Parcoursup : révélateur d'inégalités territoriales de l'orientation

Alors que la suppression de Parcoursup figure parmi les revendications du mouvement lycéen qui a débuté le 18 septembre, les ministres promettent des "améliorations" d'ici fin octobre 2026. Un rapport parlementaire de février, qui juge la plateforme "techniquement réussie mais politiquement ratée", met en cause l'inégale qualité de l'accompagnement à l'orientation, compétence que revendiquent les régions.

"La jeunesse emmerde Parcoursup !" "Nos rêves ne rentrent pas dans une case Parcoursup !" "Fin de Parcoursup" ou "Abrogation de Parcoursup"... Depuis le début du mouvement de manifestation lycéen du 18 septembre 2026, la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur est la cible du mécontentement d'une partie des lycéens. Accusée de manquer de transparence, d'entretenir un sentiment d'arbitraire chez les candidats, de générer de l'inquiétude face au manque de places dans certaines filières... force est de constater qu'à l'issue de la phase principale d'admission 2026, Parcoursup a effectivement laissé sur le carreau plus de 100.000 jeunes dits "sans affectation".


Invité de BFMTV le 14 octobre, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a qualifié ces préoccupations de "légitimes", tout en réaffirmant son opposition à une suppression du dispositif. Selon lui, des "aménagements" doivent être annoncés d'ici à la fin du mois, conformément à la demande du Premier ministre.

La veille, devant l'Assemblée nationale, le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, s'était lui aussi employé à défendre le système. Réfutant l'idée d'un "tri social", il a fait valoir que 150.000 étudiants boursiers auraient obtenu depuis 2018 une formation qu'ils n'auraient pas intégrée sous le régime d'APB (Admission Post-Bac). Le ministre de l'Enseignement supérieur a rejeté en bloc les accusations de "tri social" et a souligné l'augmentation du nombre de bacheliers franciliens intégrant des formations parisiennes.

Des affirmations qu'il convient de regarder à la lumière des conclusions d'une mission flash publié en février 2026 consacrée à la plateforme. 

Une réussite technique, mais un "échec sur le plan politique"

Présentée par les députés Pierrick Courbon et Frantz Gumbs, la mission flash
s'est appuyée sur une consultation citoyenne auprès de lycéens et de parents d’élèves, lancée en parallèle des auditions, qui a rassemblé quelque 1.600 contributions. Il en ressort une véritable "hétérogénéité des situations", notamment en matière d’éducation à l'orientation. Globalement, la mission conclut que la plateforme constitue une "réussite sur le plan technique" mais un "échec sur le plan politique". Elle estime notamment que les "objectifs de démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur et d'amélioration de la réussite étudiante demeurent largement inachevés". 

Les rapporteurs soulignent ainsi que Parcoursup tend à "reproduire des inégalités préexistantes plutôt qu'à les corriger". Le dispositif "participe de la persistance des inégalités socioculturelles" et peut même contribuer à les renforcer. Ainsi, seuls 40,3% des bacheliers de 2020 ont réussi à obtenir leur diplôme de licence après trois ou quatre ans d’études, soit une baisse de 5,4 points par rapport aux bacheliers de 2019 et de 6,6 points par rapport à ceux de 2018, selon une note des services statistiques du ministère de l'Enseignement supérieur, publiée en novembre 2025.

Quand l'orientation dépend du lycée fréquenté

L'un des enseignements du rapport concerne l'hétérogénéité de l'accompagnement à l'orientation. Rappelons que la réglementation prévoit pourtant 54 heures annuelles dédiées à l'orientation au lycée. Dans les faits, certains établissements organisent des ateliers dédiés, des simulations de candidatures, des rencontres avec d'anciens élèves et un accompagnement individualisé dans la formulation des vœux. Tandis que d'autres peinent déjà à dégager du temps pour assurer un suivi minimal.

Le rapport relève également que les stratégies de candidature ne sont pas maîtrisées de la même manière selon les milieux sociaux et les territoires. L'accès à l'information, l'accompagnement familial ou encore le recours à des services privés de coaching créent des écarts importants entre candidats. Ces mécanismes conduisent à reproduire des inégalités que Parcoursup ne corrige que partiellement. Les députés considèrent même que la plateforme participe à la persistance de ces inégalités socioculturelles, voire peut contribuer à les accentuer. "Nombre d'élèves apprennent essentiellement à utiliser l'outil technique sans bénéficier d'une véritable stratégie d'orientation", observent les auteurs du rapport. Or, savoir remplir un dossier Parcoursup ne signifie pas nécessairement comprendre les logiques d'admission des formations ni construire un parcours cohérent. 
Cette géographie inégale de l'accompagnement interroge donc directement les politiques publiques d'orientation. Car si Parcoursup est national, les conditions dans lesquelles les élèves s'en saisissent varient fortement selon les établissements, les académies et les territoires.

Des territoires inégalement dotés en formations

La mission flash pointe également un sujet plus structurel : l'inégale répartition de l'offre d'enseignement supérieur. Les rapporteurs rappellent que Parcoursup agit aujourd'hui comme "un outil de régulation d'une demande croissante confrontée à des capacités d'accueil limitées". Ils estiment même que la plateforme est devenue le "bouc émissaire" d'un sous-financement plus global du supérieur public. 

Cette analyse rejoint les critiques formulées ces derniers jours par plusieurs organisations étudiantes. Selon elles, la question centrale n'est pas tant celle de l'algorithme que celle du nombre de places disponibles. Certaines réclament la création de 250.000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur public. L'enseignant-chercheur Bruno Andreotti, membre de Stand-Up for Science, évoque pour sa part un besoin compris entre 120.000 et 250.000 places nouvelles, notamment pour les bacheliers professionnels.

Pour Frantz Gumbs, l'enjeu est également territorial. Lors de la présentation du rapport, il soulignait que Parcoursup ne porte en lui aucune idéologie particulière mais agit comme le révélateur d'un système "sous tension budgétaire, démographique et territoriale". La question devient alors celle de la cartographie des formations et de leur répartition sur le territoire.

Les difficultés spécifiques rencontrées par les étudiants ultramarins, explicitement étudiées par la mission, illustrent cette problématique. Dans plusieurs territoires, la faiblesse de l'offre locale oblige les jeunes à envisager une mobilité coûteuse ou à renoncer à certaines orientations. Une logique dont on sait d'ailleurs qu'elle peut être également concerner les étudiants issus des territoires ruraux. 

51 propositions

Les députés formulent au total 51 recommandations. Parmi les principales figurent une meilleure information des candidats sur les profils réellement attendus dans les formations, une clarification des critères de sélection et une transparence accrue sur leur utilisation au cours des différentes étapes d'examen des candidatures. Ils suggèrent également la constitution d'une base de données recensant les algorithmes locaux utilisés par les établissements. 

Le rapport préconise encore la suppression de la lettre de motivation comme élément systématique du dossier, la généralisation de questionnaires d'auto-positionnement dans certaines formations et la suppression du lycée d'origine parmi les informations examinées lors de l'étude des candidatures. 
Autant de mesures qui visent à réduire les effets des inégalités sociales et territoriales sur les parcours des candidats.

Les régions réclament l'intégralité de la compétence orientation

Depuis plusieurs années et à nouveau le 7 octobre 2026 suite à leur échange avec le Premier ministre à propos de la mobilisation lycéenne et des conséquences sur le bâti scolaire, (lire notre article du 8 octobre) les régions réclament l'intégralité de la compétence orientation des élèves. Régions de France juge en effet inefficace le partage actuel des responsabilités entre les régions et l'Éducation nationale. Elles estiment être les mieux placées pour accompagner les jeunes dans la construction de leur projet d'études et d'insertion professionnelle, en raison de leur connaissance des territoires, des filières de formation et des besoins des entreprises. Or les constats dressés par la mission flash pourrait leur donner raison : l'accompagnement demeure très variable d'un territoire à l'autre et les tensions observées sur Parcoursup renvoient aussi aux déséquilibres de l'offre de formation.

Au-delà de la transparence de la plateforme, le rapport pose finalement une question plus large : celle de la capacité des politiques publiques à garantir une égalité réelle d'accès aux études supérieures, quel que soit le territoire d'origine des jeunes. Huit ans après sa création, Parcoursup apparaît ainsi moins comme la cause des inégalités que comme leur révélateur. 

 

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