réunis au sein de l’Université des métiers du nucléaire (UMN), la quatrième Semaine des métiers du nucléaire s’est déclinée du 9 au 13 mars 2026 sur l’ensemble du territoire en proposant près de 400 événements destinés à susciter des vocations tant chez les jeunes que chez les salariés en reconversion et les demandeurs d’emploi. Selon les estimations de la filière, le nucléaire devrait créer à horizon 2035 de près de 100.000 postes sur une large gamme de métiers allant du génie civil à l’exploitation proprement dite des installations de production d’électricité. Soit entre 6.000 et 10.000 nouveaux emplois par an selon l’avancée des chantiers en cours et à venir.

Cette année, la Semaine des métiers du nucléaire aura été ponctuée par deux événements majeurs pour la filière, avec le Sommet sur l’énergie nucléaire organisé mardi 10 mars à Paris et réunissant des participants venus du monde entier, puis, jeudi 12, par une visite du président de la République, Emmanuel Macron, sur le site du futur EPR2 de Penly (Seine-Maritime) où était organisé le cinquième Conseil de politique nucléaire. Un coup de projecteur bienvenu pour une filière industrielle qui occupe la troisième marche du podium en France avec quelque 250.000 emplois directs et indirects répertoriés auprès des grands opérateurs comme EDF, Orano ou Framatome, mais aussi de leurs nombreux sous-traitants et fournisseurs dans les territoires.

Pour la filière nucléaire, les enjeux sont multiples dans la décennie à venir : assurer la poursuite de l’exploitation des 54 réacteurs électronucléaires actuellement en fonctionnement, tout en absorbant les besoins nouveaux nés de la construction des six réacteurs EPR2 déjà actée par le gouvernement sur les sites de Penly (Seine-Maritime), Bugey (Aisne) et Gravelines (Nord). Et alors que le chantier de terrassement du futur EPR2 normand est déjà engagé, Orano pilote en parallèle son projet "Aval du futur" dans le Cotentin (Manche), à proximité de la centrale de Flamanville. Un projet dédié à l’optimisation du recyclage du combustible qui annonce plusieurs milliers d’emplois dans les années qui viennent.

Le nucléaire, une filière qui touche l’ensemble des territoires

Président de la filière Normandie énergies et directeur de l’action régionale d’EDF, Alban Verbecke se félicite de ce qu’il qualifie de "renversement stratégique alors que l’on nous promettait il y a quelques années encore la fermeture progressive de 14 réacteurs". Désormais, trois paires de réacteurs EPR2 sont d’ores et déjà programmées et l’État annonce huit nouveaux réacteurs ; projets dont les contours devraient être précisés avant la fin de cette année. En matière de nucléaire, si l’ensemble du territoire est touché, la Normandie reste un cas d’école avec 20% de la production nationale d’électricité et une présence des grands acteurs "sur l’ensemble du cycle, de l’aval à l’amont", soit depuis la conception jusqu’à l’exploitation et même le recyclage du combustible, souligne Alban Verbecke. Une région, également, dans laquelle France Travail mobilise tout au long de l’année quatre conseillers dédiés aux métiers du nucléaire. Durant la semaine, une cinquantaine d’événements ont ainsi été organisés sur le territoire normand afin de mettre en lumière les métiers de la filière.

Aux côtés de France Travail dans l’organisation de la Semaine des métiers du nucléaire, on retrouve l’Université des métiers du nucléaire (UMN). Une association présidée par Anne Jancovici qui affiche un long parcours au sein du groupe EDF : "Cette association a été créée juste avant le discours du président de la République Emmanuel Macron à Belfort en 2022", rappelle-t-elle. Un moment charnière qui a officialisé la renaissance du nucléaire civil dans l’Hexagone. "Ces annonces ont suscité une accélération des besoins de compétences à horizon de dix ans, au-delà de celles déjà mobilisées sur les centrales existantes." À travers des événements tels que la Semaine des métiers du nucléaire, les industriels, les acteurs de la formation et de l’emploi, ainsi que les territoires ont donc décidé de "passer à l’échelle" en allant chercher de nouvelles compétences. "À horizon 2035, nous anticipons 100.000 nouveaux postes à pourvoir dont les deux tiers sur des profils de techniciens, depuis le CAP jusqu’à bac+3", explique-t-elle. Pour le reste, les profils d’ingénieurs sont également convoités dans la sûreté nucléaire, la recherche ou encore la radioprotection. "Nous sommes une industrie qui innove beaucoup et qui se renouvelle en permanence", ajoute Anne Jancovici ; et qui regroupe près de 2.000 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire, "ce qui crée des opportunités un peu partout pour les personnes en recherche d’emploi".

"On s’est mis au rendez-vous des besoins"

Dans cet écosystème, l’UMN agit en lien avec l’Éducation nationale comme avec les écoles d’ingénieurs afin que chacun "colore" ses formations à l’aune des besoins des entreprises. Elle a ainsi créé le Passeport nucléaire, un module pédagogique qui permet aux étudiants en formation de se familiariser avec les enjeux et les métiers du secteur. Déjà 140 établissements contribuent à la démarche avec à la clé quelques 4.000 apprenants sensibilisés. "On peut dire qu’on s’est mis au rendez-vous des besoins !", se félicite Anne Jancovici. Désormais, "il faut maintenir cette dynamique afin que les places de formation ouvertes soient remplies avec des candidats". Ce qui semble aujourd’hui en bonne voie : "On est passé d’une période du nucléaire honteux à une période où les candidats affluent dans les entreprises de la filière." Une inflexion palpable dans les événements tels que la Semaine des métiers du nucléaire qui s’achève, assure la présidente de l’UMN.

 

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