Enfance-jeunesse - 21 propositions pour sauver les colonies de vacances

Les colonies de vacances n'ont plus la cote, surtout auprès des familles de la classe populaire. Faut-il les sauver, comme le pense le rapporteur d'une mission sur l'accessibilité des jeunes aux séjours collectifs, pour qui leur extinction n'est pas acceptable ? Ou faut-il voir dans cette désaffection des séjours collectifs, tout simplement, des réticences d'enfants qui ne veulent plus que "tous les ans ça recommence"... ?

Le constat est sans appel :  la fréquentation des séjours de vacances de plus d'une semaine baisse de manière continue depuis 1995. L'âge d'or des années 45-65 des colonies de vacances, qui accueillaient jusqu'à 1,35 million d'enfants pour les seules colonies d'été, semble bel et bien révolu. Une désaffection qui aurait plusieurs raisons, affirme un rapport d'information du 10 juillet portant sur l'accessibilité des jeunes aux séjours collectifs et de loisirs.
La principale raison serait le coût élevé des séjours. "C'est en premier lieu sur le prix des transports qu'il faut travailler. La SNCF reconnaît d'ailleurs avoir durci les conditions de réservation des voyages en groupe depuis 2006. Les nombreuses contraintes légales et la mise aux normes de sécurité des installations recevant du public ont également contribué à relever le coût des colonies de vacances", peut-on lire dans le rapport du député Michel Ménard, débattu à la commission des affaires culturelles de l'Assemblée, et qui vient d'être publié (à télécharger ci-contre).

"1 enfant sur 4 ne part jamais" : les classes populaires les plus touchées

"Le prix d'une semaine de vacances en colonie coûte entre 400 et 600 euros par enfant, avec un coût moyen à la journée de 63 euros contre 47 euros pour un séjour en village familial", peut-on lire dans le rapport. Un montant que peuvent payer, selon le rapporteur, soit une famille très défavorisée et subventionnée  pour ces séjours (par la municipalité ou par des services sociaux), soit les familles gagnant entre 2.000 et 4.000 euros mensuels, c'est-à-dire les classes moyennes supérieures, "dans lesquelles se retrouve la majeure partie des 3,5 millions de salariés des grandes entreprises dont les comités subventionnent encore les départs en colonies de vacances".  Selon les observations de L'Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ) relevées dans le rapport, "l'absence des enfants des classes populaires et moyennes entraîne non seulement une stagnation voire une baisse de la fréquentation mais aussi une segmentation sociale de plus en plus marquée des séjours".  Plus de trois millions d'enfants (1 sur 4) âgés entre 5 et 19 ans ne partent jamais en vacances, rappelle Michel Ménard. 

Taxe, transports, chèques-vacances, CAF...

"L'objectif du rapport (et de ses 21 propositions) est de permettre aux trois millions d'enfants qui ne partent pas, d'avoir un temps de vacances dans l'année", résume le député PS de Loire-Atlantique, nommé fin 2012 par la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale.
Parmi les 21 propositions, la toute première a fait l'unanimité... contre elle. Michel Ménard, reprenant une proposition de la Ligue française de l'enseignement, propose en effet de rétablir une taxe sur l'hôtellerie de luxe afin de financer un fonds national d'aide aux départs en vacances collectives des mineurs. "Ce fonds doit être la première pierre d'une politique ambitieuse d'éducation populaire pour la jeunesse qui prenne le relais, pendant les vacances, de l'école dont la refondation a été voulue par le gouvernement." Cette idée de taxe "qui stigmatise un secteur économique, facteur d'attractivité de notre territoire, me semble quelque peu caricaturale", a répondu le député Patrick Hetzel, membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, lors de la présentation du rapport. "Ce n'est pas la première des priorités de rajouter une taxe, la première priorité c'est de diminuer le coût sans diminuer la qualité et l'ambition du projet éducatif", avait répondu le 25 juillet la ministre des Sports interrogée sur cette proposition lors de la visite d'un centre UCPA dans le Finistère. L'Umih, principale organisation patronale de l'hôtellerie, avait immédiatement averti que cette taxe constituerait "un nouveau coup" pour le tourisme en France.
Il est également indispensable d'intervenir sur le coût des transports, rappelle le rapport. Si la SNCF s'est engagée à revoir l'offre commerciale destinée aux groupes de jeunes, Michel Ménard propose également de diminuer encore la charge pour les familles en élargissant le dispositif des chèques-vacances aux salariés des petites entreprises. "Les entreprises doivent être incitées à soutenir le départ en vacances des enfants, car le droit aux vacances est l'affaire de tous." Proposition à laquelle  Frédéric Reiss a répondu favorablement  : "C'est une bonne mesure puisqu'elle respecte le libre choix des familles et encourage autant les départs en vacances familiales que les séjours collectifs."
Parallèlement à l'élargissement du dispositif des chèques-vacances, Michel Ménard prône le rééquilibrage des aides des caisses d'allocations familiales en faveur des colos. "Je constate que la quasi-totalité de ces aides, actuellement près d'un milliard d'euros, est fléchée vers les accueils de loisirs. Or ceux-ci ne concernent, en très grande majorité, que les enfants de moins de douze ans. Les plus âgés ne les fréquentent pas. Les adolescents doivent pouvoir bénéficier de ces aides." Et le rapporteur de rappeler : "Les aides distribuées par les caisses d'allocations familiales et les municipalités en faveur du départ des mineurs en séjours collectifs ont été en grande partie réorientées au milieu des années 1990 au profit de subventions de fonctionnement versées aux accueils de loisirs sans hébergement", ce qui a fortement selon lui contribué à la désaffection pour les colonies de vacances.

Un volontariat de l'animation…

"L'affaire du temps de repos des animateurs sous contrat d'engagement éducatif a été la norme de trop qui a provoqué une révolte dans le monde des colos et a ouvert une réflexion collective sur leur avenir", affirme le rapport.
S'il faut reconquérir les classes moyennes qui ont déserté les colos, conférer de nouveau à l'Etat un rôle actif d'incitateur, il faut également, pour Michel Ménard, repenser le statut de l'animateur. "Cette dernière proposition est d'une large portée. Il ne s'agit pas, simplement, d'établir un statut de l'animateur, pour répondre à des exigences d'ordre administratif, mais de reconnaître véritablement un savoir-faire à part entière.  L'animateur n'est pas seulement responsable de la sécurité de l'encadrement. Il est aussi celui qui stimule et provoque l'épanouissement du jeune sur son lieu de vacances. Il invente des sources de divertissement et de rencontre avec les autres membres du groupe dont il fait partie. Il installe des repères du 'vivre ensemble' et les principes de l'échange et du partage en collectivité", affirme le rapporteur. Celui-ci dénonce "la décision du Conseil d'Etat du 10 octobre 2011 sur le principe du repos journalier des moniteurs", qui selon lui va "à l'encontre de l'esprit de leur contrat de travail saisonnier, a compliqué l'organisation et a  augmenté le coût de l'encadrement des séjours". Il se dit à ce propos "favorable à la définition d'un statut de volontaire qui se distingue nettement de celui du salarié et garantisse une formation tout au long de la vie".

86% des enfants partent en famille 

Parallèlement à ces mesures, et en adéquation avec certaines d'entre elles, Annie Genevard, présidente de la mission d'information, a néanmoins soulevé un fait, rarement abordé et encore moins dans les considérations de ce rapport, créant peut-être la surprise. "On n'a pas évoqué, parmi les causes de la désaffection des séjours collectifs, les réticences des enfants eux-mêmes pour ce genre de séjours collectifs. Les enfants ne veulent plus partir en colonies de vacances. S'ajoutent à ces réticences les multiples craintes des parents exprimées en termes de pédophilie, de mauvaises fréquentations ou de risques physiques." Et la présidente d'aller encore plus loin dans sa réflexion en affirmant : "Les enfants sont beaucoup en collectivité durant l'année scolaire,  cette vie collective finit par leur peser et ils peuvent souhaiter y échapper pendant les vacances." Reprenant le chiffre cité au cours de l'audition par Valérie Fourneyron, la présidente voit d'un très bon oeil le fait que "86% des enfants et des jeunes qui partent en vacances le font en famille, avec leurs parents, contre 80% auparavant". "Mais cela ne signifie pas que les séjours collectifs n'ont pas leur place dans les vacances des enfants et des jeunes. Leur valeur éducative est essentielle car ils permettent de lutter contre le déterminisme communautaire et le repli sur soi", reconnaît-elle. 
Prenant acte de toutes ces impressions, Michel Ménard, qui souhaite voir le rôle de l'Etat affirmé, notamment en "maintenant des centres de vacances sur tout le territoire", espère qu'"à travers de telles mesures puisse être retrouvé, réinventé, l'esprit des colonies de vacances, à savoir la découverte, l'émancipation des jeunes, l'apprentissage du savoir-vivre en collectivité". Reste à voir combien d'enfants auront pu ou voulu chanter la chanson de Pierre Perret au cours de cet été 2013...

 

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