Action cœur de ville : une phase II centrée sur les entrées de villes et les quartiers de gares

3,8 milliards d'euros ont été engagés dans le cadre du programme Action cœur de ville sur les 5 milliards programmés, d'après le bilan présenté le 15 février 2022 par l'Agence nationale de cohésion des territoires. La prochaine phase, dont les contours seront précisés après une concertation avec les élus des villes bénéficiaires, devrait insister sur les entrées de villes et les quartiers de gares. Objectif : permettre à ces villes de s'adapter aux transitions à venir, démographique, environnementale et économique.

L'Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) planche déjà sur la suite du programme Action cœur de ville (ACV). Destiné pour sa première phase aux centres de 234 villes moyennes, il s'est vu prolongé jusqu'à la fin du mandat municipal, soit en 2026, avec peut-être de nouvelles villes candidates. Comme l'avait annoncé le président de la République le 8 septembre, la question des entrées de villes et des quartiers de gares devrait notamment être approfondie dans le cadre de cette deuxième phase, dont les contours seront précisés grâce à une concertation menée auprès des élus. "Nous souhaitons partir des besoins des collectivités, voir ce qui a marché, ce qu'il faudrait étoffer ou enrichir", a expliqué Rollon Mouchel-Blaisot, directeur du programme national AVC, lors de la présentation de l'atlas cartographique du programme le 15 février 2022. L'enjeu est aussi de permettre aux villes bénéficiaires du programme de mieux relever le défi des trois transitions à venir : démographique, avec le vieillissement de la population, environnemental pour remettre de la nature en ville et éviter l'artificialisation des sols, et économique, en accompagnant la relocalisation d'activités industrielles, en lien avec les Territoires d'industrie. Il s'agira aussi de "saisir les chances nouvelles que représentent les formes d'organisation du travail, a souligné le directeur du programme, car il y a une aspiration à travailler dans ces villes moyennes, et à travailler près de chez soi". Après la concertation auprès des villes bénéficiaires, un rapport sera élaboré mentionnant des propositions pour le prochain gouvernement.

3,8 milliards d'euros engagés

Mais avant d'aller plus loin, il faut déjà consommer les crédits disponibles. À l'heure actuelle, 3,8 milliards d'euros sur les 5 milliards programmés jusqu'en 2022, ont été engagés. Le dispositif a donné lieu à la réhabilitation, rénovation ou construction de 67.000 logements, un chiffre dépassant l'objectif initial fixé à 60.000. Plus de 6.000 actions de villes sont en cours ou projetées. Sans compter les restructurations commerciales, menées de concert avec la Banque des Territoires, dont les premiers chiffres devraient prochainement arriver (voir aussi notre article du 14 février 2022).

L'ANCT insiste sur les mesures complémentaires venant amplifier l'impact du programme, en particulier les opérations de revitalisation de territoire (ORT). Instauré par la loi Elan du 23 novembre 2018, ces ORT, dont les dispositions ont été assouplies par la loi 3DS et la loi Climat et Résilience, permettent aux collectivités de conduire un projet de revitalisation dans un périmètre donné, en faisant converger les différents opérateurs dans une même stratégie. "Les villes Action cœur de ville sont les premières à s'en emparer, a insisté Rollon Mouchel-Blaisot. 223 ont signé une convention d'ORT, soit la quasi-totalité." Le directeur comptabilise au total 278 ORT en France, signées par 484 villes. 609 autres communes ont le projet d'en signer une. À noter : 81 des ORT sont pluri-communales et une métropole, Brest, a déjà signé une ORT, tandis qu'une autre, Metz, vient de prendre une délibération dans ce sens.

Autre dispositif complémentaire à Action cœur de ville : le fonds Friches issu du plan France Relance, doté d'une enveloppe revue à la hausse de 750 millions d'euros (voir notre article du 10 janvier 2022). "Sans lui, un certain nombre de verrues urbaines continuerait à se trouver en ville", a fait valoir Rollon Mouchel-Blaisot. 231 projets, issus de 129 villes ACV, sont menés dans ce sens.

La fréquentation des centres-villes a résisté

 Lors de ce bilan, l'ANCT a également mis en avant les dispositifs permettant aux villes qui le souhaitent d'aller plus loin, comme les appels à projets "Réinventons nos cœurs de ville", lancés en 2019, qui doivent permettre de rénover des sites emblématiques de centre-ville. 56 villes ont été retenues lors de la première phase, 40 ont lancé leur appel à projets et 17 ont même déjà désigné leurs groupements (voir notre article du 29 avril 2021). "À la demande des collectivités, le dispositif va être prolongé, a annoncé Rollon Mouchel-Blaisot. D'ici mai-juin nous choisirons une deuxième promotion de sites emblématiques." Les villes peuvent aussi s'engager dans une démarche de sobriété foncière (utilisation des friches, surélévation, repérage du foncier invisible…). Sept villes sont actuellement accompagnées dans ce sens, et vingt autres souhaitent le devenir (voir notre article du 11 juin 2021). Également à l'actif du programme : le déploiement d'une centaine d'antennes du Cnam (voir notre article du 19 mars 2021).

Pour mesurer les effets et impacts du programme, l'ANCT a développé un outil spécifique, l'observatoire des mobilités dans les centres-villes ACV, mis en place par la société My Traffic, spécialisée dans les données de flux. Il permet de tracer l'attractivité des centres-villes. L'outil mesure ainsi chaque trimestre la fréquentation (nombre de visiteurs), le taux d'attractivité, c'est-à-dire le nombre de personnes de l'EPCI qui se sont rendues dans le centre-ville et la provenance des visiteurs. "Les résultats montrent que la fréquentation a résisté, a détaillé Jean Guiony. Entre 2020 et 2021, elle n'a pas baissé, c'est un signe très positif." Le taux d'attractivité des villes ACV atteint ainsi 62% en 2020, un chiffre stable entre 2020 et 2021 et bien au-dessus du taux de 18% des centres-villes comparables hors ACV. La fréquentation a augmenté de 15% en 2021 dans ces villes ACV, contre 2% pour les autres.

La vacance commerciale reste cependant à un niveau élevé : 13% en 2020 dans les centres-villes des communes ACV, contre 12% avant la crise en 2018 et en 2019.

 

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