Enseignement supérieur et collectivités : 1,5 milliard de financements en 2024, une hausse de 74 millions en un an
Les collectivités territoriales ont consacré 1,5 milliard d'euros à l'enseignement supérieur et à la recherche en 2024, soit 74 millions de plus qu'en 2023, selon une étude du service statistique du ministère publiée mardi 24 mars 2026, deux jours avant la réunion des assises du financement des universités. On notera une montée en puissance des opérations immobilières et une domination des conseils régionaux dans la gouvernance des financements locaux de l'ESR.
© Sies et Dalbera et CC BY 2.0
Sur la période 2022-2025, les collectivités territoriales françaises consacrent en moyenne 1,4 milliard d'euros par an au financement de l'enseignement supérieur et de la recherche (ESR). En 2024, ce montant atteint 1,5 milliard d'euros, légèrement au-dessus des niveaux enregistrés en 2022 et 2023. Les prévisions pour 2025 confirment cette stabilisation à 1,5 milliard. C'est ce que révèle la note Flash du Sies (1) n° 05, publiée le 24 mars 2026 par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace tandis qu'une séance plénière des assises du financement des universités doit se tenir jeudi 26 mars 2026 à Paris, réunissant le ministre, les représentants des universités, les organisations syndicales et étudiantes, dans un contexte de difficultés budgétaires des établissements.
Ce budget se répartit entre deux grandes familles de dépenses :
- le financement de la recherche et du transfert de technologie (R&T), qui s'élève à 714 millions d'euros en 2024 ;
- le financement de l'enseignement supérieur et de la vie étudiante (ES&VE), à hauteur de 743 millions d'euros.
Sur l'ensemble de la période 2022-2025, la part de l'ES&VE représente 51% des dépenses totales et celle de la R&T 49%. Un rééquilibrage notable par rapport à la période 2020-2023, où la R&T captait 52% des financements contre 48% pour l'ES&VE.
Cette légère bascule traduit une attention croissante des exécutifs locaux aux questions de formation, d'accueil des étudiants et de développement des campus, dans un contexte de pression démographique et de compétition entre territoires pour attirer étudiants et enseignants-chercheurs (voir notre article du 10 février 2026).
Géographie du financement local de l'ESR
La note permet de dessiner une géographie du financement local de l'ESR. Sur la période 2022-2025, les collectivités d'Île-de-France financent l'ESR à hauteur de 271 millions d'euros par an en moyenne, soit 19% du total national. Elles sont suivies par celles d'Auvergne-Rhône-Alpes, avec 162 millions par an, soit environ 11%. Ces deux territoires concentrent à eux seuls 30% du financement global de l'ESR par les collectivités. La concentration est encore plus marquée pour l'ES&VE : ces deux régions représentent 34% du financement national dans ce domaine, contre 27% pour la R&T, qui est plus diffuse sur le territoire.
Ramenées au nombre d'habitants, les dépenses de R&T sont les plus élevées pour les collectivités de Bretagne, avec 18 euros par habitant en moyenne entre 2022 et 2025. Une performance qui s'explique par l'ancrage historique de la recherche bretonne dans les domaines de la mer, des télécommunications et des sciences du vivant, et par l'engagement fort des collectivités locales en faveur de l'innovation.
Pour l'ES&VE rapportée au nombre d'étudiants, la Corse se distingue nettement, avec 2.626 euros par étudiant sur la période, loin devant le Centre-Val de Loire (744 euros). Ce niveau exceptionnel s'explique en grande partie par la convention tripartite liant l'État, la collectivité de Corse et l'université de Corse pour les périodes 2018-2022 et 2023-2027.
La singularité des profils de financement des outre-mer
Au-delà de la métropole, les collectivités d'outre-mer présentent des profils de financement atypiques. En Polynésie française, le financement moyen de la R&T par habitant atteint 24 euros par an, soit le niveau le plus élevé de France, tous territoires confondus. Ce chiffre témoigne d'un effort local considérable dans un territoire isolé, où la recherche constitue un levier stratégique de développement.
Pour l'ES&VE par étudiant, la Polynésie française affiche également un niveau élevé (1.806 euros), devant la Martinique (1.047 euros) et la Guyane (752 euros). Ces montants reflètent le coût structurellement plus élevé de l'enseignement supérieur dans des territoires à faible densité étudiante, où les collectivités doivent compenser l'absence ou la fragilité de certaines filières.
Leadership régional
Sans surprise, les conseils régionaux dominent largement le paysage du financement local de l'ESR. Sur la période 2022-2025, ils assurent 57% du financement de l'ES&VE et 75% de celui de la R&T parmi les collectivités territoriales. Ces proportions sont proches de celles observées sur la période 2020-2023 (respectivement 58% et 73%), confirmant la stabilité de ce leadership régional.
Les communes et établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), en particulier les métropoles, jouent un rôle non négligeable, notamment en ES&VE : ensemble, communes et EPCI financent 34% de ce budget. Les métropoles contribuent à hauteur de 13% au financement global de l'ES&VE et de 11% à celui de la R&T. Leur montée en puissance dans ce domaine s'inscrit dans une logique de compétitivité territoriale, les grandes agglomérations cherchant à valoriser leur attractivité universitaire et scientifique.
Les conseils départementaux, en revanche, voient leur part reculer légèrement : ils représentent désormais 8% du financement de l'ES&VE et 6% de la R&T, contre 11% et 5% en moyenne entre 2020 et 2023. Une tendance à surveiller à l'heure où les départements traversent une crise budgétaire sévère.
Immobilier et transfert de technologie, les deux priorités d'investissement
L'analyse des destinations des financements révèle des logiques d'investissement très différentes selon qu'il s'agit de R&T ou d'ES&VE.
Du côté de la R&T, 35% du budget est consacré aux transferts de technologie et aux aides aux entreprises innovantes. Viennent ensuite les opérations immobilières (19%), les équipements de laboratoires publics (15%), les projets de recherche et chaires (13%), les aides aux chercheurs (13%) et, dans une moindre mesure, la diffusion de la culture scientifique (5%) et les réseaux haut débit (1%). Cette répartition témoigne d'une priorité donnée au soutien à l'innovation et au tissu économique local, en cohérence avec les politiques régionales de développement économique.
Du côté de l'ES&VE, l'immobilier est de loin le premier poste de dépense, absorbant 48% des financements. Suivent les aides aux étudiants (28%), les aides au fonctionnement des établissements d'enseignement supérieur (18%), les équipements de bâtiments (4%), la promotion de l'ES&VE (1,2%) et les réseaux haut débit et TIC (0,5%). La part prépondérante de l'immobilier témoigne des efforts engagés pour rénover, agrandir et mettre aux normes les campus universitaires, souvent vieillissants, dans un contexte de transition énergétique exigeante.
Les contrats de plan État-région
Entre 2022 et 2025, 24% des financements de l'ESR par les collectivités territoriales ont été réalisés dans le cadre des contrats de plan État-région (CPER). Ces contrats pluriannuels associant l'État, les collectivités et parfois des fonds européens jouent un rôle particulièrement structurant pour les investissements lourds.
Ainsi, 50% du financement d'opérations immobilières et d'équipements de laboratoires publics en faveur de la R&T ont été réalisés via les CPER. Pour les opérations immobilières en ES&VE, cette proportion monte à 66%. Ce rôle des CPER est d'autant plus important que les collectivités, soumises à des contraintes budgétaires croissantes, peuvent ainsi cofinancer des projets d'ampleur qu'elles ne pourraient pas financer seules.
(1) Sies : Sous-direction des systèmes d'information et des études statistiques