Innovation publique - Accompagner et diffuser l'innovation sur les territoires : avec quels outils ?

Comment repérer et valoriser les démarches prometteuses, accompagner les expérimentations, favoriser l'essaimage des innovations sur les territoires... Quelques éléments de réponses ont été glissés à l'occasion de la semaine de l'innovation publique, qui s'est tenue du 12 au 18 octobre.

Organisée par le Secrétariat général pour la modernisation de l'action publique (SGmap), la semaine de l'innovation publique a donné lieu à quelque 170 événements en France du 12 au 18 octobre 2015. Outre l'utilisation du numérique et des données ou encore la simplification administrative, l'accompagnement et la diffusion de l'innovation sur les territoires ont été abordés lors de plusieurs conférences (*). L'occasion de faire le point sur les outils existants, ou manquants, en la matière.
Pour soutenir les projets portés par des entreprises de l'économie sociale et solidaire (ESS), c'est l'Avise (Agence de valorisation des initiatives socio-économiques) qui est la mieux dotée. L'Agence anime le dispositif local d'accompagnement (DLA, voir ci-contre notre article du 4 septembre 2015), organise le transfert de savoir-faire entre pairs et propose un dispositif de duplication d'innovation d'un territoire à l'autre. L'Avise a en outre synthétisé ses conseils en matière de changement d'échelle dans un guide paru en décembre 2014.

Repérer, valoriser : les plateformes d'initiatives

En matière de repérage et de valorisation de projets, et notamment de projets portés par des collectivités territoriales, des plateformes telles que la banque d'expériences de Mairie-conseils et l'Agence des pratiques et initiatives locales (Apriles) proposent des fiches détaillées qui identifient les mécanismes (diagnostic, partenariats, management de projet…), les facteurs de réussite mais aussi les difficultés.
"Les innovations les plus intéressantes sont aussi les plus liées à un contexte local." Pour Yannick Blanc, préfet du Val-d'Oise et président de la Fonda, c'est ce qui rend complexe la mise au point de méthodes destinées, non pas à "dupliquer" une initiative, mais à la "transposer" dans la réalité d'un autre territoire.
"La duplication ne fonctionne pas", approuve Benoît Calmels, Délégué général de l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (Unccas). A l'appui de fiches descriptives d'expériences et de modélisations, l'Unccas incite donc les CCAS de son réseau à s'ouvrir à ce qui se fait ailleurs et à s'approprier certaines actions qui ont fait leurs preuves.

Des compétences spécifiquement dédiées à l'essaimage

L'innovation et l'essaimage d'innovations sont deux processus différents, pour Emmanuel Dupont, responsable de l'animation scientifique et de l'innovation au Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET). "Il manque encore des outils dédiés à l'essaimage", considère-t-il, pour aller notamment "au devant de personnes – élus ou autres - qui ne sont pas sensibles à l'innovation".
Le CGET prévoit donc, pour 2016, un appel à manifestation d'intérêt centré sur la "reprise" d'innovations existantes par d'autres territoires (voir aussi nos articles du 7 octobre 2015). Par ailleurs, dans la continuité du rapport de Akim Oural sur l'innovation territoriale (voir ci-contre notre article du 6 mai 2015), le SGmap et le CGET animent depuis quelques mois un groupe de travail mixte - agents de l'Etat, des collectivités, acteurs de l'ESS, fondations d'entreprises - sur le "changement d'échelle".

Un "accélérateur d'innovation" pour lutter contre le chômage

Une autre manière de soutenir l'innovation consiste à spécialiser le dispositif d'accompagnement sur un enjeu bien particulier. La lutte contre le chômage de longue durée, par exemple. Sur ce sujet, l'Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa) a ainsi été mandatée, en février dernier par François Rebsamen, alors ministre du Travail (voir ci-contre notre article du 10 février 2015), pour piloter un "accélérateur d'innovation sociale".
En 2015, deux projets ont été accompagnés dans ce cadre : "Vita-Air" – proposant aux entreprises de l'insertion par l'activité économique un audit de leurs ressources humaines -, porté par Airservices, et "Territoires zéro chômeurs de longue durée", porté par ATD Quart Monde. Suite à une forte mobilisation autour de ce dernier projet (voir ci-contre notre article du 18 septembre 2015), la proposition de loi d'expérimentation portée par le député Laurent Grandguillaume devrait figurer fin novembre à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.

Aider les innovations à "rentrer dans des cases" : l'ingénierie du futur ?

Dans un autre domaine, celui de l'hébergement d'urgence, l'association Aurore a eu l'idée d'acquérir un hôtel pour proposer, au même prix qu'un hôtelier traditionnel (environ 17 euros par personne et par nuit), un hébergement décent, des repas et un minimum d'accompagnement social. En plus du travail d'expérimentation en lui-même, l'association a dû négocier avec les institutions pour "rentrer dans une case", selon Vivien Gasq, secrétaire général de l'Aurore.
Ce "combat qui mérite d'être mené" n'est pas toujours à la portée des petits porteurs de projets ; l'Aurore noue parfois des partenariats avec ces derniers pour faire émerger des innovations.
L'important étant, pour un porteur de projet, de s'appuyer très tôt sur des indicateurs de mesure d'impact et de démontrer aux pouvoirs publics que sa "solution est créatrice de valeur, y compris en termes de dépense publique", estime Yannick Blanc. Pour être capable de capter cette valeur, les "appareils publics" doivent selon lui "casser les logiques sectorielles" et renforcer leurs moyens en ingénierie. Alors que le CGET s'organise, les préfectures devraient prochainement dématérialiser des services administratifs afin – outre de diminuer globalement les effectifs – de dégager des ressources pour l'ingénierie territoriale.

Caroline Megglé 

Le programme "un chez-soi d'abord" va être déployé dans toute la France

Expérimenté à Lille, Marseille, Paris et Toulouse, le programme "un chez-soi d'abord" consiste à permettre à des personnes sans abri confrontées à des troubles sévères – addictions, maladies psychiques – d'avoir accès à un logement et d'être accompagnées de façon intensive.
Les résultats de l'expérimentation sont encourageants (voir notre article du 24 novembre 2014). Au bout de deux ans, 86% des 350 personnes concernées étaient encore dans le logement qu'on leur avait attribué et allaient globalement mieux. Le coût du programme est élevé, mais pas plus que celui d'un hébergement en centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), selon Pascale Estecahandy, coordinatrice nationale du programme.
Après une pérennisation dans les quatre sites de l'expérimentation, le programme "Un chez-soi d'abord" devrait prochainement rentrer dans le Code de l'action sociale et des familles dans la catégorie des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS), afin d'être déployé sur tout le territoire.
Le plus difficile, témoigne Pascale Estecahandy, a été de "faire admettre l'évaluation randomisée" – à côté des 350 personnes logées, un groupe témoin de 350 personnes a aussi fait partie de l'étude -, "mais la démarche scientifique a favorisé l'innovation".

C. Megglé


(*) Les personnes citées dans cet article sont intervenues dans trois conférences ayant eu lieu les 15 et 16 octobre 2015 : "Territoires : nous sommes innovations", "Paroles d'innovateurs" et "Comment faire 'changer d'échelle' des innovations qui ont fait leurs preuves sur un territoire ?"

 

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