Accueils sociaux : qualité et coordination sont nécessaires pour "éviter l'errance administrative", selon l'Igas

Le développement du réseau France services a reconstitué un maillage de proximité dont le besoin s'était fortement exprimé en 2018 par le mouvement des gilets jaunes mais n'a pas pour autant imposé un "guichet unique" de l'accueil social de premier niveau. Dans un récent rapport, l'inspection générale des affaires sociales (Igas) insiste sur le besoin de "lisibilité" pour les usagers et appelle à davantage de coordination entre les France services et les accueils départementaux. 

 

En matière d'accès aux droits sociaux, la "fin du guichet" a-t-elle sonné ? Rien n'est moins sûr, pour l'inspection générale des affaires sociales (Igas) qui revient, dans un rapport publié le 17 septembre 2026, sur "dix ans d'évolution des accueils sociaux". Les auteurs y analysent les "mouvements contraires" qui ont caractérisé la "modernisation" de ces lieux : d'un côté la montée en puissance d'une approche visant à simplifier et à "mettre l’usager au cœur des réflexions", de l'autre côté "la baisse du nombre d’accueils physiques" concomitante à la dématérialisation des démarches. 

Concernant la sécurité sociale, "la rationalisation s’est faite surtout via l’objectif d’économies, le nombre d’ETP [équivalents temps plein] dédiés à l’accueil physique ayant largement diminué sur la période 2014-2019 :  
- 17% dans la branche maladie ; 
- 10% dans la branche famille ; 
- 35% dans la branche vieillesse". 
Parallèlement à la "réorganisation des implantations territoriales", difficile à mesurer avec précision selon l'Igas "compte tenu de la différence entre les types de lieux (accueil classique ou 'point d’accès', 'permanence', avec des horaires et des capacités de réponse et traitement des dossiers diverses)", de nouveaux modes d'organisation se sont développés, tels que l'accueil sur rendez-vous qui a pris "progressivement une place déterminante comme alternative aux démarches numériques". 

Un accueil de premier niveau "externalisé" sans réflexion sur le parcours des usagers 

"Le mouvement de dématérialisation a induit un effet de déport, non organisé, sur des acteurs dits 'secondaires', au sens où ils n’instruisent pas ou ne délivrent pas de droits sociaux", souligne encore l'Igas. Cette dernière cite les départements, les centres communaux d'action sociale (CCAS), les secrétariats de mairie, mais aussi les centres sociaux et les associations comme autant d'acteurs ayant récupéré l'accueil de proximité – qualifié même de "sale boulot", au sens du sociologue Everett Hugues. "Tout se passe comme si l’accueil de premier niveau était ainsi 'externalisé' vers d’autres acteurs sans véritable réflexion sur les parcours d’accès aux droits des usagers", selon les auteurs. 

Plus que toute réflexion en cercle sur la modernisation de l'action publique, c'est le mouvement des gilets jaunes de fin 2018 qui "a accéléré le retour vers la proximité et le contact humain", selon l'Igas. Le déploiement du programme France services s'est en effet accéléré à ce moment-là pour "lutter contre le sentiment d’abandon et de relégation", avec une liberté d'organisation laissée aux acteurs locaux qui est présentée à la fois comme un facteur de réussite et la cause de la grande diversité d'organisations sur le territoire. 

"Le réseau France services compte, au printemps 2026, 2.865 structures labellisées sur tout le territoire, permettant que 99,7% des Français se situent à moins de 20 minutes en voiture d’une France services", recense l'Igas, indiquant que les objectifs fixés en avril 2018 par le président de la République ont été dépassés. "2.555 des France services sont des structures fixes, 143 des multisites, 135 des bus ou équivalents et 32 des structures itinérantes. Deux tiers des France services sont portés par des collectivités locales", est-il précisé. 

France services, accueils départementaux : définir le partage des rôles 

Autres évolutions repérées : la "réhabilitation du canal téléphonique" et la structuration – souvent dans le cadre de mouvements de territorialisation et de référentiels - de l'accueil social par les départements. Quant au partage des rôles et au passage de relais entre maisons France services et accueils départementaux, il "peut donner lieu à des incompréhensions si les stratégies ou articulations ne sont pas explicitées localement", estiment les Inspecteurs. Ces derniers recommandent donc d'"intégrer dans le périmètre de l’animation départementale du programme France services les relations avec les accueils et l’accompagnement social assurés par le département". Ils préconisent également d'"ouvrir les canaux de saisine de back office des caisses de sécurité sociale aux agents des départements", pour que ces derniers ne soient pas bloqués s'ils n'ont pas de "canal de contact privilégié" à l'organisme. Au niveau national, l'Igas appelle aussi à créer une culture commune en élargissant aux accueils des collectivités locales la mission de la DITP (direction interministérielle de la transformation publique) sur la transformation et la mise en réseau des services publics. 

"Quelles perspectives pour l'accueil physique dans les dix années à venir ?", interroge le rapport. La mission confirme "l’impossibilité d’un guichet unique" partout en France pour l'accueil social de premier niveau. "La multiplicité des accueils est un atout pour l’usager à condition d’être lisible et d’une bonne coordination, afin d’éviter l’errance administrative, notamment dans les territoires où l’offre d’accueils est abondante", selon les auteurs. L'accent est également mis sur l'impératif de qualité de l'accueil, ce qui suppose de généraliser la formation initiale des conseillers France services et de s'appuyer sur la parole des usagers – via la mise en place, par les animateurs départementaux des France services, de comités d'usagers. 

Autre piste ouverte pour davantage d'efficacité : s'appuyer plus largement sur les associations dans les démarches dites d'"aller vers" destinées à toucher les personnes éloignées des services sociaux. Enfin, la mission appelle les services à "travailler le 'premier centimètre' de l’action publique", c'est-à-dire l'ensemble des modalités de l'accueil en se plaçant du point de vue de l'usager (dont les horaires d'ouverture et le parcours de prise de rendez-vous).

 

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