80 présidents d'université réclament un milliard d'euros dès 2027 et des états généraux de la jeunesse
Alors que lycéens et étudiants sont mobilisés depuis plusieurs semaines, 80 présidents et directeurs d'établissements ont publié mardi 20 octobre 2026 un manifeste. Ils réclament un milliard d'euros supplémentaires dès 2027 et des états généraux de la jeunesse. Le gouvernement, lui, met en avant les résultats de Parcoursup et lance une "concertation flash".
© Camille Stromboni CC BY-ND 2.0
Dans un manifeste publié le 20 octobre 2026, 80 présidentes et présidents d'université et directrices et directeurs d'établissements - dont Lamri Adoui, président de France Universités - alertent "solennellement" sur le mouvement qui secoue de nombreux campus. Ils déplorent des "dégradations et violences verbales" et estiment que ces formes d'action semblent aujourd'hui les seules à obtenir une prise en compte au sommet de l'État.
Les signataires y voient la "conséquence logique" des restrictions budgétaires et avaient depuis plusieurs années déjà tiré la sonnette d'alarme (voir nos articles du 2 décembre 2024, 30 juin 2026). Selon eux, les établissements n'ont plus les moyens de remplir pleinement leurs missions de service public ni de tenir la promesse d'égalité des chances. Ils refusent que Parcoursup, perfectible à leurs yeux, devienne un "objet sacrificiel" censé masquer la réalité du manque de moyens (voir notre article du 14 octobre 2026).
Un milliard d'euros dès 2027
S'appuyant sur les conclusions des Assises du financement des universités de 2026 (voir notre article du 30 juin 2026), qui appellent à une correction structurelle des dotations de fonctionnement d'environ un milliard d'euros, France Universités propose une première étape dès 2027, inscrite dans une trajectoire pluriannuelle. Elle s'articule autour de trois priorités.
La première est la lutte contre la précarité étudiante. Une réforme des bourses sur critères sociaux (revalorisation, progressivité, élargissement de l'accès) coûterait 340 millions d'euros supplémentaires, hors moyens nécessaires à la restauration universitaire.
La deuxième est de redonner aux universités les moyens de leurs missions, avec 500 millions d'euros de financement récurrent. Cette enveloppe couvrirait :
- 200 millions pour compenser les mesures salariales et la hausse du CAS Pensions décidées par l'État ;
- 90 millions pour relancer les mesures Loi de programmation de la recherche (LPR) 2021-2030 ;
- 30 millions pour la réforme d'accès aux études de santé prévue à la rentrée 2027 ;
- 80 millions pour 20.000 places supplémentaires ;
- 100 millions pour la nouvelle contractualisation entre l'État et les universités.
L'objectif est de mettre fin au gel des emplois.
La troisième est un nouveau plan Campus, consacré à la rénovation énergétique, à l'adaptation climatique (notamment le confort thermique d'été) et à la modernisation des espaces pédagogiques. Un fonds d'urgence de 200 millions d'euros dès 2027 en serait la première étape, avant un plan d'investissement immobilier d'un milliard d'euros par an à partir de 2028. Les signataires y voient aussi un levier de relance pour le BTP.
Pour financer cet effort, ils suggèrent une réforme paramétrique du crédit d'impôt recherche, qui coûte près de 8 milliards d'euros par an, et la suppression des aides publiques à l'apprentissage pour l'enseignement privé lucratif. Ils rappellent que la Cour des comptes estime à 1,5 milliard d'euros par an l'ensemble des aides publiques à ce secteur.
Des états généraux de la jeunesse
Au-delà de ces mesures, les signataires demandent l'organisation d'états généraux de la jeunesse. Ils associeraient des jeunes de toutes origines et de tous territoires, des citoyens, des corps intermédiaires et des experts. Les candidats à la présidentielle de 2027 seraient invités à se positionner sur les propositions qui en sortiraient. La proposition du chef de l'État, le 18 octobre, d'organiser des discussions avec les corps intermédiaires "peut être une première étape", mais elle "ne sera pas suffisante", jugent-ils. La jeunesse, rappellent-ils, ne se résume pas à l'école ou à l'université : elle touche aussi l'emploi, le logement, la santé, la mobilité ou encore la démocratie.
Parcoursup : le gouvernement met en avant son bilan
Le 19 octobre, les ministères de l'Enseignement supérieur et de l'Éducation nationale avaient publié le bilan de la campagne 2026. Ils indiquent que 603.910 lycéens, soit 91,5% de ceux ayant formulé des vœux, ont reçu au moins une proposition d'admission. Selon un sondage CSA cité par le gouvernement, 72% se disent satisfaits des formations où ils ont été acceptés. La plateforme a enregistré 1.046.000 candidats, pour 25.000 formations post-bac.
Le bilan comporte toutefois des points de vigilance. Un peu plus de 32.000 candidats sans proposition à l'issue de la phase principale, mi-juillet, ont saisi les commissions d'accès à l'enseignement supérieur (CAES) durant l'été. À l'issue de la procédure, 60 lycéens sont encore accompagnés par ces commissions, contre 38 en 2025. Il s'agit, selon le gouvernement, "quasi exclusivement" de bacheliers professionnels aux profils scolaires fragiles. Les ministères ne précisent pas combien d'étudiants en réorientation sont restés sans place.
Une "concertation flash" avant les annonces de fin octobre
La modification, voire l'abrogation, de Parcoursup figure parmi les revendications des lycéens et étudiants mobilisés (voir notre article du 14 octobre 2026). Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, le sujet représente "moins de 20 %" des contributions déposées sur la plateforme de concertation en ligne et "arrive en cinquième position". Ces données ne sont pas publiques. Les ministres Philippe Baptiste et Édouard Geffray doivent annoncer d'ici la fin du mois d'octobre des "améliorations" pour la campagne 2027.
Deux représentants des organisations lycéennes ont été reçus lundi au ministère. Une "concertation flash" doit s'ouvrir par une plénière mercredi 21. Présidée par Gilles Roussel, président du comité éthique et scientifique de Parcoursup, avec deux vice-présidents lycéens, elle s'organise en trois groupes de travail : orientation, outil numérique, candidatures et places dans le supérieur. Les propositions sont attendues fin octobre.
Chez les lycéens, les positions sont nuancées. Nathanaël Combary, président de Renouveau Lycéen, dit ne pas vouloir une suppression "sans rien proposer derrière", mais une refonte complète et plus de transparence. Anaïs Ella, porte-parole des Lycéens, plaide pour l'anonymisation du lycée d'origine afin d'éviter tout "tri social". Renouveau Lycéen appelle à maintenir la mobilisation pour "garder un rapport de force" avec le gouvernement.